[ Chronique ] RED FANG – Arrows ( Relapse Records )

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Nous vivons dans une époque où les groupes pratiquant de près ou de loin un semblant de stoner, de doom ou de sludge n’ont jamais été aussi nombreux et pratiquer un de ses styles semble les garantir si ce n’est du succès, au moins d’une écoute attentive de la part du public et des critiques. En gros : c’est la hype. De même, ces trois styles ont également fait des petits et on a tendance à voir apparaître de nouveaux hybrides, des sous-sous-genres, dans une sorte de cuisine fusion au goût parfois douteux… Mais enfin, il est des formations sur lesquelles on peut se reposer : celles qui ont apporté leurs pierres à l’édifice, celles qui ont justement contribué à faire de ces styles une mode.

Le quatuor orégonien de RED FANG fait partie de ces derniers. Il a su en peu de temps ( une dizaine d’années à peine et quatre albums ) se tailler une place de choix parmi ses contemporains, et ainsi écumer les plus grandes scènes. Si les prestations studio ( assez rares pour être mémorables ) n’ont pas toujours fait l’unanimité ici, notamment le dernier « Only Ghosts », nous avions en revanche été séduits par le «Murder The Mountains» de 2011. Un album qui posait les jalons d’un groupe fun et prometteur, et dont ce nouvel opus avec sa collection de treize titres pour à peine trois quarts d’heure, se revendique en droite lignée, que ce soit dans l’esprit comme dans l’ambition… Affaire à suivre !

« Arrows » est donc le nouvel opus de RED FANG, un nouvel album très polyvalent, une collection de titres appartenant tous intrinsèquement au groupe mais pourtant tous si différents, venant par la même occasion nous prouver que le stoner est perméable, malléable et qu’il est fait d’influences multiples. Guidé par le son signature de RED FANG : un metal au groove imparable, aux guitares grasses et épaisses mais toujours rock, aux voix parfois dures, parfois pop’. On retrouve ici tout ce qui fait RED FANG mais avec des allures de retour aux racines : une musique qui transpire la jeunesse de par son côté concis, volubile, agité, aux couleurs parfois criardes qui pourraient même nous sembler dépareillées.

Bizarrement, cet album est aussi à l’image de ses créateurs : plein d’expérience et de maturité, amené par des musiciens à l’humour intact, aux sourires narquois mais aux tempes poivre-et-sel. Et après me direz-vous ? Que dire de plus ?Après quoi court-on ? J’avoue ne pas bien saisir non plus… Qu’est-ce que j’attends d’un groupe comme RED FANG ? J’ai de bons titres excitants et cohérents dans la démarche, captivants, avec un humour décalé et une production clairement identifiée. Alors qu’attendre de plus ? N’est-ce pas l’essence même du stoner ? Un truc un peu fun ( cf. les vidéos ) et des riffs mordants ?… Je crois que si en fait.

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Si l’intro « Take It Back » et « Unreal Estate » paraissent un brin dramatique et permettent d’assurer une certaine attention et une tension pour l’auditeur, il n’en est rien à l’écoute d’hymnes comme « Arrows », « Two High » ou « Anodyne » qui font parfaitement le job. Puis viennent s’incruster les très courts « My Disaster » ou « Rabbit In Hives », sorte de petits shots de punk-rock bien dosés, un peu sucrés. À côté de cela, on découvre des aspects plus mélancoliques, voire nostalgiques de RED FANG avec notamment l’enivrant « Why » ( qui est aussi un futur tube ), « Days Collide » ou « Fonzi Scheme » qui, pour ce dernier, inaugure les arrangements à corde dans un territoire à priori imbibé de disto’ et de fuzz’, un des moments les plus surprenants et les plus saisissants de l’album : stoner et symphonique.

Au final,  je trouve « Arrows » plutôt équilibré, varié mais équilibré, pas ennuyeux pour un sou. Et surtout malgré des zones plus grises dans le ressenti, on retrouve la légèreté, la dérision et l’accessibilité du style RED FANG. Aussi, leur musique dégage ni plus ni moins que l’authenticité et la passion. Et c’est en fait après cela que l’on court, c’est ça que l’on recherche. Rien ne sert donc d’être le plus créatif, le plus barré, le plus technique, le plus… mais peut-être juste être le plus ré-créatif.

   Je me rends compte alors que je cherche depuis le début un moyen de vous décortiquer l’écriture, de chercher d’ambitieux « pourquoi » et de pérorants « comment » alors qu’il me suffit d’écouter cette musique, promesse de festivités estivales, pour qu’un sourire se plaque sur mon visage et que je ne puisse m’empêcher de taper du pied, de chanter en choeur, de mimer l’instru’ dans une tentative pathétique de reproduire les notes avec seulement une poignée d’atomes d’oxygène me glissant entre les doigts : du fun et rien d’autre.

 

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