[ Chronique ] BLUT AUS NORD – Disharmonium – Undreamable Abysses ( Debemur Morti Productions )

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Le black metal est un style rigide, régit par des codes et des lois gardés jalousement par une poignée de groupes et une partie du public qui pensent appartenir à l’élite conservatrice d’une pensée unique et inamovible, reproduisant eux-mêmes l’esprit de paroisse qu’ils dénoncent et contre lequel ils luttent sans réelles convictions. Alors qu’il n’en est rien, chacun défend son église, pense détenir la vérité et se voit supérieur à l’autre. Puisque tout le monde veut y aller de sa petite phrase ou de sa réflexion, je ne vais pas me gêner : le black metal est pour moi un style provocateur et transgressif, la stagnation et la légitimation ne vont pas bon train avec son état d’esprit dit originel. À ce titre, un groupe comme BLUT AUS NORD incarne parfaitement ce qu’il se doit d’être : un espace sonore aussi vaste qu’extrême, une distillation et une exploration d’un ensemble de sons ainsi qu’une interrogation sur nos croyances et nos peurs.

Le groupe mené par Vindsval, depuis 28 ans maintenant, est un être mouvant, aventureux, tentaculaire. Si le dernier album en date, le magnifique « Hallucinogen » avait marqué les esprits par sa force mélodique, psychédélique, et j’oserai presque dire par sa soudaine fluide voire « accessibilité », « Disharmonium – Undreamable Abysses » vient lui répondre en feintant les mêmes bases mais en les corrompant pour mieux revenir à la dissonance et à la discorde…

L’atmosphère y est donc primordiale et centrale. Tout l’album tourne autour de ce vortex lovecraftien et l’évocation d’une forme de terreur surnaturelle, innommable. La tension est lancinante, les voix spectrales s’ajoutent aux guitares ( et à tout le reste ) pour créer plusieurs voiles ectoplasmiques, sorte de flux (dis)harmoniques malsains et malaisants, tourbillon de distorsion aux rythmes variables. Seul le sifflement obsédant de la guitare et quelques cris, gémissements cruels, traversent l’épaisse bourrasque sonore et nous guident dans ces visions, tableaux d’horreur à la bande son sinistre qui s’imprègnent un peu plus en nous à chaque écoute.

Une des plus grandes forces de BLUT AUS NORD est sa capacité d’écrire, de nous raconter des histoires cohérentes, immersives et singulières, aussi terrifiantes et soient elles. Évidemment, tout cela demande un effort d’attention, l’écoute est exigente : BLUT AUS NORD ça se gagne tant c’est rare et précieux, tant cela ne ressemble à rien d’autre qu’à BLUT AUS NORD, tant chaque morceau est poussé dans ses retranchements et nous pousse dans les nôtres.

Comme dans toute l’oeuvre de Lovecraft, tout est donc à voir sous le prisme du symbolisme lugubre conçu pour imposer forme et fonction au chaos rampant créé par la musique : il n’y a ici aucun espoir. On est alors plongé en plein Cauchemar d’Innsmouth. Sur la jetée, on voit à l’horizon des navires d’airain emplis de sombres acéphales, compagnie de spectres amenant le fléau sur les rivages. L’eau habituellement si bleue est transformée en mare saumâtre, d’un noir profond comme le raisin divin foulé dans le pressoir mystique, suintant un jus atroce, vendange d’une colère divine et promesse d’apocalypse.

 

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