[ Chronique ] BENIGHTED – Obscene Repressed ( Season Of Mist )

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En bon enfant des années 90, j’ai été élevé dans le culte du metal d’outre-atlantique alors que les groupes européens ( hors Scandinavie ) et donc français n’étaient considérés que comme des imitations, des pâles copies de ce qui se faisait ailleurs. Il est bon de constater que désormais, la mondialisation et le développement des réseaux de communication et de diffusion se faisant, on parvient à trouver un certain équilibre ou tout du moins une meilleure visibilité artistique de notre metal, européen d’abord, français ensuite. Là où outre-atlantique, on semble stagner, on voit fleurir par chez nous de plus en plus de groupes avec une créativité, une singularité et une identité forte.

Sans vouloir non plus brandir fièrement la sacro-sainte « exception culturelle française », chauvinisme exacerbé dans lequel je ne me reconnais pas forcément, ou bien encore faire un état des lieux de la géographie métallique mondiale, il apparaît clairement que des groupes comme BENIGHTED ( pourtant adeptes d’une musique de niche ) tirent leur épingle du jeu, faisant rayonner « notre hexagone » à l’international et transformant par la même occasion la vision que le monde a de notre scène extrême.

Se faisant, et au gré d’albums de plus en plus pointus techniquement comme conceptuellement, les Stéphanois sont devenus un incontournable dans le milieu du brutal death et du grindcore, n’hésitant pas à transgresser le style ou du moins à en explorer les limites. Dans ces envies d’exploration et de conception originale, leur nouvel album « Obscene Repressed » ne manque pas la cible et continue l’oeuvre débutée par le groupe il y a déjà vingt ans.

Globalement, l’esthétique sonore de BENIGHTED ne change pas, même si le son et la production évoluent, s’affinent et se modernisent encore un peu plus rendant, à l’instar de ses prédécesseurs, « Obscene Repressed » toujours plus « clair » et lisible pour l’auditeur lambda. L’album est une plongée dans le metal extrême de tout bord avec pour ligne de conduite un brutal death et un grindcore puissant et technique. Mais ce qui fait le grain BENIGHTED et sa spécificité, c’est sa capacité à donner à un morceau une couleur différente de celui d’avant ou de celui d’après, et de ce fait de créer l’excitation, de susciter l’intérêt et de briser la linéarité parfois éprouvante d’un album de musique extrême. Et la chose n’est pas forcément évidente au vu du style pratiqué.

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Tout se joue donc sur des détails : sur un type de voix, à un riff black sur « Nails », un autre plus thrash ailleurs, sur un break purement hardcore et des percussions tribales sur « Implore The Negative » qui compte Jamey Jasta d’HATEBREED en invité, sur une introduction acoustique sur « Brutus », sur un refrain explosif, sur le break jazz de « Muzzle » complètement inattendu, sur des samples bien placés qui amplifient l’atmosphère malsaine et mortifère comme sur « Casual Piece Of Meat », etc.

Techniquement comme en terme de composition, le groupe touche du bout des doigts la perfection, grâce à ces passages décalés ou ces ambiances, il crée du sens et pose un lien direct entre la violence sonore et la portée psychologique du concept développé dans les textes. 

En effet comme sur « Necrobreed », le groupe propose un concept complet et extrêmement fouillé, une histoire cohérente autour des pathologies mentales, de la « folie », de la schizophrénie, de la maltraitance, de la paranoïa, du complexe d’Oedipe et de tout ce qui en découle. Ces concepts sont l’oeuvre du chanteur, le tranchant Julien Truchan qui, je ne sais pas si c’est encore utile de le rappeler, travaille dans un hôpital psychiatrique et donc se sert plus ou moins de ces expériences et de sa vie professionnelle pour écrire ses textes. Comme quoi, dissocier l’homme de l’artiste et de son oeuvre est quasiment impossible puisque l’une ne cesse de nourrir et d’enrichir l’autre, et vice-versa. Mais ce n’est pas le débat. « Obscene Repressed » décrit donc la vie de Michael, enfant solitaire souffrant d’une fente labio-palatine non soignée. Ce garçon en grandissant va développer d’autres pathologies liées à son isolement, subir des abus et des maltraitances à cause de son infirmité et à cause de parents un peu dérangés…

« Obscene Repressed » se pose donc comme un nouveau chef d’oeuvre du genre : précis, efficace, cohérent, intense et sophistiqué. On sent qu’il a été conçu, mûri avec toute l’expérience acquise par le groupe. BENIGHTED y continue son oeuvre ( colossale ) en respectant son passé et le style auquel il est affilié, en le glorifiant même. Il lui apporte sa patte singulière, ses variations, sa folie, sa maladie.

En constante progression, le groupe semble vouloir aller encore plus loin, toujours plus loin, et nous entraîner avec lui dans cette poésie des chairs et des esprits meurtris, oeuvre sonore complexe et radicale que j’oserai comparer à une sorte de « métaphysique de la viande ».

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