HELLFEST XV Part. II – Les tops & flops de Julius

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Après un premier week-end haut en couleur, le réveil fût difficile, se regarder dans le miroir : un supplice. Preuve que la fête avait été au rendez-vous, mon corps était pétri de douleur et mon visage ressemblait à une poire confite dans de l’eau de vie. Un temps de repos était donc nécessaire, et rester sur le site comme une poignée d’irréductibles ( gloire à eux ) me paraissait impossible. Je filais donc trouver le premier caisson d’isolation sensorielle libre afin de décompresser et de reposer organes, muscles et méninges avant de revenir dans la bataille et me replonger avec délectation dans la symphonie des beuglements éthyliques…
Si la canicule avait autorisé les épidermes à prendre un teint mordoré ou les avait marqué au fer rouge pour certains, ce second week-end semblait vouloir tout mettre en oeuvre pour un invité de marque : la pluie.  Pourtant en ce jeudi, tout est au beau fixe, la soleil est présent et les sourires inondent la foule qui se presse déjà sur le site. De mon côté, je suis parti sur les mêmes bases : flâner.  Mais avec quelques repères indispensables en plus : des groupes que je n’avais jamais vu.

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Ma claque de cette première journée revient sans conteste aux Suisses de ZEAL & ARDOR. Le groupe nous a offert une prestation sobre mais intense avec beaucoup de titres issus de leur dernier album, l’éponyme, que j’avais trouvé plus brut, plus agressif et tourné vers le live. Mes premières sensations se sont vérifiées, ZEAL & ARDOR fait tout bien, il arrive parfaitement à retranscrire son univers au carrefour des styles. Les nuances ne sont jamais des cassures et on reste bien dans ce bateau qui, malgré la tempête, continue d’étendre ses filets, du negro-spiritual au black metal. Les choristes apportent beaucoup au leader Manuel Gagneux qui paraît de plus en plus à l’aise dans ce rôle de chanteur hybride, capable d’hurler comme de prendre sa voix la plus chaude et la plus séduisante. Après un SCORPIONS « pas piqué des hannetons », j’ai choisi de faire l’impasse sur l’enchaînement HEILUNG / WARDRUNA ayant déjà vu les deux groupes sur scène récemment et de plutôt aller me diluer dans les nuits clissonnaises…

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Passons maintenant à ce vendredi riche en programmation et en émotion…

Je commence par la surprise du jour et le coup de coeur : les Roumains de DIRTY SHIRT & THE TRANSYLVANIAN FOLKCORE ORCHESTRA, un groupe vraiment à part et difficilement classable. Sur scène, c’est une vingtaine de personnes avec des instruments folkloriques, des choristes et des musiciens pratiquant un metal très influencé par le nu-metal et le metalcore tout en le mêlant à celle des Carpates. Une mixture improbable qui rend l’objet d’autant plus intéressant car dans le metal, les aspects folk ou traditionnels sont souvent l’apanage du death ou du black. La Temple ( étonnant de les voir jouer sur cette scène ) s’est alors transformée en un joyeux cirque où tout le monde dansait, riait, chantait comme submergé par ces languissantes et atypiques rythmiques aux accents exotiques.

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Quelques minutes plus tard c’est BENIGHTED qui revient mettre de l’ordre sous l’Altar avec un show toujours aussi impressionnant de maîtrise. BENIGHTED c’est une machine, un rouleau compresseur, une tronçonneuse professionnelle, un truc qui trancherait une porte blindée. C’est aussi et surtout un véritable plaisir pour le public et une garantie de passer un bon moment à se briser la nuque et « faire la ronde » en souriant. Le groupe est sur-motivé et le fait savoir à son public en lui assénant ses plus belles torgnoles à la vitesse de l’éclair ( dont pas mal issues de « Necrobreed », son dernier album sorti en pleine pandémie ). Je note vraiment la joie du groupe de pouvoir enfin rejouer et retourner des fosses comme il sait si bien le faire, avec fun et style. Vers la fin du show, petit moment d’émotion à l’évocation de Trevor Strnad de THE BLACK DAHLIA MURDER décédé il y a quelques semaines, avant de repartir dans une cavalcade sans fin de borborygmes et de riffs hachés, laissant logiquement l’Altar en charpie. 

