[ Chronique ] BORGNE – Y ( Les Acteurs De L’Ombre )

J’avoue ne pas être un grand connaisseur de la musique des Suisses de BORGNE et pourtant, le groupe existe depuis déjà une vingtaine d’années. Deux décennies donc a repousser les limites d’un style, le sien : une forme hybride de black metal agressif et de sonorités puissantes empreintées à la musique industrielle. Dans sa volonté de constante évolution, la formation helvétique vient de signer sur le label français Les Acteurs de l’Ombre ( qui au passage n’en finit pas d’élargir sa gamme de musique extrême ) et nous propose en toute logique son nouvel opus, le troublant « Y ».

Vous l’aurez compris BORGNE ne verse pas dans un black metal traditionnel, je dirais même qu’il écorche le style, l’éborgne pour le faire sien, ce qui forcera sûrement les conservateurs et les puristes à l’énucléation totale mais qui m’a personnellement beaucoup séduit. Face à un étiolement et un appauvrissement des idées ( dont j’ai déjà parlé récemment ), des groupes tels que BORGNE qui offrent quelque chose de différent, une vision singulière et personnelle du metal noir ( tout en respectant l’esprit ), ont tendance à (me) séduire de plus en plus. Ils créent une valeur ajoutée qui les fait sortir du lot et c’est ça qui est intéressant : la création et non la reproduction bête et méchante.

Il est fort possible que j’aie tort mais « Y » me donne le sentiment d’une oeuvre très noire et un peu splatterpunk dans l’esprit. Elle semble nous ouvrir les portes d’une dimension cénobite, glaciale et mécanique, presque sadique. Une oeuvre où la torture physique ou psychique ( consentie ) s’applique à travers une rythmique implacable, inhumaine, et une densité sonore étouffante.

De ce fait, l’écoute de l’album se révèle assez intense, difficile à appréhender la première fois. Il faut vraiment se faire au mélange même si le dosage est extrêmement précis et équilibré. La densité sonore, entre le martèlement des boîtes à rythmes, les atmosphères pesantes, les nappes industrielles et la puissance des guitares, est très élevée et lors des passages dit rapides, cela aurait même tendance à devenir chaotique. Après, je ne trouve pas ça dérangeant outre mesure puisqu’au final tout passe justement par ce côté très synthétique, très froid, très oppressant. Une sorte de beauté glaciale, perverse et inaccessible. De plus, le chant typiquement black ( parfois en français, parfois en anglais ) renforce encore un peu plus ce sentiment d’oppression qui parcourt l’oeuvre de long en large.

La structure plutôt en longueur des morceaux ( entre 7 et 10 minutes à peu près, 17 minutes pour le dernier titre ) laisse beaucoup de place au groupe pour exprimer son art noir et imprimer ses atmosphères électronico-lugubres. De mon côté, j’ai tendance à aimer déguster ce type d’oeuvre, j’aime à me laisser totalement attraper par le vortex sonore, par les mélodies azotées, par cette brutalité sourde du metal associé à la mécanique industrielle. Comme envoûté, j’ai facilement les sens engourdis par des titres comme « A Hypnotizing Perpetual Movement That Buries Me In Silence » dont le nom veut tout dire, « Qui Serais-Je Si Je Ne Le Tentais Pas ? » ou « Derrière Les Yeux De La Création » et ses voix claires. D’un autre côté, je ne m’arrête pas trop sur le titre « Paraclesium », uniquement industriel et donc anecdotique mais par contre, le final « A Voice In The Land Of Stars » est extraordinaire et pourrait presque à lui seul résumer l’album.

Une fois l’écoute achevée, je me rend compte qu’un vent glacial traverse mon appartement, mais qu’il traverse également la rue dans laquelle je marchais il y a quelques instants, et qu’il traverse à présent mon corps. J’ai froid et un voile noir plane sur mon esprit, j’ai l’onglée cérébrale et des gelures aux pavillons auriculaires. Je crois que BORGNE m’a eu.

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