[ Chronique ] SEPTICFLESH – Modern Primitive ( Nuclear Blast )

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Je crois que j’écoute SEPTICFLESH depuis toujours, du moins c’est une impression persistante qui me revient à chacune de leurs sorties. Depuis « Ophidian Wheel » ( 1997 ) et mes premières amours métalliques, je suis le groupe, avec toujours le même intérêt et la même excitation. J’ai donc vu leur évolution, leur hiatus, leur changement, leur notoriété grandissante etc. J’ai aussi pu les voir in-vivo, un bon nombre de fois. Et pourtant, bien que leur popularité ne soit plus à faire et que la formule death-sympho’ massif pourrait désormais apparaître comme éculée voire kitsch, que ma lassitude pourrait également jouer un rôle prépondérant dans un éloignement progressif et presque logique, un peu comme ce vieux couple qui s’éloigne au fur et à mesure que le temps s’écoule, plus par habitude que par manque de passion ou de sentiments, je continue néanmoins de me lécher les babines et de prêter l’oreille à chaque fois que le groupe revient…

Je dois aussi avouer que je ne maîtrise pas l’intégralité de la discographie du groupe et que j’ai parfois été déçu ou éconduit par certains albums. À ce titre le dernier en date, « Codex Omega », gros succès auprès de mes pairs, n’avait pas éveillé de grands élans, ni marqué au fer rouge de la passion mon coeur déjà conquis. Tout était « trop » selon moi, « trop » tout mais peut-être pas assez personnel, pas assez « mythique ». Je me suis senti mis à l’écart de ce péplum hollywoodien, ce Choc des Titans à la mythologie confuse, même si tout était parfait, de l’orchestration à la composition, du riffing gigantesque aux refrains épiques, rien ne dépasse. Et c’est peut-être là que j’ai décroché. J’ai maintenant l’impression que ce onzième album, « Modern Primitive » s’inscrit dans la droite lignée de « Codex… » et semble vouloir même aller plus loin dans l’accessibilité et le « grand spectacle ».

L’oeuvre a d’ailleurs peu ou prou le même son, le groupe ayant reconduit Jens Bogren à la production, l’orchestre philharmonique de Prague et les différents choeurs. Cette fois-ci cependant, quelques luths, baglamas ou bouzoukis viennent également se joindre à la densité déjà impressionnante des titres. La dose de matière lyrique est parfaitement agencée, équilibrée avec la dureté du death moderne. Comme à son habitude, nourri du parcours très classique de ses membres, SEPTICFLESH joue les funambules et réussit à être grandiloquent sans être pompeux, ni ennuyeux. 

En gros ( et comme prédit ), rien de nouveau sous le soleil de l’Attique, si ce n’est d’infimes nuances. Sans aucun temps faibles, SEPTICFLESH fait de chacun de ses morceaux une sorte de récit homérique où la tragédie et la tension sont permanentes, hybris et catharsis se mêlent à chaque instant, le tout teinté d’un moyen-orientalisme gentillet ( mais pas déplaisant ). 

« The Collector », « Neuromancer », ou le frontal « Self Eater » viennent fracasser, concasser et emporter quiconque y pose l’oreille, tant par les atmosphères épiques que par les riffs pantagruéliques ou les refrains mélodiques et accrocheurs ( qui n’ont jamais été aussi nombreux ), notamment sur « Hierophant ». On retrouve bien sûr les voix caverneuses de Spiros Antoniou et celles de Sotiris Vayenas, limpides et séduisantes, qui se cherchent, se trouvent, culminent au milieu des choeurs très présents. On est noyé dans le gigantisme, le travail est colossal dans les couches orchestrale : les cuivres, les cordes et les différents tonalités, textures et tessitures vocales et pourtant tout parait simple et extrêmement puissant. La formule qu’y a fait de SEPTICFLESH ce monstre charybdéen fonctionne ici à pleins tubes ( mais ne surprend plus ).

Car de tubes il est bien question ici. J’ai d’ailleurs l’impression que SEPTICFLESH a manqué de concert ( dans le bon sens ). Je veux dire : le public lui a manqué. Il a donc choisi de sortir un album court, ultra-efficace et concis, fédérateur et taillé pour la scène, faisant donc fi des mythes et des envolées lyriques ovidiennes d’antan ( à mon grand désarroi ). Sur cet opus, le groupe joue sur les contrastes, les appuient pour en maximiser l’impact, remettant un peu de primitivité et de viscéralité dans sa modernité ( d’où le nom ) pour mieux nous enrober dans son redoutable mais prévisible « divertissement mythologique »

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