[ Chronique ] ENVY – The Fallen Crimson ( Pelagic Records )

La révolution solaire à peine entamée, la Saint-Sylvestre à peine balayée, la galette monarchique à peine digérée, et voilà que commencent à pointer les sorties que la metalosphère attend le plus. En effet, on peut dire qu’il arrive tôt et pourtant c’est un des évènements de cette année : le nouvel album d’ENVY, le premier en cinq ans, depuis le pseudo-hiatus du groupe. À quelques jours de la sortie de « The Fallen Crimson », dernières heures d’excitation pour tous les fans du style ensorcelant et inimitable de nos chers Nippons, je vais donc essayer de vous en dire un peu plus sur ce ENVY nouvelle version.

L’unicité des groupes japonais n’est plus à prouver et nous en faisons largement la promotion ici ( MONO, BORIS, VAMPILLIA etc. ). Mais il faut avouer que des groupes avec une telle longévité ( pour rappel, ENVY s’est formé en 1992 et a publié six albums studio à ce jour avec quasiment les même membres ), un son aussi distinctif, inspiré et inspirant, qui mélange les styles comme le screamo, le post-rock et le post-hardcore, il n’en existe pas ou peu… Mais j’avais tout de même quelques doutes sur ce retour, aussi inattendu soit-il, étant donné les départs coup sur coup du chanteur Tetsuya Fukagawa en 2016 puis du guitariste et du batteur en 2018.

ENVY allait-il arriver à se relever et à produire une musique toujours aussi émotive, expressive et puissante malgré ces malheureux revirements ? N’était-ce pas un énième retour ou une tentative désespérée, une chimère du passé ? Heureusement, il y a quelques mois sortait un premier EP, prémices de ce nouvel album, et nous apprenions à cette occasion le retour du chanteur au sein de la formation. Mais bref, passons donc sur le côté potin de l’affaire pour se concentrer sur ce qui nous intéresse réellement : la musique de « The Fallen Crimson »

Un album d’ENVY est toujours une aventure émotionnelle polyvalente et à ce titre, ce dernier opus ne fait pas défaut. Néanmoins, je trouve que le groupe gagne en concision et va à l’essentiel en proposant une dizaine de titre pour cinquante minute de musique. De même, il laisse beaucoup de place au détail, aux respirations et aux insufflations, en total paradoxe avec les explosions rageuses de certains titres.

Je dirais même que « The Fallen Crimson » se décline autour d’une dynamique duale, entre passages dévastateurs et beauté fragile, éthérée. Deux mondes qui parfois s’entrechoquent, souvent se complètent ou s’apposent, en tout cas ils ne manquent pas de séduire et de produire des effets parfois inattendus.

Je ne vais pas vous faire le couplet classique du détail de chaque titre car ce serait quelque chose de fastidieux, pour vous comme pour moi. Sachez juste que chaque titre possède une teinte, une texture différente, qui vous frappe à différent niveau mais avec une seule et même qualité : sa capacité mémorable. Certains titres sont comme une tempête qui s’abat sur des eaux placides, alors que d’autres semblent se focaliser sur une seule de ses mêmes gouttes, frappant durement l’eau et s’élargissant en différents cercles concentriques, tel une onde…

La portée sensorielle est d’ailleurs assez incroyable. L’album offre une palette émotionnelle large et franchement rare dans ce type de musique dit amplifié : du lourd, les yeux mi-clos du rêveur, des mains qui tremblent, de la colère, une sensation douce-amère en bouche, des jambes engourdies, de la rage, une sensation sucrée sur les papilles, de la mélancolie, un souffle frais sur les côtes, de la joie, des yeux embués, de la nostalgie positive et j’en passe…

Les morceaux sont truffés de mélodies super-puissantes, accrocheuses, parfois biscornues, ou parfois même popisantes et pourtant qui ne rebutent pas forcément de par leur accessibilité puisqu’elles apportent le contraste parfait entre les accumulations post-rock et les parties agressives, dures, purement post-hardcore. Le style vocal expressif de Tetsuya Fukagawa entre cri et parlé-chanté uniquement en japonais ( ce qui apporte un certain cachet ) contribue pour beaucoup à cet effet. Il est souvent soutenu par des choeurs féminins ou même juste synthétisés, varie les tessitures pour mieux appuyer les émotions des guitares. À n’en pas douter, il est bel et bien au centre de la musique d’ENVY car il lui apporte, grâce à ses textures vocales, toute son expression, son dynamisme, ses nuances.

Que dire de plus ? ENVY est revenu pour le meilleur, sans se préoccuper du pire. Retour gagnant pour le groupe qui ressuscite et re-suscite l’intérêt grâce à un album d’une pureté et d’une portée cathartique insoupçonnées.

 

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