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C’est à partir de ce moment là qu’a débuté le ballet de la boue, des bottes et des k-ways. Sous cette pluie fine mais persistante qui a rendu chacun de ces instants plus épiques et mémorables, j’ai autant enchaîné les verres d’alcool que les dieux du thrash KREATOR les circle-pits. Eux-même s’effaçant devant d’autres dieux : ceux de l’indus’ avec MINISTRY. Et comme le dit l’adage : les dieux ne peuvent décevoir, jamais.

Pour patienter avant le clou du spectacle, je jette un oeil sur ce bon vieux ALICE COOPER et « sa bande de branleurs ». Je passe un bon moment. Fun et bien foutu, un show devant lequel on ne peut clairement pas s’ennuyer, une sorte de plus grand cabaret du monde avec un Patrick Sébastien beaucoup plus goth’, et beaucoup plus rock ! Puis j’ai enfin pu voir le groupe que j’attendais vraiment sur cette édition : NINE INCH NAILS. Première fois au Hellfest pour Trent Reznor et sa bande qui déboulent dans une mer de stroboscopes et enchaînent sans discontinuer les tubes. De « Wish » à « Closer » en passant par « Head Like A Hole », les Américains livrent une prestation haut de gamme : sobres, efficaces, élégants.

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Samedi matin, le gosier asséché mais les pieds encore humides, je reprends mes pérégrinations suivi par une persistante odeur de pétrichor, ne sachant guère où aller, jonglant entre les flaques de boue avec l’impression d’errer comme un poulet sans tête entre les différentes scènes. Ce n’est qu’en fin de journée, le corps arrosé au Jack Daniels que j’ai commencé à revenir à la vie, pile devant un IGORRR certes vu et revu, et en retard de 30 minutes en plus. En toute logique, je suis passé faire un coucou à FLESHGOD APOCALYPSE parce que j’aime bien le côté baroque des costumes et l’aspect théâtral, sans compter leur incroyable puissance scénique.

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Enfin, comme « tout le monde », je suis allé me préparer pour les stars du soir : les GUNS’N’ROSES. Et là c’est le drame, rien ne va : le son, l’attitude, la voix. Le groupe enchaîne les titres que je reconnais à peine, se permettant même quelques reprises foireuses dont une d’AC / DC ou une des STOOGES. Des flingues et des roses ? Des pistolets à eau et des chrysanthèmes plutôt. Cela ressemble à un tribute show de supermarché sur-éclairé. Et le groupe va jouer 2h30 ? Je me pose beaucoup de questions face à ce triste spectacle ( et je ne suis pas le seul ), j’échange quelques sourires gênés et des regards interloqués presque amusés, avec pour seule réponse cette bouillie sonore. Sans aucune indulgence, je me dis qu’il faut s’échapper de ce cauchemar, se réfugier dans la boisson ou sous une tente. Rapidement.

Au cours de ma fuite, je rencontre les Berlinois de KADAVAR et leur rock puissant typé 70’s, psychédélique et séduisant à souhait, qui me tendent les bras. Comment alors ne pas s’y engouffrer pour échapper à la voix criarde et au visage d’Axl « Chucky » Rose ? En comparaison à ce qui est en train de se passer dehors, la Valley prend des allures de temple du rock tant chaque compo’ du power trio fait mouche, touche en plein coeur chaque spectateur et rend l’hommage qui se doit à cette période bénie des dieux. Merci KADAVAR, c’était magique !!

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Mon autre remerciement va à MOONSORROW qui jouait juste après ( toujours pendant les GUNS ). Les Finlandais, que je n’attendais pas spécialement, ont offert un show extraordinaire, épique et dépouillé, qui m’a complètement transporté, qui m’a transposé au milieu de ces paysages glacés ; infinies et mystérieuses étendues enneigées. Les chants parfaitement sonorisés ont encore augmenté la qualité d’une expérience véritablement mystique.

