[ Report ] SAMAÏN FEST 2019

Nous avions laissé le Samaïn Fest, il y a déjà deux ans, juste après sa septième édition. À l’époque, nous avions déjà été agréablement surpris par l’organisation et par la qualité des groupes présents. Nous avons donc décidé d’y revenir pour cette nouvelle et neuvième édition, toujours sur deux jours, toujours à La Mézière en banlieue de Rennes, et toujours 100% pur beurre d’origine bretonne. Pour rappel, le festival, bien qu’ancré dans la musique metal, sert également de soutien aux écoles Diwan ( écoles en langue bretonne ) et comporte donc au bonne partie de culture bretonne ( échanges en breton, conférence sur la mythologie celtique etc… ). Clairement, nous n’avons pas participé à toutes ces activités, préférant nous concentrer sur l’aspect musical et purement metal du Festival.

Lors de la première édition, nous avions déjà été séduits par la déco et par l’ambiance immersive du lieu. Et nous n’avons pas non plus été déçus cette fois-ci tant l’équipe a fait évoluer son style, a investi la salle, et a réussi à matérialiser ce que l’on attendait d’une nuit de Samaïn. ( Pour rappel, Samaïn est la fête celtique à l’origine d’Halloween et de la Toussaint, elle marque le début et la fin de l’année celtique, et annonce le début du Temps Noir. En effet Samaïn n’appartient ni à l’année qui se termine ni à celle qui commence : c’est un jour en dehors du temps qui permet aux vivants de rencontrer les défunts…).

Des bougies sont allumées, des corbeaux planent au-dessus de nos têtes, des rochers sont dressés, toisant la foule de leurs lances acérées. Les murs sont entièrement drapés de noir, de-ci de-là l’on retrouve crânes et bois, pierre et fer, l’atmosphère est extra-ordinaire au sens propre. Vision à priori horrifique mais au final extrêmement chaleureuse et intimiste, nous nous sommes sentis étrangement bien, comme privilégiés de faire partie de cet ensemble. Côté programmation, l’équipe avait semble-t-il choisi deux tendances : un première soirée plutôt doom, stoner et une seconde soirée plutôt axée metal extrême. On va maintenant essayer de vous donner nos ressentis sur ses deux nuits, qui n’ont pas été de tout repos…

Vendredi

Toujours sur le fil, jonglant inlassablement entre le temps et l’espace, ou comment vous dire gentiment que nous sommes arrivés à la bourre… La soirée bat déjà son plein et c’est le trio pur breizh EBEL ELEKTRIK qui est en train de réveiller le public avec un rock psyché, un brin stoner et bourré d’énergie. Ça a l’air bon, même si le public semble timide, le groupe est lui plutôt à l’aise et groove sans se préoccuper du reste. Ça joue bien, très bien ! Le guitariste se la joue guitar-hero et s’offre même un solo dans la foule. Le chanteur tente de nous apprendre à dire « ornithorynque » en breton, on ne comprend pas tout, il y a une histoire de « loutre », mais c’est plutôt drôle. On se dirige alors vers le bar pour boire une excellente bière de l’Ombre en écoutant la fin du set. Une entrée en matière plutôt réussie.

Changement de plateau et d’ambiance avec HERZEL, groupe d’Epic Heavy from Quimper !! Pantalon en cuir, soli de dingue, riff Maiden et vocaux enlevé… On ne va pas tourner autour du pot, ce n’est clairement pas notre truc. Les mecs jouent vraiment bien, c’est carré et ça ne dénote pas mais on n’adhère pas à la musique ( gustibus et coloribus ). Au final, on chantera en levant le poing sur « Unis Dans La Gloire » parce que c’est quand même foutument bien épique !

Place maintenant aux choses sérieuses avec l’arrivée des Toulousains de WITCHTHROAT SERPENT pour un show tout en lourdeur, massif et hypnotique, sans chichi. Amis dépressifs, passez votre chemin, le trio n’est pas là pour vous rendre le sourire mais bien pour vous faire tomber dans une torpeur, dans un abîme de larme et de souffrance. Forcément la comparaison avec ELECTRIC WIZARD apparaît car le groupe évolue clairement dans la même veine : un doom dur, sans concession. On voit les musiciens appliqués, le bassiste notamment offre un spectacle captivant, il triture son instrument pour mieux en sortir des rondeurs envoûtantes. Le guitariste-chanteur, concentré, imprégné de ces propres refrains nous transmet ses réverbérations, ses résonances mystico-démoniaques et nous donne l’envie de participer à ce sabbath… On ferme alors les yeux et, l’alcool aidant ( évidemment ), on s’y croit !!

