[ Chronique ] KVELERTAK – Splid ( Rise Records )

Je l’avais dit ici même et « la prophétie » s’est réalisée : je n’ai quasiment pas réécouté « Nattesferd », le dernier album de KVELERTAK, sorti il y a quatre ans. À l’époque, je n’avais pas accroché et je n’accroche toujours pas : trop facile, trop ancré dans les 80’s selon moi. Le groupe semblait avoir perdu, si ce n’est son essence, en tout cas le zippo qui permettait d’en allumer la flamme…

J’en étais peiné car le groupe restait assez singulier, méli-mélo improbable de styles musicaux mariés à la perfection et allant du punk, au thrash, en passant par des pointes de black metal cher à sa patrie d’origine, jusqu’au rock classique. Les Norvégiens semblaient s’être perdu dans leurs influences et dans une vie de saltimbanques, faite de tournées à rallonge et certainement d’excès en tous genres.

Puis le chanteur Erlend Hjelvik, de moins en moins impliqué, lassé des tensions internes et de cette vie de routard, figure de proue du groupe depuis ses débuts, s’en est allé vers des cieux sans doute plus cléments à ses yeux. Il laissait ainsi KVELERTAK, pas vraiment surpris, mais sûrement hébété, en pleine composition d’un nouvel album qu’il a fallu écrire tout en se reconstruisant et en changeant les tensions négatives en création « positive ».

C’est donc sur ces bases là et avec un nouveau chanteur en la personne de Ivar Nikolaisen ( ami de longue date du groupe ) qu’a été bâti « Splid » ( discorde en français ), un album qui renoue avec les racines du sextet tout en s’ouvrant de nouvelles perspectives techniques et artistiques.

De son propre aveu, le groupe joue et jouera toujours du KVELERTAK, et loin de moi l’idée de les contredire, surtout sur « Splid ». Dès les premières notes, dès que le groupe joue ensemble, il est indéniable que l’on retrouve ce son signature très ancré ( merci Kurt Ballou pour la production ). Mais on retrouve surtout sa verve punk et son riffing, toujours à trois guitares, très inspiré et prêt à partir dans tous les sens, à chaque instant. Grâce à une unité retrouvée, KVELERTAK s’est à nouveau laissé porter par sa musique, ce maelström rocailleux truffé de mélodies épiques et de soli diaboliques.

Des riffs intenses thrash et punk de « Bråtebrann », qui voit chacun des musiciens enregistrer une partie vocale, comme pour mieux sceller ce nouveau départ, au délire tirant vers le black’n’roll de « Necrosoft » ou encore du presque psyché-expérimental « Delirium Tremens », tout en passant par des titres très punk rock et beaucoup plus classiques comme « Crack Of Doom », « Discord » ou « Uglas Hegemoni », KVELERTAK plus varié et plus volatile que jamais, réussit tout ce qu’il entreprend. Il réussit à nous, à me surprendre tout en affirmant encore un peu plus son regain d’énergie et sa singularité.

Alors évidemment on se demande : à quoi est-ce dû ?

Je dirais que c’est principalement la conséquence directe de l’arrivée de sang neuf, d’un nouveau chanteur en l’occurence. Ivar Nikolaisen brise les lignes de chant plan-plan que l’on avait l’habitude d’entendre, il apporte une motivation nouvelle, une implication, de nouvelles idées clairement plus punk-rock, plus accrocheuses, plus mélodiques. Il a un style plus ouvert, plus polyvalent que ce soit en cris ou même en chant clair, il arrive à coller parfaitement à l’ambiance de chaque morceaux. De fait, cela donne une dimension supplémentaire aux titres tout en restant du pur KVELERTAK dans les mélodies et dans les techniques employées.

Au final, vous savez quoi ? Hé bien, ça sonne exactement comme quand six mecs se retrouvent dans une cave, ou dans un local quelconque, avec des amplis, une glacière pleine de bière et qu’ils dépoussièrent des cordes si longtemps restées sans vibrer, qu’ils tapent sur des peaux froissées, qu’ils frissonnent ensemble ; qu’ils se mettent à bavarder, à se marrer, à brailler ensemble, à cracher sur l’actualité, à pisser sur les murs et à écrire leur haine du monde extérieur. Tout ça au rythme des enceintes grésillantes, au son des NEW YORK DOLLS, de SATYRICON, des RAMONES, de DARKTHRONE, des SEX PISTOLS, de TURBONEGRO et bien sûr de toute la vague thrash US et NWOBHM. En fait, c’est juste des mecs qui s’amusent à nouveau, avec cette même énergie juvénile, et à la fin ça donne « Splid ».

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