[ Chronique ] REGARDE LES HOMMES TOMBER – Ascension ( Season Of Mist )

Que de chemin parcouru depuis sa création et la sortie de son album éponyme en 2013. Que d’eau a coulé sous les ponts depuis que les Nantais de REGARDE LES HOMMES TOMBER ont débarqué, comme sortis de nulle part et sont venus apposer leur marque épique, atmosphérique, -post-, sur le microcosme du black metal français. Quelques années et un chanteur plus tard, « Exile » est alors venu confirmer et affirmer une envie, un besoin d’extrême, tout en faisant du groupe un des fers de lance de cette scène française.

Aujourd’hui RLHT est donc de retour avec le dernier chapitre de sa trilogie, son nouveau long-métrage ( le premier chez Season Of Mist ) baptisé « Ascension ». Celui-ci est d’ailleurs sensé reprendre là où le groupe s’était arrêté en 2015 mais aussi clore un cycle et donc ouvrir une nouvelle ère… Mais laquelle ?

D’emblée, ce qui frappe c’est la clarté et la puissance du son, certainement la meilleure production du groupe à ce jour. D’aucuns diront qu’il est extrêmement accessible et je ne pourrais pas les contredire mais force est de constater que cela rend les titres d’autant plus percutants et ravageurs. Mon seul bémol serait peut-être cette volonté de laisser la voix un brin en arrière-plan mais cela force aussi à se concentrer sur le reste, sur le tout, et donc à mieux remarquer le travail de composition, les mélodies des guitares, la puissance des ryhtmiques.

Évidemment, on baigne toujours dans ce mélange de black metal atmosphérique, mélodique et de sludge même si j’ai cette fois-ci la sensation que les musiciens ont eu tendance à septentrionaliser leur riffing en y incluant des mélodies dissonantes et typiquement scandinaves. Face à un certain étiolement du style et des inspirations : tout devenant lisse, toujours plus post, toujours plus rock, de moins en moins sombre, de plus en plus homogène, RLHT a choisi de gratter la boue collée sous ses bottines, pour mieux les nettoyer et les passer au cirage noir. Il semble s’être (re) plongé dans l’essence même du black metal, il nuance ainsi son style en noircissant largement le tableau.

Si l’on ne peut pas dire que le groupe soit un adepte des dogmes qui définissent les styles, on peut dire qu’il a toujours su en jouer, en dénouer les ficelles pour mieux se les approprier et les mettre au service de sa musique. « Ascension », plus noir, plus sombre selon moi, gagne aussi en intensité et en rapidité. 

L’évolution peut paraître subtile et pourtant, tout au long des cinq titres ( sept avec les intros ), les Nantais semblent durcir le ton, redoublant de force et de sagacité. Tout est là : malsain, mauvais, méchant et sans concession…Les riffs sont aiguisés, caustiques presque frénétiques mais il y a aussi une bonne dose de passages épiques et écrasants ( « The Renegade Son », « A New Order », « The Crowning » ) et même quelques arpèges envoûtants et autres mélodies dissonantes ( « Stellar Cross » ). 

Avec « Ascension », on continue de visiter les écrits sacrés, les destins tragiques fait de chutes et d’élévations. On touche du bout des doigts les gravures anthracites, les paysages Doré chers à la troupe, ou encore la carte infernale boticellienne qui nous fait pénétrer les différents cercles infernaux et dantesques. Au loin sont les luxurieux, les avares, les gourmands, derrière sont maintenant les sépulcres ardents et les Furies, le groupe erre désormais parmi les tombeaux ouverts et éternellement brûlants des hérétiques, des blasphémateurs, des homicides et des trompeurs. Se tenant au bord du gouffre, REGARDE LES HOMMES TOMBER se rapproche encore un peu plus du coeur de la cité de Dité, il se nourrit du feu des damnés pour mieux consacrer son art, pour mieux s’élever et renaître sous une nouvelle forme, pour une nouvelle ère, ivre de noirceur…

Commenter cet article

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.