[ Chronique ] GOD IS AN ASTRONAUT – Ghost Tapes #10 ( Napalm Records )

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Bien souvent et à juste titre considéré comme l’un des leaders de la micro-sphère post-rock instrumentale, le trio irlandais GOD IS AN ASTRONAUT  revient environ tous les trois ans avec une nouvelle création, essayant toujours de pousser plus loin le curseur, d’ouvrir de nouveaux horizons. Il avait déjà fait fort avec le nostalgique « Epitaph » sorti il y a maintenant trois ans, continuant de se distinguer du reste de la scène en s’enfonçant plus en avant dans les expérimentations, mais aussi plus en hauteur, afin d’atteindre des couches atmosphériques encore inexplorées.

Cette fois-ci, et après une année particulière pour tout le monde, une année passée à la réflexion, à l’introspection, à découvrir les joies du confinement, des restrictions. Une période sombre où l’on a vu nos proches s’essayer lamentablement à la boulangerie, au yoga, à la trompette ou au chant, où l’on a découvert les apéro-zooms et tout un tas d’autres merdes imbitables, les frères Niels et Torsten Kinsella se sont eux retrouvés en Irlande et se sont concentrés à peaufiner leur dixième album, « Ghost Tapes # 10 ». Un nouvel opus qui semble vouloir jouer sur les sentiments d’appréhension et d’incertitude qui caractérise parfaitement la période que nous vivons.

GOD IS AN ASTRONAUT produit toujours une musique que je me plais à qualifier d’exo-sphérique, cherchant toujours à travers son post-rock à traduire des émotions fortes, riches et essentielles tout en laissant une grande place aux détails. « Ghost Tapes # 10 », sous certains aspects, apparaît immédiatement beaucoup plus direct, et donc peut-être moins tourné vers les nues… Le duo basse-batterie, plus dynamique que jamais, impose ici un rythme, puissant et lancinant. Il en est tout le sel, le fuselage solide et implacable qui vient transpercer les nimbus lumineux et dégradés, du blanc maculé au noir profond. Les guitares et les claviers viennent donc se greffer autour, amenant un flou sonique et nerveux, une frustration qui s’apparente à des turbulences. Ces turbulences à caractère tourbillonnaire n’empêchent pas le flux sonore de s’écouler, loin de là. Elles secouent l’auditeur tout en conservant la force émotionnelle et les réflexions profondes chères au groupe. Les cahots ne font que contribuer au rythme, à ce crescendo permanent. On sent que le groupe souhaite ici mettre l’accent sur sur le mouvement et l’intensité. 

L’enchaînement des titres se veut d’ailleurs relativement abrupt ( pour du post-rock ).« Adrift«  en est l’illustration parfaite de cette progression spatiale. La sortie du tumulte vers la lumière se fait grâce à la guitare et surtout au piano magnifiquement exécuté. « Burial », « Spectres », « In Flux », « Fade » voient tous ce même type de structure, ce ralliement autour du rythme brut et de cette basse dure pour mieux créer par dessus un canevas de mélodies ou de dissonances, splendides et ardentes illustrations d’un ressenti. 

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Enfin, « Luminous Waves » offre une accalmie bien méritée, une douceur méditative, comme suspendue. Un instant de beauté emmenée par la violoncelliste Jo Quail ( qu’on adore ) qui vient mettre un point final à l’album, avec un sentiment d’accomplissement et de résolution.Après un voyage agité et intense, plein d’aventure et de danger, on a le sentiment de percer enfin l’épaisse couche de nuages. On arrive sur cet océan blanc et lumineux, velouté et mélancolique. Celui où règne le calme et la volupté, la plénitude.

En préambule, je (re)parlais de cette période que nous vivons, et que nous avons vécu l’année passée, cette période qui a vu nombre d’artistes sortir des albums très intimes, voire acoustiques ou se concentrer sur des sonorités douces, moins complexes. Sur « Ghost Tapes #10 », GOD IS AN ASTRONAUT a choisi de montrer l’exacte inverse en nous concoctant sûrement son album le plus brut, le plus direct… L’écriture est marquée d’un influx nerveux plutôt inédit pour le groupe qui y dissèque toute sa frustration et ses tourments. Pourtant, la musique reste accessible, elle continue de nous parler simplement, d’essayer de nous transcender, de nous guider à travers un difficile cheminement intérieur, se cachant des ombres de la colère, entre les gouttes de chagrin, pour mieux atteindre les lumières de l’espoir et du bonheur.

 

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