[ Chronique ] SUMAC – May You Be Held ( Thrill Jockey Records )

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Perdu dans les méandres sanitaires de 2020, trépignant que cette année se finisse tant les mauvaises nouvelles ne cessent d’éclore, à chaque fin de semaine, à chaque coin de rue, j’avoue ne plus bien savoir quoi attendre de l’avenir ( du nôtre et de celui de la musique ). Heureusement, cette rentrée sonique, même si plutôt discrète au final, me redonne un peu goût à la vie. Et si, il apparaît clairement que nous sommes encore bien loin de pouvoir re-goûter aux joies de la musique live, les dernières sorties sont pour le moins intéressantes. En tout cas, elles me paraissent sortir de l’ordinaire. À ce titre, le nouvel album des Canadiens de SUMAC fait office de fleuron…

J’en parle assez souvent ici pour qu’une bonne partie connaissent déjà bien le nom de ce trio mené par le très productif Aaron Turner, ex-ISIS, leader de OLD MAN GLOOM et pléthore d’autres projets. Réglé comme du papier à musique, Turner doit sortir au moins deux albums par an ( j’exagère à peine ). Pour ce qui est de SUMAC, cela fait bien deux ans que l’excellent « Love In Shadow » est sorti, mais nous avions eu droit à une collaboration assez dingue avec le guitariste bruitiste japonais Keiji Haino l’année dernière…

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Bref, le groupe revient maintenant avec « May You Be Held », nouvelle pépite de post-metal-sludge expérimental peuplé de sonorités brutes et massives, de structures labyrinthiques et d’improvisation. Une musique qui peut paraître relativement hermétique de par la volonté renforcée de ses créateurs de ne pas se conformer, de rester totalement libres et loin des attraits commerciaux auquel le style pourrait prétendre.

L’écoute se veut donc assez déroutante. La musique semble suivre un chemin qui lui est propre, un flux hors des structures habituelles. Les titres se construisent et se rétractent, se transforment : du sludge au drone en passant par de la noise ambiante. L’album dans son intégralité installe une forte tension avec des segments directs qui paraissent presque simples mais dont l’impact est absolument monumental. Je le vois un peu comme un bouillonnement magmatique qui s’articulerait en trois points interchangeables : pression – explosion – décompression.

De plus, sur cet album particulièrement, SUMAC hypnotise de par sa force d’improvisation, qu’il a largement fait évoluer depuis sa rencontre à Keiji Haino, n’hésitant plus à nous balancer de longues minutes totalement lunaires qui font encore mieux ressortir ce besoin incommensurable de liberté ( dont on manque tant en ce moment ) et de libération totale.

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La chanson-titre en est d’ailleurs une parfaite démonstration. Commençant par des accords étouffés, elle explose en rythmes physiquement intenses, avant de se changer en vrombissements ondoyants puis en un raz-de-marée furieux. De là, tout est possible : des solos improvisés et désarticulés, des cris rauques qui viennent se fracasser contre la tôle, l’acier des riffs, jusqu’aux bruits parasites des amplis, ou des coups de médiator incongrus ( qui n’ont cependant jamais été aussi importants ). Tous ces bourdonnements et déflagrations laissent comme seuls face à une aventure inédite, une jungle sonore à peine défrichée qui offre ses moments de plénitude comme ses rugissements les plus chaotiques.

De mon côté, je ne m’étais jamais rendu compte à quel point la musique du groupe était physique, instinctive, organique et sincère. Elle se ressent, elle vibre. Elle déroute autant qu’elle peut épuiser, elle vit et vise clairement l’auto-réflexion. Avec « May You Be Held », le trio signe sans aucun doute l’un des disques les plus difficiles, les plus intransigeants et les plus abrupts de cette fin année. SUMAC transgresse les codes, dépasse une fois de plus ses propres limites, agissant comme un pavé de force brute lancé à la face du monde. Sans peur, sans sourciller, plus libre que jamais.

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