[ Chronique ] CODE ORANGE – Underneath ( Nuclear Blast )

Il y a trois ans sortait « Forever », le dernier album en date des petits génies du metal hardcore pennsylvanien, j’ai nommé CODE ORANGE. À l’époque, je l’avais plébiscité, encensé, n’hésitant pas à qualifier le groupe comme le futur du metal tant ce concentré d’influences, entre hardcore agressif, bidouillages industriels et rock « grunge » à tendance mainstream, avait réussi à (re)créer en moi ce sentiment d’urgence que je recherche et chéris tant. J’avais clairement pris une claque et les années qui ont suivi n’ont fait que confirmer mes dires puisque la popularité de CODE ORANGE est depuis lors allée croissante.

Je dois aussi dire qu’encore aujourd’hui, peu de groupes affiliés à ce style voire même aucun ne me font vibrer comme CODE ORANGE peut le faire. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est un groupe sincère et peu attaché à l’étiquette ou à la tradition, c’est un groupe qui a pour ambition de ne pas rester enfermé dans son carcan, qui transcende les limites, qui les transgresse sans hésitation et qui est donc difficilement définissable. Je me rappelle d’ailleurs mes tentatives désespérées de théorisation stylistique : beaucoup de mots, beaucoup de lettres pour seulement quelques cases, j’étais comme un verbicruciste dépassé face à un cruciverbiste dyslexique. Maintenant, me voilà donc excité mais bourré d’attentes face à ce nouvel et quatrième opus, « Underneath »

Je vous l’annonce : ces attentes vont voler en éclat dès les premières minutes de l’album. Le groupe semble avoir mûrement réfléchi son propos, retranchant définitivement Eric « Shade » Balderose derrière les machines, laissant les guitares à Reba Meyers et Dominic Landolina tandis que Jami Morgan délaisse ( à priori ) la batterie pour se retrouver devant un pied de micro ( le musicien assurait depuis les débuts du groupe la batterie et le chant ).

Le premier titre « Swallowing The Rabbit Hole » donne tout de suite le ton de l’album. On ressent un gros virage industriel, que ce soit dans le son comme dans les textures et les atmosphères. On est agressé, violenté, malmené dans un marasme de dissonances abruptes et de cassures. CODE ORANGE pousse clairement l’auditeur hors du cadre, dans ses retranchements. La production est énorme mais sombre et pile ce qu’il faut de sale pour bien racler les conduits auditifs. Ça part un peu dans tous les sens, dans une espèce de tohu-bohu bionique entre riffs hardcore tranchants qui jouent sur les harmoniques et sur les dissonances, breaks syncopés, cassures noise, aboiements saturés et cris stridents, boucles industrielles qui viennent se briser avec fracas toutes mes attentes.  Tout est intense et semble avoir été fait pour agresser et pour asphyxier.

« In Fear », « You And You Alone », « Cold Metal Place », « Erasure Scan » etc… ne dérogent pas et accentuent encore un peu plus le trait, cette couleur synthétique et ce groove brisé qui prédominent tout au long de l’album. Mais CODE ORANGE n’a pas fini de nous surprendre puisque c’est lorsque l’auditeur est acculé que le groupe offre une respiration, nous forçant à sortir la tête de l’eau pour aspirer de grandes bouffées d’air frais ( « Who I Am », « Sulfur Surrounding », « Autumn And Carbin »). De ce coup de génie émerge des titres un brin différents aux accents plus rock, plus accessibles, des plages mélodiques teintées 90’s principalement chantées par Reba Meyers. La palme revient à « The Easy Way », et son refrain pop entêtant, un single FM à mille lieux de ce que propose le groupe habituellement.

Mais mon préféré reste « Underneath », qui est sûrement le titre le plus significatif de l’album, le plus reznorien aussi, celui qui met parfaitement en avant tous les éléments et toute la dualité que le groupe souhaite nous montrer. « Underneath » est le dosage parfait entre agression et velléités popisantes, de même il ouvre un nouveau pan, de nouvelles possibilités pour le futur de CODE ORANGE.

La force de l’album réside donc dans l’alternance, dans l’alchimie mais aussi dans la dualité ( organique / synthétique etc… ). Deux visions soutenues par une même trame faite d’atmosphères lugubres et de bidouillages électroniques qui hybrident le tout et le rend assez homogène. De cette dichotomie se détache certainement un sens, ou même des sens, on y voit aisément les conflits sociétaux mais aussi les conflits intérieurs, les déviances d’un monde ou d’un être, des milliards de voix au chapitre mais personne pour les écouter ou pour les entendre etc. CODE ORANGE a encore beaucoup de choses à dire et continue de gratter le vernis, nous donnant ainsi à voir l’autre côté du miroir, là où nichent les monstres, les croquemitaines, ces golgoths de peurs, d’anxiétés, et de regrets que nous sommes…

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