[ Chronique ] MONO – Pilgrimage Of The Soul ( Pelagic Records )

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Avec « Pilgrimage of the Soul », son onzième album studio, MONO entre de plein pied dans sa troisième décennie d’errance musicale et de lutte acharnée sur les sentiers tortueux du post-rock instrumental. Son parcours, exemplaire pour certains, influent pour beaucoup, tire sa force de la divine trinité mono-lithique qui le compose et qui n’a eu de cesse, jusqu’à maintenant, de nous proposer parmi les plus belles symphonies post-rock, et surtout d’imposer au monde un style si singulier et extatique. Cette fois-ci, le groupe a semble-t-il travaillé avec prudence, anxiété, mais avec optimisme, au plus fort de la pandémie de « ce-que-vous-savez », à l’été 2020. Le résultat sonne pourtant aussi « pur » et authentique qu’à l’accoutumée, le groupe n’ayant dérogé à aucun de ses principes en nous offrant un imaginarium complexe et aérien, retraçant son long et perpétuel voyage, des sommets les plus hauts aux vallées les plus encaissées…

Aussi constant que subtil dans sa progression, le quatuor poursuit sa route sinueuse avec ses structures à l’impatience « exponentielle », à la courbe lente, et son tissu mélodique aérien. Si il a souvent mis en valeur les nuances, l’altérité et l’interaction entre murmure et distorsion, j’ai maintenant l’impression que le groupe joue de plus en plus sur l’atténuation, l’évanouissement. D’aucuns disent qu’il s’agit de l’album le plus dynamique du groupe, qu’il est influencé par la techno voire le disco…

« Pilgrimage of the Soul » n’est certes pas une force dévastatrice, mais il continue néanmoins de créer la magie, de peindre, de photographier, de coller, de donner à voir des instants de splendeur, avec certainement moins de guitares, plus de textures synthétiques et symphoniques, et des structures relativement répétitives. Personnellement, je mettrais plus en avant l’aspect narratif et cinématographique que je ressens en écoutant des artistes comme EZEKIEL voire même un Yann Tiersen pour le côté onirique, mais à aucun moment je ne vois de techno ou de disco.

De même, je ne trouve pas l’album surprenant du tout ( et il n’y a pas de mal à ça ), je le trouve séduisant, étonnamment optimiste tout en conservant une âme nostalgique. Les deux premiers extraits révélés par le groupe reflètent d’ailleurs plutôt mal le coeur de l’album. « Riptide » reste un exemple classique du contraste sonore de MONO : d’abord un piano doux puis un riff charnu implacablement et des éclats de batterie saccadés sur une nappe de synthés « larmoyants ». « Innocence » est quant à lui plus étiré, plus anfractueux, mais il possède toujours ce jeu sur la rupture et la distorsion.

C’est avec « Imperfect Things » que vient la différence car même s’il démarre délicatement, il se construit autour de couches successives d’electronica et de xylophone tourbillonnant, spiralant en rythme jusqu’à la conclusion. « Heaven In A Wild Flower » est aussi pastoral que son nom l’indique avec ses cordes au premier plan, on croirait une bande originale de film, l’aspect classique étant omniprésent et les guitares en retrait. « To See A World » conserve un sens de la composition classique également avec une nature orchestrale plus large lui donnant un son rock angoissé et dense. « The Auguries » poursuit la brèche ouverte par « Innocence » mais sans la rupture, il joue comme une grande partie de l’album sur une juxtaposition de couches qui s’ajoutent progressivement, avant de s’effacer, de s’estomper, en sfumato.

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Le clou du spectacle reste selon moi « Hold Infinity In The Palm Of Your Hand » : savant mélange de tous les ingrédients de l’album, sorte d’épopée hypnotique, cinématographique et dramatique où ressort toute l’émotion, la passion, le désir, la réflexion, la tristesse et la joie que MONO vient déverser en abondance, et avec chaleur, dans nos pavillons auditifs placés en offrande. Au risque de me répéter : cet album regorge vraiment d’instruments dit « classiques » et de textures électroniques envoûtantes, il met en lumière les aspects les plus orchestraux et la narration très cinématographique du groupe comme une continuation de ce qui avait été fait précédemment et en ligne directe avec le live symphonique « Beyond The Past » sorti l’année dernière.

Pour résumé « Pilgrimage Of The Soul »  est un album qui s’appuie plus sur l’unité, qui joue plus sur la douceur et l’estompement que sur le contraste. Structurellement et esthétiquement, on retrouve à peu près le MONO que l’on connait : celui qui aime le « beau », celui qui tisse sa toile lentement mais sûrement, qui y peint de splendides motifs pastels, qui y dessine étoiles et cieux, vastes paysages sonores sublimes frôlant le divin, mais qui ne vient que rarement déchirer cette toile, qui nous la donne à voir, qui l’expose et la laisse vibrer plutôt que de la déchirer et la réduire en charpie… Et cette recette fonctionne parfaitement, même si MONO y met toujours plus « d’après », et peut-être de moins en moins de « rocaille », il décrit avec délicatesse ces larges cercles concentriques, ondes sonores frémissantes qui viennent inonder de sensations apaisantes l’auditeur candide qui sommeille en nous…

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