Entretien avec le guitariste de Trepalium, Harun : « On s’est dit qu’on ne voulait pas un ersatz de Kk […] Il nous fallait un autre personnage, avec son propre grain de voix… »

Le nouveau TREPALIUM sortira le 6 mars 2020 chez Klonosphere/ Season Of Mist ! Il s’appelle « FROM THE GROUND » et c’est le 1er album avec Renato Di Folco, leur nouveau chanteur ! INTERVIEW DE HARUN, guitariste !

Pourquoi avoir choisi « FROM THE GROUND (ndr : « Sorti de la terre » ou « déterré ») comme titre pour ce nouvel album  ?

Parce que le groupe était mort, en stand-by. Le départ d’un chanteur, ce n’est pas évident. Mais comme j’avais encore des choses à dire musicalement, et que j’ai toujours composé pour le groupe, je me suis dit qu’on allait revenir. Par contre, je me suis aussi dit qu’on allait faire différemment et qu’il nous fallait un autre chanteur vu que nos routes se séparaient avec Kk. Renato, le nouveau chanteur, m’a proposé ce titre quand il a travaillé sur les textes. Je lui ai dit que c’était parfait, et c’est aussi le nom d’un des titres. Il y a un concept derrière ce titre : « des morts, il renaît ». Cela sera dans la continuité du précédent Ep, avec des cuivres de la Nouvelle-Orléans, du vaudou, du shuffle, avec notre influence PANTERA en arrière-fond. Le visuel est en rapport avec le concept mais moins spécifique tout en étant dans la continuité du concept général du groupe. Comme j’aime faire des choses nouvelles, il me fallait trouver une couleur à cet album, en utilisant des outils un peu différents.

Musicalement, en quoi ce nouvel album va changer la donne ?

On a mis moins de cuivres, pour éviter la redite. Tu as toujours ce riffing particulier. J’ai remis pas mal de claviers, en exhumant le son vintage de l’orgue Hammond de notre deuxième album ‘Alchemik Clockwork of Disorder’. Ce sont des nappes, pas des solos de claviers. J’ai poussé le travail des guitares, avec des techniques de guitares et des arpèges ce qui rend l’interprétation assez difficile en live. Et la voix de Renato, qui est bien sûr sensiblement différente. La condition sine qua non était qu’il puisse chanter les anciens morceaux, sinon tu ne peux pas tourner. On avait fait un casting par internet, et on a eu entre vingt et trente candidats dont des membres de groupes qui tournent très bien, et quelques étrangers

On s’est dit qu’on ne voulait pas un ersatz de Kk, qui a son grain de voix que j’apprécie beaucoup. Il nous fallait un autre personnage, avec son propre grain de voix. Renato a ce côté bluesy via son groupe FLAYED, et on s’est dit qu’on allait estomper le côté jazz pour donner de la place au blues, même si ce n’est pas pour faire du stoner, ou toutes les variantes qui peuvent se faire. On a même un blues extrêmement lourd, qu’on aurait pu appeler ‘The heaviest blues of the Universe’, très gras et vraiment dans la tradition du genre, qui est mortel avec la voix de Renato. On a aussi une petite surprise instrumentale et vocale.

Vous avez déjà joué en live des nouveaux morceaux (comme « …To The Sun ») ?

Oui, et pour le premier titre qu’on a joué sur scène au Hellfest, certains collègues musiciens qui l’ont découvert, m’ont dit avoir été surpris. Et c’est vrai que pour certains titres, on ne suit pas forcément la structure ab ab, couplet, refrain. Et même si je veux garder cet aspect-là, que j’adore, certains ont eu du mal à situer le refrain et le couplet. Je me suis dit que c’était très bien comme ça, comme sur la période des trois premiers albums, où sur les morceaux, tu entends qu’on enchaîne un plan qui en amène un autre

Le Hellfest 2019 était le deuxième concert en trois ans pour le groupe. On s’est dit qu’on était rouillé mais qu’on a fait le job et le public ravi nous a fait des retours positifs et l’ambiance était très bonne, mais intérieurement on sait qu’on peut mieux faire. Personnellement, j’avais mon annulaire qui ne réagissait comme d’habitude et globalement, on a eu quelques petits flous artistiques (sourire). On avait répété que trois fois avec le nouveau chanteur. A l’origine, on devait jouer trois nouveaux morceaux, mais vu le timing on en a finalement joué que deux.

Trepalium au Hellfest 2019. RUDDY GUILMIN POUR SOUNDPROTEST

Le choix de Renato m’a surpris, car celui-ci nous confiait en interview l’an dernier (lien), qu’il était un chanteur de rock’n’roll. Trepalium va-t-il rester un groupe de metal ? 

Quand tu vas écouter l’album, tu vas te dire que oui, pas de doute ! Il y a même un côté plus heavy dans le riffage. Renato a apporté un côté plus rock, plus medium à la PANTERA, car c’est un peu un caméléon, il est capable de faire beaucoup de choses. Et je pense qu’en live, les gens l’ont bien vu. 80% du set est issu des anciens titres. En plus, il sait tenir une scène, même nous on est surpris : on a l’impression que sur scène, il est aussi à l’aise que dans son salon avec 15 000 potes en face. On fait du rock ‘n roll, et finalement TREPALIUM avec Kk, cela en était déjà. Tu peux suivre ce que fait Kk actuellement qui est revenu à quelque chose de plus root, avec d’autres musiciens, et tu vois que ce qu’il aime, c’est le rockabilly.

