[ Chronique ] CULT OF LUNA – The Raging River ( Red Creek Recordings )

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Je me rends compte que j’ai été un peu méchant avec CULT OF LUNA lors de la sortie de leur dernier long métrage « A Dawn To Fear ». J’avais à l’époque trouvé que l’album ne se renouvelait pas assez, que cela se ressemblait beaucoup, je ne supportais plus la voix râpeuse de Johannes Persson et les rythmiques répétitives du groupe. Je pense que j’étais encore trop imprégné du chef-d’-oeuvre unanimement salué qu’était « Mariner ». Avec quelques années de recul, je peux dire que je n’étais sûrement pas prêt pour « A Dawn To Fear » mais que l’album a su combler mes attentes par la suite, qu’il a fini par me parler, me bouleverser à sa manière et qu’il continue de le faire puisque je l’écoute encore régulièrement. Comme quoi, tout est que question de ressenti et que la vérité d’aujourd’hui ou d’hier ne sera pas celle de demain.

La nature organique du son de CULT OF LUNA évolue autant pour le groupe que pour l’auditeur et peut même en faire changer la perception et les humeurs à posteriori. Il faut savoir que chaque nouvelle sortie du groupe se développe sur un monde pré-établi par la dernière en date, tout en essayant de poser les bases d’un avenir ( souvent incertain ). À ce titre, les trois derniers opus du groupe s’articulent assez bien ensemble, sans pour autant s’ancrer dans un récit commun, sorte de contrainte scénaristique qui n’aurait aucun sens dans l’oeuvre du groupe. Par contre, on peut aisément imaginer une corrélation musicale et émotionnelle entre eux : l’univers urbain étouffant de « Vertikal » se met en opposition, en contraste avec la grandeur, l’évasion, l’ouverture vers les cieux et l’espace de « Mariner ». Ce dernier narrant le voyage de ceux qui ont quitté leur maison pour découvrir un nouveau monde, « A Dawn To Fear » vient alors évoquer ceux qui sont restés sur une planète mourante, livrés à eux-mêmes et essayant de survivre tant bien que mal.

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Bref, après cette petite mise au point, il est temps de passer au présent et à ce nouvel EP. « The Raging River » peut donc à juste titre être vu comme un « pont » entre « A Dawn To Fear » et le futur de CULT OF LUNA. Il se veut une continuation de l’oeuvre du groupe, son écoulement logique et revigorant, son afflux, son pouls et sa catharsis car nourri des doutes, des frustrations et des tragédies qui se sont jouées ces dernières années.

« The Raging River » triomphe en cinq titres construits sur des pics, des creux, des moments explosifs et des moments d’accalmie. Il se meut tel une rivière de magma, infatigable, visqueuse et sulfureuse. « Three Bridges », l’entame, est encore très imprégné du dernier album, même si on verra que « Vertikal » tient ici une place importante, notamment dans les rythmiques très « rituelles ». Ensuite, « What I Leave Behind » me paraît plus concis, plus frontal, plus agressif aussi ( notamment dans la voix ). On y sent toute la rage et la frustration accumulée.

« Inside Of A Dream » vient parfaitement diviser l’EP en deux parties. Tout en contemplation, en rêve, lunaire et presque obsédant, il est construit autour de la voix de Mark Lanegan ( héros de nos Suédois et énorme source d’inspiration pour le groupe ). Sa voix chaude et enivrante vient se poser comme un guide, une lueur dans l’épaisse et suffocante ambiance imposée par le groupe jusqu’alors.

L’enchaînement sur « I Remember » se fait à pic : brut, organique et puissant. Les riffs écrasent tout le reste, nous consume et consument nos peurs, nos tragédies intérieues. L’épique et splendide « Wave After Wave » vient clôturer le tout d’une manière assez typique pour CULT OF LUNA, installant l’ambiance lentement, comme une orgie de synthés, de groove, de guitares tranchantes, de basse bourdonnante et de rythme hypnotique, jusqu’à la transe finale ; de vagues en vagues, paradoxalement euphoriques et dégoulinantes de désespoir.

Vous l’aurez compris « The Raging River » diffère des EPs dit classiques dans le sens où il n’est pas conçu avec des chutes de studio ou comme une manière de faire patienter le chaland avant de pouvoir proposer quelque chose de neuf. Il est une vraie étape pour le groupe, un moyen ( le meilleur ) de clore un chapitre et d’en ouvrir un nouveau, pour notre plus grand plaisir !

 

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