[ Report ] ANATHEMA + RENDEZVOUS POINT + MASVIDAL @ Rennes, le 09/03/20

Tout a été très vite, tout va très vite, hier on buvait une bière en terrasse, il y a une semaine on pouvait aller voir un concert tranquillement, aujourd’hui on est cloîtrés chez nous. C’est assez fou de penser que le 9 mars dernier tout allait encore « à peu près bien », beaucoup de shows étaient encore maintenus, on était presque peinard. Les temps à venir risquent donc d’être durs, pour nous, pour les artistes, et pour les promoteurs, techniciens et personnels des salles. Mais bon, je m’arrête là, je ne vais pas vous refaire tout le film, on en bouffe déjà assez tous les jours… Je vais plutôt essayer de revenir en détail sur le dernier concert auquel j’ai pu assister, celui réunissant MASVIDAL, RENDEZVOUS POINT et ANATHEMA pour les 10 ans de la sortie de leur célèbre « We’re Here Because We’re Here ».

Lundi soir, un peu pressé, je suis arrivé à l’Antipode alors que MASVIDAL avait déjà commencé sa prestation. Évidemment, je connais Paul Masvidal en tant que fondateur des légendaires CYNIC mais j’avoue ne pas être au fait de son projet solo. L’homme est seul sur scène avec sa guitare et un écran qui diffuse des images psyché-géométrico-spaciales… Les titres sont courts, acoustiques, bercés par la voix unique de Masvidal. Le tout est nappé d’effets synthétiques et de samples discrets. L’artiste semble vouloir se livrer complètement, il ouvre son coeur et son esprit à travers cette musique, dans une volonté de « guérison ». Ce n’est pas une musique extra-ordinaire mais sincère, un voyage intérieur et salvateur qui nous montre toute la vulnérabilité de l’homme derrière la musique. Paul Masvidal, très discret, presque fragile à mes yeux, parle peu entre les morceaux et déroule son set sans accroc, très court mais joli, presque anecdotique. À noter qu’il rendra hommage à son ancien collègue et ami Sean Reinert, batteur et autre membre émérite de CYNIC, décédé il y a quelques semaines.

Peu de changement à faire avant l’entrée en scène de RENDEZVOUS POINT. Groupe que je connais encore moins ( il faut bien dire que j’attends principalement ANATHEMA comme tout le monde au final ). Les Norvégiens au nombre de cinq nous offre un changement total d’ambiance sonore, avec un un metal alternatif et progressif énergique et assez pêchu, ce sera d’ailleurs le groupe le plus « violent » de la soirée. Les musiciens bougent plutôt bien et nous montrent qu’ils ont un indéniable talent et un gros bagage musical derrière eux ( pourtant ils ont l’air plutôt jeunes ). J’avoue que ce n’est pas franchement la musique que je préfère, cela pourrait faire penser à du LEPROUS.

C’est bourré d’émotion et de mélodies accrocheuses, mais le côté rock mielleux prend parfois un peu trop le pas sur le reste selon moi. C’est dommage car dans les passages plus métal, plus techniques, le groupe nous régale. Musicalement c’est propre, c’est même joli, j’aime assez la rythmique basse-batterie qui offre un groove particulier, la guitare et le clavier mais alors le chanteur, beau gosse affiché, vêtu de cuir et avec une voix claire haut-perchée me donne l’impression d’être un « méchant » dans une série comme Buffy Contre Les Vampires, bref je n’accroche pas. Après, c’est sûrement moi ou mon humeur du jour puisque RENDEZVOUS POINT va tout de même récolter de belles salves d’applaudissements entre les morceaux et donc conquérir une bonne partie de l’audience…

Ça y est, on y est ! Les 10 ans de « We’re Here Because We’re Here », le premier album où l’on peut entendre officiellement la chanteuse Lee Douglas, désormais devenue membre incontournable du groupe. Les lumières faiblissent, l’écran s’allume et les musiciens entrent en scène sur « Thin Air », avant de nous dérouler l’album en intégralité et dans l’ordre s’il vous plaît. Si ce n’est pas mon album préféré des Britanniques, je dois avouer que sur scène, il prend une toute autre dimension, comme d’ailleurs à chaque fois avec la musique d’ANATHEMA. Au fur et à mesure, on se laisse prendre au jeu des sonorités, on prête l’oreille et la musique se transforme alors en une sorte d’introspection, de réflexion belle et sincère. Les lumières, tout en sobriété, mettent d’ailleurs parfaitement en valeur les titres et les acteurs. À l’instar du public, je suis bercé par les mélodies et les voix, hypnotisé par les images.

Le public absorbé par la densité sonore, et par l’histoire que le groupe développe sous nos yeux, reste calme, silencieux même entre les morceaux. Chose qui sera notée et appréciée par Vincent Cavanagh, toujours aussi souriant et à l’aise avec son Français ( un peu approximatif mais on lui passe ), qualifiant le public rennais de passionné… C’est d’ailleurs lui qui mène la danse, toujours aussi charismatique et envoûtant même après plus d’un quart de siècle passé sur scène. Quelques têtes hocheront tout de même sur le riff de « A Simple Mistake » lancé de mains de maître par Daniel Cavanagh qui reste, comme à son habitude, relativement effacé mais toujours très impliqué et concentré sur ses parties de guitares ou de claviers. On savait que le troisième larron de la famille Cavanagh, Jamie, serait absent sur la tournée, remplacé par Charlie Cawood qui assure parfaitement l’interim. Je m’attarde un peu sur la performance vocale de Lee Douglas, véritable plus-value, petite merveille qui de sa voix cristalline nous transporte encore un peu plus dans l’univers éthéré d’ANATHEMA.

Une courte pause après « Hindisght », et le groupe revient pour un second set avec des titres issus d’autres albums. Cela fait presque 1h30 qu’ANATHEMA joue. L’univers tout entier semble aspirer la salle, semble me happer, je ne suis plus vraiment là, les autres le sont-ils encore ? Je divague et me laisse porter par « Springfield », « Distant Satellites » et surtout par « Untouchable part. I et II ». L’énergie ressentie est dingue, elle émane et vient apaiser tout le monde, c’est grisant. Le groupe reviendra une toute dernière fois et saluera chaleureusement le public. Je peux maintenant le dire, même si je ne m’en doutais pas encore à ce moment là, mais c’était en effet le dernier concert avant… longtemps, et celui-ci était magnifique.

Maintenant, tout ceci me semble un brin éloigné, trop loin de ce confinement, de cette subite sècheresse sociale et culturelle, mais aussi de la solitude et de la nostalgie que cela entraîne. Alors, j’espère que ça va passer et que très vite, je reverrais vos visages lumineux, vos salles obscures et vos musiques sombres, que tout cela se fera tranquillement et sans dégâts majeurs pour la scène. Désormais, il ne me reste que la mémoire de ses doux instants, ses moments heureux, ses petits pincements au coeur, ses poils hérissés ; il me reste l’envie de revoir les autres, tous sans distinction, de ressortir de mon terrier pour pouvoir re-profiter de cette musique que j’aime tant, ma passion.

En guise d’au revoir, je vous laisse donc avec « Springfield » issu de l’album « The Optimist ». À bientôt.

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