[ Chronique ] ALESTORM – The Curse Of The Crystal Coconut ( Napalm Records )

Aaaah ! Enfin un nouvel album d’ALESTORM ! Cela faisait si longtemps que je l’attendais… Non, bien sûr, je plaisante. Je ne ferais d’ailleurs pas grand cas de ce nouveau chapitre des pirates les plus fantoches du microcosme metal.

Suiveurs ou suivis, parodieurs ou parodiés; tout se confond avec les Écossais et pourtant je constate que leur carrière se porte plutôt bien, faisant souvent salle comble, vendant pas mal d’albums et de merchandising ( que l’on voit pulluler sur les évènements estivaux ). Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, il apparaît clair que le groupe a son petit succès. Je ne pouvais donc passer à côté du nouvel opus d’un groupe qui cristallise autant le public et qui donc fait plus que jamais partie de mon entourage social, sonore et visuel direct.

La bête se prénomme « Curse Of The Crystal Coconut » et, sans tourner autour du pot, nous ressert quasiment le même plat que d’habitude, à quelques exceptions près. Ce n’est donc pas la délocalisation en Thaïlande pour l’enregistrement qui est venue bouleverser le schéma d’un album type d’ALESTORM : on y retrouve sans surprise un folk metal/heavy avec pleins de blagues potaches, des clins d’oeil au retrogaming ( Donkey Kong en tête ), de l’imagerie pirate farfelue, des couleurs criardes, des chemises à jabots et des tricornes associés à des sorties de bain Quiksilver et des Vans, sans oublier les références « historiques » qui pousseraient tout bon érudit d’histoire moderne au suicide, et j’en passe…

Quelques morceaux sortent tout de même du lot de par leur qualité ou de par leur médiocrité. Je citerai par exemple « Fannybaws », « Chomp Chomp » ou « Shit Boat (No Fans) » qui ont une belle verve hardcore-punk avec un riffing très punchy et de gros sing-a-long bien placés, chose nouvelle pour le groupe qui vient rafraîchir le train-train des chansons à boire et à dégueuler comme « Pirate’s Scorn », « Treasure Chest Party Quest » et autres « Pirate Metal Drinking Crew » qu’on a l’impression d’avoir déjà entendues deux cents fois. Côté innovation, la piste « Tortuga » est une sorte de pirate-rap-metal indigeste. Un truc qui me ferait penser à la rencontre impromptue, sur le pont d’un chalutier, en plein Caraïbes, d’ALIEN ANT FARM et de FATAL BAZOOKA. Reste la plutôt cool « Wooden Leg Part. 2 » et « Zombie Ate My Pirate Ship » dont j’aime bien le refrain putassier sans bien en maîtriser le pourquoi. En gros, l’ensemble de l’album reste bon parce qu’il est fidèle à ce qu’est ALESTORM et à ce qu’il a pour but de proposer : une musique festive, décomplexée, un peu stupide ( dans le bon sens du terme ).

Voilà pour la forme. Et franchement, elle ne m’a pas convaincue. J’ai donc essayé de m’intéresser un peu au fond en allant lire de-ci de-là des entretiens réalisés avec le chanteur Christopher Bowes. Sous le vernis craquelé par le sel grivois et taché par le vomi du fan, l’amuseur semble en dire pas mal sur la scène et sur sa vision de la musique. En se foutant ouvertement de nous, d’une part du public et même de son public, en le faisant chanter des trucs « débiles », en foutant un canard gonflable géant sur scène, en ne faisant au final pas du tout ce que l’on attend d’un groupe de metal, style hautement sérieux et codifié à l’extrême, il dérange et, à sa manière un peu étrange, il dénonce.

Et oui ! Il critique le paradigme du metal mondial et le formatage de la scène, le fait de prôner un état d’esprit trve ou contestataire tout en étant signé sur une filiale de Sony ou d’Universal. De son côté, ALESTORM se fout de nous et il assume, le groupe est dans le système, il tourne sur les plus gros festivals mais a au moins le mérite de ne pas nous faire croire qu’il est autre chose ou qu’il véhicule des idées frondeuses.

Cette parade grotesque qu’est ALESTORM, poussée à l’excès, jusqu’à l’auto-parodie ne serait donc qu’une manière de nous envoyer un message, de mettre en exergue une fausse rébellion, mise dans un beau packaging, décoré de sincérité et de reconnaissance feintes que l’on vend à un public avide et parfois un peu naïf ; une duperie consciente pour les uns, conscentie pour les autres. Je ne sais pas moi même si tout cela est vrai et cela ne me fera pas plus aimer l’album oule groupe, mais si ALESTORM est sincère, je respecte la démarche.

 

 

 

 

 

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