[ Chronique ] ENSIFERUM – Thalassic ( Metal Blade Records )

On avait laissé ENSIFERUM il y a trois ans, en pleine révolution, avec « Two Paths », un album qui semblait marquer une nouvelle étape dans la carrière déjà bien remplie des Finlandais. Le groupe avait choisi d’intégrer plus de variations vocales dans ses morceaux, faisant au passage de la pertinente mais néanmoins opportuniste Netta Skog ( qui a dû jouer du piano à bretelle dans au moins la moitié des groupes finlandais, venant et repartant suivre sa carrière solo au gré des saisons, des courants éoliens et pécuniaires ) un membre à part entière du groupe. Pour résumer, ENSIFERUM se voyait encore grandir tout en faisant déjà figure de tête de gondole dans son pays et de pierre angulaire dans le cercle restreint des grands du folk metal mondial. Puis l’accordéoniste, après quelques deux ans de bons et loyaux services et une participation active à la composition d’un album ( où sa voix et son instrument prennent une place importante ), s’en est allée vaquer à d’autres occupations sans doute plus intéressantes pour sa carrière, laissant le groupe évoluer en quatuor, stoppé dans ses idées et dans ses ambitions.

C’est avec tout cela à l’esprit qu’il faut aborder « Thalassic », l’album d’un groupe déjà très ancré dans la scène mais qui peine à stabiliser son line-up et donc à trouver un juste équilibre dans ses désirs artistiques. En tout cas, son public friand de nouveautés et ayant besoin des vibrations épiques typiques du son d’ENSIFERUM attendait clairement le groupe au tournant. « Thalassic » est donc un album au moins aussi important que « Two Paths » puisqu’il en est la suite directe et la réponse à la question qui restait en suspend : quel chemin le groupe compte-t-il emprunter ?

« Thalassic » est un album d’ENSIFERUM par excellence, il en est une sorte de condensé de ce que les Finlandais ont fait de mieux. Les mélodies folk ou païennes qui teintent leur metal sont ici légions. L’instrumentation y est solide et soutenue par une orchestration monumentale pour un effet ciné-hollywoodien qui tend vers la perfection ou du moins vers un résultat quasi-imperfectible. Globalement, le son reste le même, tout en allant plus loin encore dans les variations vocales, basculement déjà amorcé sur le précédent album.

C’est d’ailleurs certainement grâce au nouveau membre, Pekka Montin, qui s’est emparé des claviers et du chant clair. Si le groupe fonctionnait parfaitement tel quel, l’adjonction de Montin la fait évoluer à un niveau encore jamais atteint. Tel un nouveau rouage dans une mécanique bien huilée, le claviériste vient changer totalement la perception des morceaux et l’aspect de la musique du groupe, la rendant super-heavy. L’album met largement en vedette sa voix power-heavy, haute, puissante et claire, dont la large palette ( entre STRATOVARIUS, MAIDEN ou même un brin de KING DIAMOND ) ouvre tout un pan, tout un monde encore inexploré à ENSIFERUM.

Je rassure cependant les fans de la première heure, Petri Lindroos est toujours bien présent sur l’album mais partage de plus en plus son micro, tranchant dans le vif, créant une véritable et agréable dichotomie au fil des morceaux ( chose que l’on avait commencé à noter sur « Two Paths » ). L’innovation est telle que certains titres semblent avoir été composé pour l’un ou pour l’autre, « Andromeda » ou « One With The Sea » pour Montin alors que « Run From The Crushing Tide » ou « Rum, Women, Victory » collent beaucoup plus à Lindroos.

À cette « nouvelle » diversité vocale vient encore s’ajouter la grande variété des compositions dont je parlais plus haut. Des riffs véloces et implacables de « Run from the Crushing Tide », aux mid-tempos épiques et accrocheurs de « For Sirens » ou « One With The Sea » en passant par la plus amusante et dansante « Midsummer Magic » qui vient un peu briser le sérieux de l’album, sans oublier bien sûr la saga finale plus sombre, longue et old-school de « Cold Northland (Väinämöinen Part III) », tout semble y passer sans pour autant nous donner l’impression d’être un collage maladroit de plusieurs styles puisque tout se mélange et est baigné de cette dualité vocale. En gros, ça reste du ENSIFERUM mais en super-heavy.

Autre chose à noter : sans un être un concept à part entière, ce nouvel opus se veut une déclinaison que l’on pourrait qualifier de marine. Sans déroger aux thèmes de prédilection du groupe,« Thalassic » s’écoute un peu comme une collection disparate d’histoires et de mythes empruntés à différentes cultures mais ayant tous attrait à la grande étendue bleue. Le schéma de l’album ne suit pas une histoire précise mais présente différents éléments ayant une même ligne directrice tel que « Andromeda » inspiré par la mythologie grecque ou « The Defence Of Sampo » qui voit le groupe revenir à la pure épopée finlandaise du Kalevala. En effet, le Sampo étant un mystérieux artefact, apportant richesse et fortune, volé par une sorcière et qui est la base de toute une histoire de bataille navale etc…

Dans l’ensemble, « Thalassic » est donc plutôt agréable à écouter, il semble embrasser une nouvelle voie, suivre le chemin plus mélodique et heavy tout en respectant l’histoire, l’essence du groupe. L’apport de Montin y est indéniable, il a nettement revitalisé ENSIFERUM en tant que groupe et si ce line-up devient stable, il offrira un avenir radieux et très prometteur artistiquement parlant.

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