[ Chronique ] ÅRABROT – Norwegian Gothic ( Pelagic Records )

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2021 démarre pied au plancher pour ÅRABROT. Après la sortie d’un EP fin janvier, le très productif duo revient cette fois-ci avec un album complet sobrement intitulé « Norwegian Gothic ». Truffé d’indices et de références culturelles, quelles soient pop’, poétiques, littéraires ou artistiques, ce nouvel objet créatif se veut une exploration des racines rock du duo ( mais pas que ! ) et un bon résumé de sa carrière déjà bien remplie.

Le titre de ce neuvième album, de même que son art-work ( position des corps, regards distants et vides, fenêtres etc. ) se réfère au célèbre tableau de Grant Wood, « American Gothic », emblème du début XXème, aussi froid et fascinant que mystérieux et presque dérangeant. Il a servi de base au concept de l’album : de la sobriété grise et l’austérité des Quakers au sombre Siège de Waco en passant par les Nuits Blanches de Jim Jones, on a ici l’ambiance de l’oeuvre que l’on retrouvera en filigrane tout au long de l’album et parfaitement illustrée dans le court-métrage musical en deux parties ayant pour base les titres « Kinks Of The Heart » et « Hailstones For Rain / The Moon Is Dead ».

Bref, cessons là digressions et palabres pour revenir à l’essentiel : le contenu sonore. Kjetil Nernes et Karin Park, mari et femme à la ville et respectivement connus sous le nom de Tall Man et Dark Diva, nous ont concoctés pas moins de seize titres se déclinant sur à peu près une heure, avec quelques invités dont Lars Horntveth de JAGA JAZZIST, la violoncelliste JO QUAIL, Tomas Järmyr de MOTORPSYCHO, Anders Møller de TURBONEGRO / ULVER et Massimo Pupillo de ZU, pour une production signée Jaime Gomez Arellano. Production qui frôle la perfection malgré la densité et la versatilité de l’opus.

« Norwegian Gothic » adopte un style relativement hybride et pourtant cohérent, séduisant, car porté par ces deux voix qui s’entremêlent ou s’entrechoquent, qui se charment et se répondent lascivement. Avec d’un côté, la très prégnante Karen Park qui enjôle, entre Shirley Manson et Björk par moment, et de l’autre côté le cynique et détaché Kjetil Nernes entre Nick Cave et Jaz Coleman. Tant est si bien qu’on passe par à peu près tous les états : hard-rock, art-rock, alt-rock, post-punk, soul, jazz, indus’, pop’, etc. et le tout avec brio ! Il est donc assez difficile de ne donner qu’une seule couleur à l’album tant il est multicouche, nuancé, racé, texturé.

On se laisse facilement emporter par cette atmosphère, par ce faux-rythme imposé par le duo, par cette foule de sonorités qui, sous couvert d’un enrobage très accessible, très papier glacé, n’en cache pas moins de nombreuses subtilités : des lignes de basse monstrueusement groovy, des cordes dramatiques, des lueurs électroniques et de belles nappes de claviers, sans oublier un rythme implacable, des gros riffs percutants bien granuleux et crunchy, et des refrains merveilleusement accrocheurs aux mélodies entêtantes.

Des titres comme « The Lie »« Carnival Of Love » « Hailstones For Rain », ou « Kinks Of The Heart » se posent ici en référence, en purs tubes rock. Alors que sur un tout autre ton, dans un paysage sonore déjà vaste ( surtout sur la deuxième partie de l’album ), on trouve des morceaux comme « Hallucinational » plus électronique qu’électrique, nocturne et ruisselant, venant toucher une corde sensible grâce à son minimalisme björk-ish et la voix de Park mise en avant. Ou encore l’étrange « The Moon Is Dead » plutôt tourné vers l’univers feutré du jazz et du trip-hop tout en dégénérant le style avec un rythme bancal et dérangeant, désarticulé. Obsédante, la voix et le saxophone s’y couplent, valsent, pour y hurler à la mort, jusqu’au silence.

 

Obscur et séduisant, pop’ et goth’ à la fois, cet opus démontre l’incroyable polyvalence dont ÅRABROT est capable, pouvant changer d’humeur et de style au gré des envies et des besoins. Le duo a réussi à saupoudrer son album de toutes ses influences ( QOTSA, NIN, KILLING JOKE, SWANS, etc. ) tout en se respectant et surtout avec talent. Comme une sorte de résumé de sa carrière et en même temps le point culminant de ses travaux intérieurs et antérieurs… On attend la suite.

 

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