[ Chronique ] DIE APOKALYPTISCHEN REITER – The Divine Horsemen ( Nuclear Blast )

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C’est drôle d’observer la popularité d’un groupe suivant les pays, outre les Américains qui ont souvent une notoriété disons mondiale, un groupe comme DIE APOKALYPTISCHEN REITER, si il est connu dans les pays germanophones et éventuellement d’Europe Centrale/de l’Est, reste relativement confidentiel dans nos contrées ( en tout cas c’est l’impression que j’en ai ).

À quoi est-ce dû ? Bonne question. Un nom trop complexe à prononcer ( je ne m’y aventurerai ), les textes ? On peut dire que bien que RAMMSTEIN ait fortement contribué à son développement à l’international, beaucoup restent hermétiques voire frileux à l’écoute de la pourtant magnifique langue de Goethe. Je n’ai pas vraiment de réponse à apporter au pourquoi du comment de ce défaut de notoriété.

Toujours est-il que ces « Cavaliers De L’Apocalypse » fêtent cette année leur vingt-cinq ans ( tout de même ! ) en nous proposant une oeuvre unique baptisée « The Divine Horsemen ». En résumé, le groupe s’est enfermé en studio pendant deux jours à l’automne dernier et y a enregistré 500 minutes de musique, sans aucune répétition préalable, autrement dit une oeuvre où l’improvisation et la créativité sont mises à l’honneur. Le résultat, condensé sur 80 minutes, est un projet surprenant, inattendu et un peu fou, exactement à l’image de ce que les Vimarois ont toujours fait.

Après, qui dit « improvisation » dit « expérience » mais ne dit pas forcément « n’importe quoi ». Si l’oeuvre est complexe et mérite plusieurs écoutes, elle m’est apparue très aboutie au vu des conditions que le groupe s’est imposé pour la créer. L’immédiateté et l’urgence, couplées à l’expérience et au talent, ont fait ressortir l’essence même des musiciens, tant et si bien que l’album ressemble à un hommage à toute une variété de cultures et d’influences qui ont caractérisé les vingt-cinq ans d’évolution du groupe.« The Divine Horsemen » est donc un voyage captivant à travers une myriade de sonorités et de styles : allant du grind au death, au thrash avec quelques clins d’oeil au metal le plus noir ( « Nachtblume », « Ymir » ), au post-metal, au hard-rock ( « Children Of The Mother Night » ), au prog’ psychédélique, au folk ( « Wa He Gu Ru » ) et même au jazz ou à la world… Rien que ça !

L’ajout d’une variété d’effets et d’instruments tels que le didgeridoo, le djembé, le doumbek, le gong, ou encore la guimbarde, combinés à l’arsenal sonore du quintette et à la voix polyglotte de Fuchs colore l’ensemble d’une teinte et d’un état d’esprit très « tribal » qui n’est pas sans rappeler SEPULTURA période « Roots » ( « Tiki » et « Akhi » en tête ). Pour souligner encore un peu plus le caractère improvisé du disque, le groupe est servi par un son organique, presque live, avec notamment très peu d’effets sur les voix.

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Très vite, on remarque qu’il se dégage plusieurs structures ou du moins plusieurs façon de découper ces 500 minutes. Les titres les plus courts sont aussi les plus brutaux et ils tournent en général autour d’un riff, d’une idée, ou d’un mantra vocal ( « Salus », « Amma Guru », « Haka » ). Alors que de longs morceaux ( que l’on sent issus d’expérimentations ) comme « Duir » ou « Inka » reprennent aussi un ou plusieurs motifs mais étirent l’ossature, venant poser des ambiances ligneuses et brumeuses, pleines de percussions, et faisant monter crescendo la tension jusqu’à la distorsion finale.

Maintenant, il y a aussi tout un concept délirant autour de l’album : L’Univers serait en guerre. L’Humanité serait elle-même impliquée dans une lutte multi-millénaire avec les Azédopodes, êtres originaires d’Arcturus se nourrissant du Mal et des mauvaises pensées. Mais les dieux inter-galactiques se sont réunis pour nous venir en aide et s’incarner ici bas. Ils ont donc choisi cinq super-humains ( les membres de D.A.R. ) pour ouvrir un portail dimensionnel, planter les graines des temps nouveaux, et donner à l’humanité la possibilité de guérir et de se préparer au grand saut. Un saut qui dissolverait toute réalité, toute loi, tout temps, toute distance, toute finitude. Une explosion de conscience, à laquelle succèdera l’extase et la félicité. L’Humanité étant dans une impasse, la plus haute autorité inter-galactique a décidé de les aider à accepter les changements à venir et à se débarrasser des Azédopodes… Tout un programme !

À ce titre et à bien d’autres, cet album est donc définitivement unique. C’est une expérience totale et en cela il diffère du travail habituel de DIE APOKALYPTISCHEN REITER : il n’y a pas vraiment de tube comme le groupe sait en faire ( enfin c’est mon impression ). Si on essaye de rester un peu dans le concept, « The Divine Horsemen » ressemble plutôt au témoignage d’un rituel, une vibration que tout le monde peut ressentir tant elle est variée. C’est une oeuvre oecuménique, multi-dimensionnelle, multilingue, multi-vitamine, multi-fruit… Un instantané dans lequel les artistes ont servi de médium. Il nous ouvre en effet un portail, celui de la création et celui du langage, du dialogue sonore ; il nous montre aussi à quel point les artistes sont unis dans cette création et à quel point la musique peut parler au plus grand nombre, dans toute sa primarité, dans toute sa tribalité.

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