Avec Renato, on est tombé sur une sorte cousin. Il joue dans FLAYED, un groupe de rock, et les TAMBOURS DU BRONX et j’aime l’émulation et la curiosité que cela suscite, toutes ces questions que notre public se pose. Au premier concert qu’on a fait, les gens étaient attentifs, et puis après trois morceaux, ça a commencé à pogoter. A la fin du concert, les gens sont venus nous voir avec le sourire aux lèvres, en nous disant : « Bon choix « , « Je ne m’attendais pas à ça ».  On ne s’est pas planté ; après les goûts et les couleurs, c’est selon chacun, qui ne débat pas encore sur sa préférence entre Bon Scoot ou Brian Johnson dans AC/DC ?

Kk avait sa personnalité aussi, capable quand il était en forme d’avoir sur scène des sorties tonitruantes, avec en même temps une attitude introvertie, à dire : « je m’en fous ». C’est un personnage, et Renato est pareil, avec une personnalité entière, qui peut avoir du répondant, et même temps en étant vraiment cool, et sympa. J’ai toute de suite aimé son côté humain. On l’avait déjà croisé lors de concerts avec son groupe, et je trouvais qu’il me rappelait Aldric (ndr Guadagnino) avec qui je joue dans STEP IN FLUID. Ils sont italiens tous les deux, d’ailleurs. On a gagné un ami et j’étais vraiment fier de jouer sur scène avec lui au Hellfest. Quand il a commencé à séparer la foule pour un wall of Death, je me suis dit « Qu’est-ce qu’il fait ? », et puis il l’a harangué, et a fait monter la sauce, en rythme en plus, et là pas de doute, il a bien fait son job.

Après tout, le défi est de se dire, est-ce que tu peux continuer à t’appeler TREPALIUM avec un nouveau chanteur ? Guillaume de la KLONOSPHERE nous a dit : « si vous faîtes un autre groupe, parce que vous avez un nouveau chanteur, alors que ce nouvel album est musicalement tellement du Trepalium, cela n’aura pas de sens. » Et tu vois bien qu’entre nos albums, par exemple « H.N.P. » et « VOODOO MOONSHINE », il y a des couleurs et des démarches artistiques très différentes. Alors pourquoi pas au niveau du chant ?

Trepalium au Hellfest 2019. RUDDY GUILMIN POUR SOUNDPROTEST

En plus, vous avez toujours travaillé sur des side-projets ?

Oui, on en a toujours eu à côté. TREPALIUM est un cadre précis, mais en termes de libido musical, cela ne va pas me satisfaire, car j’ai besoin de faire autres choses. J’espère qu’il y aura encore plein d’autres albums avec Renato, par contre, mes autres groupes existeront toujours indépendamment de l’existence ou non de TREPALIUM. J’ai actuellement en parallèle quatre autres projets musicaux. Je travaille sur de l’acoustique en ce moment. Je suis professeur au conservatoire et j’ai commencé par différents styles de musique, différents instruments, et en ce moment par exemple, je m’intéresse à la batterie.

Ta capacité a remonté dans l’arbre généalogique de la musique est fascinante. Du Death-metal, tu as recherché les racines du rock, en allant jusqu’au gospel et le jazz, sans oublier la musique africaine ; fais-tu insconsciement du ‘world metal’ ?

Oui, ce n’est pas impossible. Je fais de la musique. Si notre premier album était assez bas du front, les expérimentations sont arrivées assez vite, avec des éléments sortant du cadre du metal. Je suis un metalleux, mais pas que. Tout projet a une vie, de la genèse à la maturation. Quand j’ai travaillé sur « Voodoo Moonshine », je me suis enfermé pendant quinze jours pour travailler autour de ce concept. Cela a été motivé par la tournée en 2012 avec GOJIRA, quand je me suis retrouvé dans le tourbus, à fumer clopes sur clopes avec l’ingé-son et producteur Thibault (ndr : Chaumont), et il m’a dit : « Harun, le problème avec Trepalium, c’est que vous avez des morceaux de toutes sortes, et que vous n’avez jamais assumé vos influences ». Et Sylvain (ndr : batteur) m’a ensuite dit dans son local de répétition chez lui : « C’est maintenant que tu nous sors un album comme celui-là, tu aurais dû le faire en 2001 ». Dès le premier album, en somme (sourire) !

« Voodoo Moonshine » a un côté un peu exercice de style mais je voulais faire quelque chose d’artistique, et répondre à notre producteur, en jouant en shuffle, sans un seul rythme en binaire. Sur le titre « Possessed By The Nightlife », j’ai utilisé par exemple des rythmes très clichés à la Duke Ellington,  pour plonger l’auditeur dans les années 30. Le morceau rapide de l’album ‘Fire On Skin’ est une autoroute, avec un rythme très particulier pour suggérer le train en mouvement comme dans le blues. Après un album, je n’ai pas envie de refaire la même chose mais on fait toujours quelque chose dans la continuité.

Penses-tu que Trepalium ouvre des portes musicales, comme le fait Gojira ? 

Il y a toujours eu des choses comme ça. D’excellents groupes amènent de manière plus indicible de choses nouvelles, comme KLONE avec de très bons morceaux avec lesquels tu vas voyager avec la voix sublime de Yann (Ligner). Et ils ne sont pas là à vouloir pousser une porte. TREPALIUM est une niche musicale, mais ce n’est pas une fin en soi de chercher des entre-deux, comme un KING CRIMSON ou un MESHUGGAH. Des gens que je connais, que j’ai croisé, ce sont mis à la musique parce qu’ils nous ont vus en concert plus jeune, et ça te vieillit. J’ai aujourd’hui quasiment quarante ans, j’ai joué plusieurs fois au Hellfest, et ai plus de 500 concerts à mon actif, mais l’important pour mes collègues et moi est d’avoir toujours cette libido musicale et d’être heureux sur scène.

Liens :

facebook.com/TREPALIUMBAND

season-of-mist.com

facebook.com/KLONOSPHERE

 

 

 

 

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