Interview : L’histoire de la légende underground française – SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION : du porno-gore au grind-crust, 25 ans de carrière à repousser les limites de l’extrême !

 

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION « I »

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION – INTERVIEW

Il faut croire que les légendes ne meurent jamais. Revenu d’entre les morts en 2017, les parisiens de SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION n’ont censé de hanter la scène underground internationale qu’ils ont marqué d’une empreinte indélébile en proposant en 2000 l’un des albums le plus extrême, abouti et maîtrisé que le grindcore français ait connu. Une pierre angulaire sur laquelle ils ont bâti une carrière particulièrement torturée par des changements stylistiques, repoussant leurs propres limites. On revient avec leur leader chanteur Seb, sur ces 25 ans de cheminement, revenant sur les grandes étapes, en filigrane, de la scène ‘extrême’ française.

Il y a plus de 20 ans, vous débarquiez de nulle part, et bouleversait alors toute la scène française grindcore et metal extrême, en terme de production et de puissance. Mais vous débarquiez d’où ?

Seb (chant) : On s’est rencontré sur Paris. Il y avait un squat devant le Virgin megastore sur les Champs-Élysées. Il y avait alors beaucoup de metalleux qui se réunissaient d’abord les week-ends, et au bout d’un moment même la semaine. On prenait des packs de bières et on partait ensemble à tous les concerts de metal sur Paris. C’est là que j’ai rencontré le guitariste qui a été celui de SUBLIME CADAVERIC jusqu’en 1996. Il y a plein de groupes qui sont sortis des personnes qui traînaient à cet endroit là : ANTAEUS, ARKHON INFAUSTUS. On s’est tous plus ou moins rencontrés à la même époque, parce qu’on avait un peu près le même âge et même si ce fut d’abord en concert, après on s’est mis à  traîner ensemble sur les Champs-Elysées. Chez Hervé le chanteur d’ANTAEUS, il y a eu une soirée où en buvant des bières, on s’est dit qu’on allait faire un groupe : il y avait le batteur Yov qui était là, et Bruno qui faisait de la guitare. Les deux ont joué à la fois dans ANTAEUS et SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION et c’est là que tout a commencé. On avait tous la même culture du metal extrême : les groupes de brutal death d’un côté : CANNIBAL CORPSE, INCANTATION et MORTICIAN et tant d’autres, et la scène crust de l’autre, avec les américains de DISRUPT, EXTREME NOISE TERROR, et tous leurs descendants. Et bien sûr toute la scène encore plus underground : LAST DAY OF HUMANITY, DEAD INFECTION, toute cette scène qui mélangeait à la fois le porno-gore, les tueurs en série, les influences de CARCASS, soit le pire du pire et qui constituait véritablement notre terreau.

Vous êtes le pendant français des LAST DAY OF HUMANITY, le groupe underground mythique de la scène gore-grind néerlandais ?

Ils ont commencé un tout petit peu avant nous, je crois. Mais on s’est retrouvé très rapidement à faire plein de festival ensemble, par exemple dans un festival organisé par un gars d’AGATHOCLES, le WEE LEWAAT OPEN AIR à Zichem en Belgique. Nous même, nous avions organisé un festival en France, parce qu’il n’y en avait pas à l’époque quasiment : le FUCKING GRINDING PORNO GORE FESTIVAL. On a fait trois éditions, à Paris, avec une avec LAST DAY OF HUMANITY, une avec DEAD INFECTION, avec que des groupes de cette scène-là.

Vous avez continué sur votre lancée, avec un deuxième album que vous avez simplement appeler : « 2 » chez Osmose, une sorte de copier/coller du prédécesseur ?

A cette époque là, on voulait repousser l’extrême limite de ce qu’était cette scène underground, qui mélangeait toutes ces influences. Comme sur le premier album, il n’y avait même pas de textes, et c’était revendiqué comme tel, pour être le plus minimaliste et extrême possible. Avec l’album suivant ‘Inventory of Fixtures’ (2007), cela a changé. Pour défendre l’album « 2 », on était parti sur une tournée américaine de cinq semaines avec BRODEQUIN, et pendant la tournée, ce qui a été le déclencheur du changement : tu avais Bruno et Yov, guitariste et batteur d’ANTAEUS, et qui avaient plein de projets parallèle, qui ont décidé de se séparer les groupes. Cela faisait 7 ans déjà que nous existions, et nous avons eu pour la première fois de l’histoire du groupe, un changement de line-up : Dagulard (batterie) et Guillaume (guitare) sont arrivés. On a alors tout mis  à plat, et on s’est dit qu’on avait eu une direction linéaire et qu’avec l’arrivée de nouvelles personnes, on devait de s’ouvrir en se disant : « Qu’est-ce qu’on n’a pas essayé ? Qu’est-ce qu’on peut essayer d’autres ? Quelles sont nos influences ? ». Et on avait ce côté crust qu’on avait toujours suivi, et ça a complètement ouvert la voie, sans que l’on sache où cela nous amènerait. On pouvait faire des albums dans la même continuité, mais aussi risqué de s’enfermer à un moment et on voit bien que les groupes album après album ils se répètent. Et c’était l’occasion d’enrichir ce que nous faisions.

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION « 2 »

Votre idée était de faire du Grind-Crust, suivant l’exemple de CARCASS dans son évolution de carrière ?

