[ Chronique ] « Violence Unimagined » de CANNIBAL CORPSE

« Violence Unimagined » de CANNIBAL CORPSE – DEATH METAL LEGEND [8/10] 

  • SORTIE le 16 avril 2021 via Metal Blade 

Qu’est-ce qui différencie un bon CANNIBAL CORPSE d’un autre CANNIBAL CORPSE ?

Sans doute rien d’autre que votre capacité à vous laisser emporter dans un bon disque de death metal comme devant un bon vieux slasher du samedi soir : en acceptant de vous laisser surprendre par l’énième tueur au masque effrayant avec une tronçonneuse.

Et de fait, malgré le syndrome si typique de ce début de siècle : « c’était bien mieux avant », George Fisher, Alex Weber, Paul Mazurkiewicz tiennent la barre et relèvent une fois de plus le défi. Même si tout le monde vous le dira, le meilleur album de CANNIBAL CORPSE reste son cinquième, « The Bleeding » (1994), bien peu sont capables de vous énumérer les noms des quatorze albums qui précèdent ce Violence Unimagined. Mais ne serait-ce pas finalement le titre de ce quinzième opus qui nous dit tout ce dont nous avons besoin de savoir sur la nouvelle livraison du légendaire groupe américain ? Quelle message serait plus clair que ces mots écrits en lettre de sang « violence inimaginable »  ?

Il est évident pour tous qu’à travers les décennies, CANNIBAL CORPSE a démontré sa capacité à être une arme de destruction massive et une machine de guerre indéboulonnable. Pionnier d’un genre où il est resté le maître, et roi d’un royaume de nuques brisées au cours de milliers de concerts donnés sur toute sur la planète. Et ce qu’on aime et retient encore avec cette nouvelle sortie, c’est son côté artisanal. On sait que les gars de CANNIBAL CORPSE forgent leur œuvre d’art dans leur coin, sans se soucier du temps qui passe, fier d’une recette établie, et avec humilité.  Cela dit, que nous dit la dissection de ce Violence Unimagined ? Si tant est que cela est possible, il se montre plus vicieux que frontalement brutal et grâce à cela il arrive à nous surprendre et refaire vivre la flamme, jamais vraiment éteinte, de notre foi pour le death metal pur jus. Le single « Inhumane Harvert », sorti en avant-première, nous avait averti, voici un bon exemple de l’impact d’un bon morceau de CANNIBAL CORPSE de nos jours quand les cassures de rythmes et les solos s’enchaînent, pour nous achever sur un riff lourd comme une hache de guerre fendant le crâne d’un tyrannosaure.

Avec l’arrivée d’Erik Rutan, guitariste vétéran du brutal death ayant versé le sang comme mercenaire pour MORBID ANGEL et incarnation de l’extrémisme musicale avec son groupe HATE ETERNAL, on a craint le surdosage de violence. Mais à l’inverse, un titre comme « Condemnation Contagion » semble extraire de l’ADN de Rutan les couches de noirceurs, nous enfonçant dans les profondeurs d’une âme affermie contemplant un monde moribond. Pour donner d’autres exemples, « Follow the Blood » a des airs de Morbid Angel sans en prendre totalement la posture ; « Bound and Burned » réserve aussi quelques surprises, dans l’hystérie de ses solos, la couleur globale du morceau. La réussite vient donc de n’avoir fait aucun compromis, avec un son catchy et au final des sonorités inédites pour l’ancêtre américain du death metal gore. L’inconvénient ou le bénéfice d’un album de Cannibal Corpse est qu’un bout d’un moment, on se sent comme anesthésié, pris dans un tourbillon hypnotique de riffs massifs. Alors si vous deviez donner une sentence définitive sur la qualité de cette nouvelle ode macabre et sonore, on ne prendrait que « Surrond, Kill, Devour », qui clarifie à merveille le sens de l’illustration de la pochette : une peinture montrant une mère mangeant son propre bébé – monstrueux, horrifique et empreint d’un symbolisme qui n’aura échappé à personne, tout en laissant libre à l’interprétation. Et en cela non plus les floridiens ne déçoivent pas, car admettons-le, qu’adviendraient-ils de nous s’ils n’essayaient pas à chaque album d’imaginer comment dépasser les limites de la censure – et de la violence.

 

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