[ Chronique ] ULVER – Flowers Of Evil ( House Of Mythology )

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La sortie d’un nouvel album d’ULVER est toujours la promesse de surprises, qu’elles soient musicales, stylistiques ou artistiques. Malgré les critiques et les éloges, à cause de ses succès et de ses revers, ULVER est et reste un éternel inclassable, ne tenant compte que de ses envies et de ses besoins d’expansion artistique.

Désormais à mille lieux des rivages noirs de son passé, le quatuor mène sa barque en eaux troubles, vaporeuses et volatiles, ne cessant de se ré-inventer, de changer de courant au gré du temps et de ses inspirations. Sa dernière mutation, parue il y a trois ans, baptisée « The Assassination Of Julius Caesar » nous avait projeté dans un univers totalement synthétique, progressif et pop’. Le groupe nous faisait alors visiter des paysages teintés 80’s, mouvants et dansants, aux mélodies électroniques, douces et chatoyantes, en surface du moins. Le tout était porté par des textes forts et la voix chaude, pénétrante et suave, presque sensuelle, de l’emblématique Kristoffer Rygg.

Et pour une fois, la surprise n’est pas venue de là où nous l’attendions car force est de constater que « Flowers Of Evil » s’inscrit musicalement dans la continuité la plus stricte de son prédécesseur : une synth-pop teinté de 80’s que certains ont intelligemment baptisé « Doom-Dance ». Évidemment, une partie de l’auditoire sera déçue de cette pseudo-stagnation en lieu et place d’un nouveau changement de paradigme. Mais en essayant de comprendre pourquoi, il apparaitra comme limpide que la meute a quelque chose à dire ici, et qu’il va falloir gratter le vernis et les paillettes pour découvrir ce qui se cache dans les profondeurs de ce nouvel ULVER.

« Flowers of Evil » révèle donc un groupe continuant lentement sa mue, évoluant dans les rythmes et les grooves, les synthés et les choeurs, avec désormais une facilité déconcertante. On notera cependant que les compositions tendent vers plus de minimalisme, vers un dépouillement et une clarté sonore qui permet de se plonger plus facilement dans les détails. J’y découvre d’ailleurs, au fur et à mesure des écoutes, les arrangements subtils et les guitares tout en discrétion ( qu’on avait complètement perdu dans la densité et l’immensité sonore de « The Assassination… » ).

Cependant, sous toutes ces couches de sucres et de glamour, dans ce palais doré de la pop’, ULVER n’abandonne pas ses obsessions, ses inquiétudes et ses cauchemars. Les Norvégiens explorent toute l’ambivalence de notre monde, entre terreur et fascination, visions de chute de l’Humanité et rédemption. « One last dance / in this burning church », annonce d’emblée Kristoffer Rygg sur le premier morceau de l’album.

Ici, ULVER fuit une Rome en feu, seulement pour affronter de nouveaux crimes, ceux de notre époque… Si nous sommes toujours en train de danser sur des rythmes new-wave, c’est sur un air encore plus sombre, encore plus apocalyptique. Les fissures commencent à apparaître, la peinture craquèle, les fleurs peinent à éclore.

Chaque titre apporte donc son lot de douleur et de malheur : la tragédie et la misère transpirent de « Russian Doll », alors que la disco’ « Machine Guns and Peacock Feathers » se concentre sur les méfaits des progrès technologiques et de la croissance économique. « Apocalypse 1993 » revient sur les sombres évènements qui se déroulèrent à Waco au Texas en 1993 ( cf. cet article ), l’année de la création d’ULVER. Enfin la reznorienne « Little Boy », puis la splendide et douce « Nostalgia », et enfin la déchirante « A Thousand Cuts » viennent parachever l’oeuvre dans une sorte d’examen, d’autopsie de ce qu’est notre civilisation.

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Vous l’aurez compris : les deux derniers albums d’ULVER sont donc intimement liés. Dans une tentative d’explication « métaphysique » de l’oeuvre, je vous dirai qu’ils ont un lien sonore indéfectible, une continuité ou une « répétition », comme pour nous prouver qu’en art tout n’est que mode, seuls l’arrangement et l’emballage changent. Ensuite, je serai obligé de m’arrêter sur les textes qui cherchent, semble-t-il, à démontrer que l’Histoire des Hommes ne fait que se répéter : les violences, la misère etc… Comme si tout revenait à intervalles réguliers, différentes époques mais intrinsèquement les mêmes maux, les mêmes perversions et vices, les mêmes tendances. En tout cas, il apparait évident que le groupe cherche à faire passer un message… 

« Flowers Of Evil » s’inscrit donc dans la tradition des oeuvres dites ouroboriques. Nostalgique et épurée, elle ressemble à un jardin à la Orsini, faite de monstres et de beautés, elle est paradis et enfer à la fois. De fait, si elle ne plaît pas, elle a au moins le mérite de fasciner et de donner à penser, à réfléchir à notre condition. Les loups sont donc bien de retour dans le palais des excès, prêts à vous faire valser dans la nuit.

 

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