[ Chronique ] THY CATAFALQUE – Naiv ( Season Of Mist )

Me revoici pour ma première chronique de l’année… Une année que je me souhaite et que je vous souhaite aussi plaisante et riche en découverte que s’annonce la mienne. Je m’attaque donc en ce début 2020 au nouvel album de THY CATAFALQUE, le bien nommé « Naiv ».

Toujours mené de front par le multi-instrumentiste et créatif magyar, Tamás Kátai ( ce qui n’a pas bougé depuis maintenant 20 ans ), le groupe continue son petit bonhomme de chemin dans les méandres malléables du métal d’avant-garde. Pourquoi ai-je choisi cet album me direz-vous ? Et bien tout simplement parce d’une certaine manière Monsieur Kátai me fascine… Il faut l’avouer : des mecs seuls et capables de composer des épopées sonores aussi complexes et riches que « Sgúrr » ( 2015 ) ou « Meta » ( 2016 ) puis de changer complètement de cap en simplifiant le jeu et en explorant encore d’autres sonorités avec « Geometria » relève pour moi, si ce n’est d’un brin de génie ou de folie, au moins d’une sorte de défi artistique. Tout en gardant aussi à l’esprit que THY CATAFALQUE ne se produit jamais sur scène…

D’ailleurs, je trouve cela plutôt louable… En effet, THY CATAFALQUE, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, garde sa ligne de conduite et retombe toujours sur ses pattes puisqu’il arrive à créer quelque chose de différent, de revigorant mais de cohérent, et ce à chacune de ses sorties. Le groupe réussit quasiment toujours à me surprendre, que ce soit en bien ou en mal.

« Naiv » empreinte une trajectoire similaire à celle de « Geometria » ( que je n’avais pas trop aimé ), même si les différences sont flagrantes et forment peut-être à elles seules l’essence de ce nouvel album. D’emblée ce qui m’a frappé, c’est que l’album est très direct et frontal, il abonde de guitares progressives, très heavy, percutantes et imprégnées d’une ambiance « vielle école ». L’énergie n’est pas furieuse, elle est maîtrisée mais étonnamment elle est également presque palpable. Puis, au fur et à mesure, toutes les différentes couches sonores viennent s’emmêler de manière assez distincte, un peu comme l’on tresse une natte… Je sais, je sens que c’est riche et pourtant ça sonne simple.

On y retrouve tout un tas d’influences mises en avant, tour à tour, comme si l’album était une grande mosaïque ou une fresque très ( trop ? ) éclectique. Au menu : du riff heavy au goth-rock vintage, une basse funky et claquante, des cuivres percutants, un saxophone dansant ( !! ), des chorus féminins d’un folklore hongrois popisant et assez répétitif, quelques voix hurlées, pas mal de choeurs, des violons, des trompettes… De plus, le tout est à horaire quasi-fixe baigné de synthétiseurs tout droit sortis d’un film de Carpenter !!

Cela peut paraître bordélique mais il n’en est rien car tout est parfaitement bien rangé, bien calé, juste et équilibré… THY CATAFALQUE donne juste l’impression de vouloir offrir quelque chose d’amusant, de dansant, quelque chose de populaire. « Naiv » n’est pas un fouilli insignifiant, loin de là, mais je trouve qu’il y a des problèmes dans les structures et dans les transitions entre certaines parties. J’ai beau écouter et réécouter, la profondeur émotionnelle et les beaux paysages sonores restent flous, la magie ne fonctionnent pas. Je vois les coutures, je vois les fils qui actionnent la machine, je vois les clous qui dépassent, la peinture qui craquèle et franchement, ça me gêne.

Est-ce là le tour de force de « Naiv » ? Un album qui s’écoute avec une facilité déconcertante mais qui au final se révèle extrêmement complexe dans son processus créatif ? On peut aussi garder à l’esprit que Kátai s’est inspiré de l’art naïf pour composer cet album ( d’où le nom… ) même si j’avoue ne pas très bien trouver le rapport entre sa musique et les peintures d’Henri Rousseau

Alors peut-être que j’ai l’esprit trop étriqué, que justement je dois plutôt m’attacher au fond qu’à la forme, sortir d’une vision rigide de ce que doit-être la musique metal. Peut-être doit-je y voir le symbolisme, l’imaginaire, l’humour, la fraîcheur, la vision ontique simplifiée, le parfum d’innocence infantile ( notamment avec l’artwork ), peut-être encore la gaucherie structurelle volontaire ( bien que j’en doute vu la capacité technique de Tamás Kátai ) mais certainement pas une volonté de ne pas respecter les carcans et les archétypes musicaux. D’ailleurs, je n’ai pas spécifiquement eu une quelconque impression de transgression artistique à l’écoute de « Naiv ». En gros, je trouve que ces idées sont plutôt bonnes mais qu’il n’a pas été assez loin…

Même si je reste fasciné par l’artiste, que j’aime son unicité, sa démarche première, son dévouement envers sa musique,  et qu’il me donne du grain à moudre, je continue de penser que si cet album est vraiment un hommage à l’art naïf, et bien il n’est pas réussi… J’attendrais donc avec impatience sa prochaine évolution.

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