J’ai adoré « Bloodmoon » de CONVERGE sur album alors l’occasion de les voir l’interpréter sur scène était trop belle pour que je les loupe ce soir.  Accompagnés par Chelsea Wolfe, Stephen Brodsky et Ben Chisholm, le groupe ne fait pas les chose à moitié et propose donc une heure de cette musique singulière qui ne plaît manifestement pas à tout le monde. Trop mou, trop post’ pour certains, trop difficile d’accès, trop de viande saoule aussi. C’est sûr que ce n’est pas du CONVERGE pur sang, et qu’en plus le son n’est pas parfait. Les voix se mêlent assez mal et Chelsea Wolfe semble à la peine ( malade ? ). Toujours est-il que le groupe colle à son album, immerge l’auditeur dans ses nappes aériennes avant de le jeter contre des murs de distorsion… Beau mais peut-être trop élitiste pour l’heure de passage. Dommage, si l’occasion se présente je retournerai les voir en salle.

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Me voici dimanche, survivant, au septième jour de festival, un pichet de cidre à la main, et mes deux derniers coups de coeur face à moi. Le premier est un combat, un versus qui se déroule sous la Valley entre REGARDE LES HOMMES TOMBER et HANGMAN’S CHAIR. Une fructueuse collaboration qui a déjà fait ses preuves et encore une prestation exceptionnelle à mettre au crédit du Hellfest qui aura réussi à en émailler tout le week-end. Pour nos deux groupes français, formant ici un super-groupe de neuf musiciens, c’est massif, limpide et précis. La rencontre fait résonner les corps, les titres des uns baignant dans ceux des autres, appuyant les riffs pour mieux écraser, s’échangeant les vocaux pour mieux épaissir l’onctueuse mélasse qui se répand sur un public abasourdi, envoûté.

Enfin après une journée épique, je me suis en toute logique plongé dans METALLICA. Si je les ai déjà vu un bon paquet de fois, c’est toujours un plaisir de les revoir et surtout de les voir au Hellfest, chose que tout le monde attend depuis quelques éditions maintenant. Les Californiens ont donné un concert relativement sobre, avec peu de pétards et autre pyrotechnie, un son très qualitatif et une setlist bien agressive avec très peu des derniers albums ( ce qui a dû en ravir plus d’un ). Une fin en apothéose sur « Master Of Puppets » a mis tout le monde d’accord avant un feu d’artifice dantesque qui a fini en bacchanale pour beaucoup. Merci !

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Au matin du huitième jour, il n’y a plus rien, presque plus un son ; plus un bruit que celui des lentes migrations, plus rien à voir que des champs de désolation thermoplastique peuplés d’identités olfactives trop fortes. Je marche, l’esprit vidé, les bras chargé. Il ne me reste que le goût âcre du metal en bouche, de doux souvenirs, des sourires, et l’envie de revenir.

N. b. : Un peu à la manière du premier week-end, il y a plein d’autres groupes que je n’ai pu citer mais que je vous balance maintenant car ils le méritent, UGLY KID JOE / MIDNIGHT / THOU / STÖNER / BLUES PILLS / CULT OF FIRE / GAEREA / MERCYFUL FATE / BLOOD INCANTATION / EYEHATEGOD.

N. b. II : J’ai choisi de traiter ce report sous l’angle de la béatitude et de la joie. Mais je n’oublie pas. Je n’oublie pas que tout n’est pas blanc ou noir, que la réalité est foutrement grise, qu’il y a des problèmes ici aussi. Des groupes présents sur scène font débat, et peuvent gêner. Des personnes peuvent en gêner d’autres. Il y a de plus en plus de touristes, d’influenceurs, etc. Et une fois pour toutes : non, le metalleux n’est pas qu’un gentil nounours, il peut aussi être un blaireau aux opinions douteuses ou un vicieux au cerveau primate. Mais je n’ai pas envie d’en débattre maintenant, l’heure n’est pas venue de ramasser les fruits blets étendus au pied de l’arbre mais plutôt d’admirer et de s’occuper des fleurs qui en peuplent les branches.

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