Oui, ‘Inventory of Fixtures’ c’était ça,  tout en gardant notre côté catchy qu’on avait déjà sur nos premiers albums. CARCASS a toujours été un exemple, mais comme on aurait pu dire ENTOMBED. Des groupes qui disent : on va essayer de nouvelles choses, et cela ne peut être que positif plutôt que s’enfermer dans un style. C’est un album qu’on a découvert une fois fini ; on se savait pas ce que cela allait donner. On mesurait les risques pris, et la sécurité aurait été de continuer ce que nous faisions. Le changement de line-up est toujours compliqué à gérer, mais entre le boulot, la famille, les goûts musicaux, les tournées, les amitiés, et surtout quand tu commences à 20 ans, c’est presque improbable qu’un groupe dure aussi longtemps. Le public a accueilli l’album de deux manières  : une partie pensant « c’est vachement bien, et je n’aimais pas ce que vous faisiez avant », et l’autre  « c’est bien mais on préfère ce que vous faisiez avant ». Et avec le recul, je dirais que les gens l’ont apprécié davantage que les précédents, mais si certains disent toujours préférer les deux premiers, ce que je comprends. Et avec le dernier album ‘Rapings Angel in Hell’, certains commencent à comprendre la logique globale.

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION « Inventory Of Fixtures »

Avec ce titre d’album en 2011 : ‘Sheep’N’Guns’, vous vous affichiez, de manière presque provocante, encore plus rock’n’roll ? 

Exactement. Avec « Inventory of Fixtures », on avait ouvert des choses, mais n’était pas allé jusqu’au bout des choses. On avait besoin de faire cela pour revenir après à une synthèse de nos influences. « Inventory… » a été une rupture, et en même temps une articulation, et ‘Sheep’N’Guns’ a été un album de transition pour nous permettre de sortir ‘Rapings Angel in Hell’. 

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION « Sheep’N’Guns »

Comment définiriez-vous « Rapings Angel in Hell’ ? Aujourd’hui, peut-on vraiment vous qualifier de groupe de grindcore ?

« Rapings Angel in Hell’ est la presque quintessence de ce que nous sommes. Avant même de composer la moindre notre pour cet album, nous avions déjà la volonté de replonger dans nos racines : le porno-gore. Avec Guillaume, le guitariste, on a réécouté tous les albums qu’on aime bien, de manière chirurgicale, comme des tueurs en série, avec des tableaux excel à l’appui. Classant les groupes et les albums, on a essayé de retrouver des intentions. Quand le style a été inventé, les groupes se distinguaient les uns des autres, tous étaient différents, avec une urgence et une pureté dans le fait qu’ils ne savaient pas où ils allaient. Ce que tu retrouves dans les premiers VENOM, KREATOR, mais pas dans leurs derniers albums, où tout est plus professionnel, plus carré. On voulait retrouver cette fraîcheur, que je retrouve dans IMPALED NAZARENNE, par exemple. Donc cet album est un retour à l’essentiel, et à la fin de sa composition, on était d’accord pour dire que c’était celui qu’on avait peut-être le mieux réussi.

Le dernier morceau de l’album ‘Rapings Angel in Hell’ est le condensé de ce que vous faîtes aujourd’hui. Il a même ses parties atmosphériques à la HEARTWORK de CARCASS…

Le guitariste a composé avec une batterie programmée, ce qu’on fait habituellement pour travailler en répète. Puis, on a enregistré toutes les voix en premier sur tous les morceaux, au fur et à mesure qu’ils étaient composés. A la fin de l’album, il n’y avait pas ce dernier morceau et pensait l’album terminé. Guillaume, le guitariste,  est revenu en me disant : « il m’en reste encore un ». En quelques semaines, on a travaillé les textes, et répété un peu, et il s’est imposé comme le titre de l’album par son côté atypique et une force qu’on avait ressenti en le composant et encore plus en live avec la réaction du public. Parfois, et malgré notre style particulier, les gens chantent même la mélodie.

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION  » RAPING ANGELS IN HELL »

Et pourquoi toujours pas de bassiste ? Vous auriez pu copier PIG DESTROYER et en intégrer un sur votre dernier opus. Ou est-ce parce qu’ils ne servent à rien ? 

Oui, en grande partie (rire). On a commencé le groupe à trois, et aujourd’hui on a exactement la même configuration avec un guitariste branché sur l’ampli basse, avec une pédale pour faire la séparation. On a eu un moment des bassistes, un deuxième guitariste. On a hésité, et on s’est demandé si ça passait à trois musiciens. Cela peut être plus simple à trois, ou plus risqué s’il y en a un qui se plante. Par contre, quand cela fonctionne bien, ça devient plus propre. On se pose la question, car on aurait peut-être besoin d’un deuxième guitariste pour enrichir nos nouvelles idées pour l’album suivant…

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION a joué un set de 30 minutes au HELLFEST en 2019.

Seb précise : « C’est la deuxième fois que l’on joue au Hellfest. On a profité pleinement, car on sait que c’est exceptionnel de jouer devant 10 000 personnes. Sur la set-list du Hellfest, vous retrouverez quasiment que du « Inventory of Fixtures », et du ‘Rapings Angel in Hell’, afin de pouvoir coller au 30 minutes du set exigées par l’organisation. D’habitude, on en joue de tous nos albums, en commençant par le premier » Et vous voilà éclairé par les propos de Seb pour en déguster toute la moelle.

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