[ Chronique ] BORIS – Heavy Rocks ( Relapse Records )

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J’ai toujours été fasciné par les caméléons, par leur capacité à se fondre dans un milieu, leur coloration cryptique, mais aussi par leur rythme, leur flegme toujours un peu à contre-courant. J’y trouve des similitudes avec BORIS, groupe polymorphe et également homochromique, quoique bien plus hyperactif et au sang bien plus chaud que le saurien auquel j’attache une comparaison certes bancale. Toujours est-il que BORIS a tout de même une tendance à la mue et à l’imprévisibilité et ce n’est pas ces deux dernières sorties – le concis et agressif « NO » puis le floconneux, fragile et ouaté « W » – qui réunis devaient former un présent brumeux « NOW », sorte de  bascule ou balance précaire entre positif et négatif, qui me fera dire le contraire.

Cependant, cette fois-ci, le trio vient saluer ses trente années de carrière en nous proposant « Heavy Rocks » troisième du nom, les deux premiers étant sortis respectivement en 2002 et 2011. Rassurez-vous, ce nouvel effort n’est pas une revisite de ces titres mais bel et bien du nouveau matériel. Et cette nouvelle mue s’éloigne largement des précédents travaux, bien loin de l’amertume rougeoyante de « NO » et de la passivité lascive d’un « W », cet opus revêt des atours bien plus rock et énergiques, organiques et taillés pour la scène. Les titres plutôt courts, et au nombre de dix, prennent une trajectoire plus directe mais pas forcément agressive. La peau de BORIS s’irise, s’animalise, se marbre de tâches fauves pour nous mener à cette cage richement décorée où se battent avec audace, mais également exigence : rock, metal et punk.

D’un « She is Burning » – puissant et décalé, presque algébrique – en passant par le d-beat de « Cramper », le punk-rauque de « My Name is Blank » ou le pop-punk « Ruins », et les attaques rageuses de « Chain », BORIS nous offre des moments de frénésie pure que rien ne semble pouvoir freiner ou entacher. Si le plus metal « Question 1 », le sauvage « Nosferatou » et son saxophone zornien déchirant ou l’indus’ et son rythme techno-hardcore « Ghostly Imagination » renouent avec le côté noisy des collab’ antérieures du groupe ( celle avec MERZBOW en tête ), je pense que c’est plutôt le maintien d’une certaine tension, d’une vibration guitaristique intense que d’expérimentations sonores dont il est question ici.

Ce nouvel album de la série « Heavy Rocks » est donc tout aussi exigeant que le reste de la discographie du groupe mais aussi et peut-être le plus accessible de leurs albums sur la dernière décennie tant il est baigné d’influences diverses et variées, et tant il va infuser le reste de la musique du groupe avec ce sens de l’accroche et du catchy qui vient ajouter un aspect brillant, coloré et indomptable aux titres. Régulièrement, les Japonais nous plongent dans leur propre mythologie pour mieux la faire résonner, l’enrichir et la renforcer : « Dear » ( 2017 ) renvoie à « Absolutego » ( 1996 ), « No » ( 2020 ) et « W » ( 2022 ) fonctionnent de pair, les « Heavy Rocks » sortent à peu près tous les dix ans et semblent se répondre ou s’interroger… Alors qu’on croit le reptile apaisé, repu ou endormi, il sort sa langue et attaque… Je le répète : les caméléons sont fascinants.

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