[ Chronique ] MORA PROKAZA – By Chance ( Season Of Mist )

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Je dois avouer que je ne m’étais jamais imaginé écrire un papier sur un obscur groupe biélorusse, et pourtant. Bien au-delà du mythe scandinave répété à l’infini et donc extrêmement ritualisé, je constate qu’une des musiques les plus transgressives qu’il m’ait été donné d’entendre cette année vient bel et bien du côté de la république de Minsk et de son sulfureux dirigeant. Le duo MORA PROKAZA, tout d’abord connu comme un groupe de black metal ce qu’il y a de plus classique, offre avec son nouvel album « By Chance », une expérience tout à fait nouvelle, qui en étonnera voire en ravira certains mais qui en débectera également un grand nombre.

En effet, MORA PROKAZA, sans doute lassé de refaire sans cesse le même album ou peut-être pétri d’opportunisme, a décidé d’infuser son black metal avec de la trap, des éléments électroniques et un chouia de folklore d’Europe de l’est. Si il est vrai que dit comme ça, cela peut prêter à sourire alors que l’on voit de plus en plus souvent la trap ou de l’électronique à tendance dancefloor pointer le bout de son nez ( certains diraient saccager ) dans l’univers métallique ( GHOSTEMANE et autres GosT en tête ), les Biélorusses s’en sortent plutôt pas mal puisque « By Chance » propose une approche qui reste assez expérimentale, gardant ainsi une facette extrêmement malsaine qui colle tout à fait avec son histoire et son expérience.

À la première écoute, j’ai tout de suite compris que beaucoup d’idées ont dû se bousculer dans la tête du leader Farmakon, et cette masse d’idée a peut-être été difficile à canaliser. Tant et si bien que certaines auraient mérité d’être creusées, là où d’autres auraient mieux fait d’être re-travaillées ou même laissées de côté. Cependant, ce sentiment d’empressement, de « fourre-tout » ou plutôt de « melting-pot » ne joue en rien sur l’intensité. L’album dure quelques trente et une minutes, mais contient une grande variété d’instruments et de sons dispersés parmi les guitares ( toujours en sourdine ) purement black. Mais toujours est-il que « By Chance » ne cesse de surprendre en bien ou en mal et de défoncer allègrement les carcans d’un style devenu avec le temps bien trop lisse.

« WIMG » ( Where Is My Gun ? ) ou « I Am Human » nous font entrer assez facilement, par la porte la plus noire, dans l’univers du duo. Des titres complètement farfelus mais ultra-accrocheurs comme la bombe trap malsaine « Check It » avec sa basse lourde, sa clarinette, son saxo et son accordéon dansant vient contrebalancer et nous extirper du chemin tout tracé, sans surprise, d’un album de black metal. Que dire alors de « Madonna » et de ses vibrations natural trance ( Hello HILIGHT TRIBE ! ) ? De « I’m Not Yours » qui nous plonge dans un fantasmagorique et terrifiant Far-West biélorusse ? De la violence sourde, saturée et sans pitié de « Blacker Than Black » ?

J’avoue me prendre au jeu, je me laisse guider par les aboiements du chant, par les rythmiques toujours entre la simplicité de l’électro et la technique du metal, le tout au service d’une énergie et d’une noirceur unique. À l’inverse, Je me serais bien passé de « I See It This Way », trop break-beat selon moi, pas assez entraînant, ou même des titres plus classiques cités au début. Ce qui me fait revenir à mon idée initiale que le duo n’est parfois pas allez assez loin dans son mélange ou qu’il n’a pas su suffisamment canaliser ses idées. Néanmoins, je passe un bon moment, je découvre des sonorités et des arrangements au fur et à mesure des écoutes successives. L’avantage d’avoir sorti un album aussi court et concis mais aussi dense, c’est que l’on a absolument pas le temps de s’ennuyer.

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Pour conclure, je dirais qu’avec « By Chance », MORA PROKAZA se revigore, nous revigore et tente de revigorer notre époque saturée d’art noir mais qui manque parfois de créativité ou du moins d’audace. Grâce à un album court et percutant mais peut-être un peu trop exalté, il réussit à nous donner envie d’entendre la suite, l’après fusion, le produit fini de ce que pourrait être ce début de dé-construction des sonorités black metal. J’ai maintenant envie que ce côté « gangsta » sombre prenne plus de place dans leur musique, qu’il casse encore un peu plus les codes. En tout cas, si il ne plaira pas à tout le monde ( ça c’est sûr ), cet album a le mérite de m’avoir étonné et de m’avoir donner à entendre une expérience intéressante et unique. Par les temps qui courent, c’était pas gagné !

 

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