[ Chronique ] THY CATAFALQUE – Vadak ( Season Of Mist )

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Il ne pouvait pas se passer plus de deux ans sans que Tamás Kátai  ( et donc THY CATAFALQUE ) nous donne de ses nouvelles. Le très prolifique musicien avait déjà sorti un album puis un EP en 2020, et le voici de retour avec « Vadak ». Si j’ai toujours été impressionné par son éclectisme, par son approche avant-gardiste, par ses concepts et par sa capacité à donner un sens à toutes ses idées, j’ai parfois été déçu du résultat. D’abord par « Geometria » puis par le dernier en date « Naïv » qui collaient à sa démarche mais ne me convenaient pas musicalement. Il y avait comme toujours plusieurs couches ou grilles de lecture, mais les thèmes en soi ne prêtaient pas à la complexité. C’était un peu comme si, vu le talent de l’homme-orchestre derrière le projet et vu la passion qui en découlait, j’en attendais beaucoup, peut-être trop. J’attendais qu’il aille encore plus loin, plus avant encore dans ses thèmes.

Bref, ayant été déçu par deux fois, j’ai fini par ne plus rien en attendre, mais je continuais à envisager l’artiste et son oeuvre comme une progression permanente et souvent étonnante. Sorte d’amalgame de différents éléments servant à construire une vision, un concept et à les partager au plus grand nombre, et ce dans un seul but : le plaisir de créer.

Évidemment, et j’aurais dû m’en douter, « Vadak » est venu (re)mettre de l’ordre dans mes pensées, dans mes attentes et dans mes déceptions. Il sonne à la fois comme une nouvelle étape et un retour à quelque chose de plus sauvage, de plus texturé, de plus métallique. Il fusionne de manière parfois étrange des éléments folk traditionnels ( « Kiscsikó », « Köszöntsd A Hajnalt » ) avec de l’électro voire de la synthwave ( « Móló » ) et y fait côtoyer les riffs les plus sombres et les plus durs  ( « Az Energianmegmaradas Törvénye » ) que THY CATAFALQUE ait produit depuis « Meta » ( 2016 ). 

Pour ajouter encore à cet exotisme musical, et comme à l’accoutumée, la langue hongroise y est à l’honneur sous toutes ses formes : cris, chants masculins ou féminins, choeurs, avec beaucoup d’arrangements, de mots. Des bouts de phrase s’échappant de-ci de-là, nous plongeant un peu plus dans ces ambiances, ces différentes époques difficilement définissables, entre passé, modernité, et futur fantasmé. Kátai et ses sbires ( la liste est longue mais on compte des joueurs de violon, de duduk arménien, de cuivres, de tabla, etc. ) parsèment l’album de moult sonorités, allant du metal sombre au jazz ( « A Kupolaváros Titka » ), de la techno à la pop’ ou au folk presque tzigane accompagné de cuivres chaleureux ( « Vadak » ).

Ils créent ici une oeuvre hautement éclectique et filandreuse, mais maîtrisée et cohérente, qui vient briser les frontières génériques. De mon côté, je me réconcilie, je ne m’y ennuie plus, chaque seconde est une nouvelle promesse, une découverte d’un nouvel attrait, d’un nouveau thème musical surprenant. La complexité est de retour et pourtant tout parait limpide. Les préjugés sont abandonnés, entrelacés dans une vaste gamme de genres à priori sans rapport les uns avec les autres.

Avec « Vadak », THY CATAFALQUE redevient donc organique, débridé et sauvage dans sa créativité, instinctif mais pointilleux. Avec élégance et tout en évoluant à chacune de ses sorties, il se développe, se remet en question, s’acharne à proposer autre chose. Il me fascine d’autant plus qu’il arrive en quelques morceaux, en quelques phrases musicales à raconter tout un tas d’histoires fantastiques, et à me transposer dans de vastes prairies, au beau milieu des champs de tournesols qui peuplent les environs du lac Balaton, ou sur les pentes abruptes du Bükk, puis dans le sous-sol moite d’un dancing magyar ou dans l’ambiance feutrée d’un club de Budapest… Magique.

 

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