Une Couille de Loup plus loin et on rejoint les Suisses de MONKEY3 pour leur show exceptionnel ! Exceptionnel parce qu’absolument somptueux que ce soit en terme de visuel comme en terme de son. On avait déjà vu le quatuor évoluer mais c’était à chaque fois en festival, en plein jour, ce qui ne permettait pas au groupe de déployer correctement ses ailes. Cette fois-ci, tout est parfaitement calé : backdrop vidéo, lights, déco etc… MONKEY3 est la tête d’affiche du jour et on s’en est rendu compte dès les premières notes ! La batterie puissante et la basse impériale se complètent pour former le socle alors que la guitare embrasse les claviers pour assurer le développement mélodique et asseoir le son lourd et planant, brillant. Le public n’en perd pas une miette et parait scotché par l’ambiance et la puissance que dégage la musique. Côté setlist la part belle est faite au dernier album « Sphere » paru plus tôt cette année. Ce qui est impressionnant c’est la force, la sagesse qui émane des musiciens. Plutôt statiques, ils arrivent néanmoins à faire passer leurs émotions notamment grâce aux mélodies appuyées, aux petites cassures heavy, à la finesse des solos et aux influences orientales qui ponctuent les titres.

Une heure plus tard, les lumières se rallument, on se réveille doucement de notre torpeur pour se diriger lamentablement vers la sortie… Rideau !

Samedi

La nuit fût courte et intense, le retour en terre macérienne se fait sous une pluie fine mais perçante. À notre arrivée, on constate que la population a fortement augmenté et s’entasse déjà devant les Rennais d’INSEMINATE DEGENERACY. On les avait déjà vu en première partie de NAPALM DEATH et on avait bien aimé, ça fleurait bon les tranchées boueuses d’Europe de l’Est. Cette fois-ci, on retrouve le groupe en trio mais toujours aussi tranchant et versant toujours un brutal slam death de bonne facture. Le son est clairement bon, le public semble également enjoué par cette voix glaireuse, pleine de grumeaux et mosh-parts quasi-dansantes. Ça couine et c’est, pour nous, parfait pour se remettre dans le bain…

Très vite, pinte en main, on se plonge dans CÂN BARDD qui rassemble une foule de plus en plus dense devant la scène. Une courte introduction et on se prend un mur de son pas très agréable. Tout est trop fort et ne sonne pas très bien, de plus la qualité sonore des accompagnements ne jouent pas en faveur du groupe. Bref, c’est brouillon. L’harmonie vocale des trois chants est douteuse, même lorsqu’ils s’essayent au chant clair. Bon, on va essayer de passer outre parce que l’engagement des musiciens se ressent et se communique au public. Mention spéciale au batteur qui affiche un sourire fabuleux, visiblement ultra-heureux d’être sur scène. Ses trois compères s’agitent avec fougue, mêlant le mieux possible les mélodies purement folk au metal le plus dur afin créer une ambiance mystique. Dans l’attitude et l’intention, le groupe est irréprochable, méthodique. Sobre et puissant, il s’incarne dans son jeu et dans ses atmosphères, véritables moments de grâce. Plus d’une heure de show et le groupe se retire sous les applaudissements nourris de l’audience.

Marre du biniou ? Marre des épopées bretonnes ?? Voici SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION et son gore grind légendaire. Gros changement d’ambiance donc, fini les conneries ! Là, ça va bouger ! Pas d’intro, le groupe monte sur scène et enfile son costume de boucher pour mieux désosser une salle qui ne semblait attendre que ça. L’alcool commençant à faire son petit bonhomme de chemin dans les corps et les esprits, SCD est accueilli à grands renforts de pogo et de slam. Ça fait du bien !

Côté scène, le trio, malgré les années passées à guerroyer, ne semble pas prêt de relâcher la pression. Le chanteur Seb prend d’ailleurs un malin plaisir à venir titiller l’assemblée entre deux éructations. Il growle et s’époumone pour mieux réveiller la fosse, pendant que ses deux mercenaires enchaînent les riffs crasseux, graisseux à souhait. C’est sublime, intense et… court ! Mais on le comprend tant l’intensité et la puissance de feu font que l’on ne peut rester concentrer plus d’une grosse demi-heure. En tout cas bravo à eux car ils portent encore fièrement l’oriflamme du grind made in France.

Toujours dans la subtilité, c’est maintenant à NECROWRETCH et sa mort noire de déferler sur le Samaïn… Attention les yeux ! Ça pique fort ! Et le public l’a bien compris puisqu’il va lui aussi se déchaîner sur les riffs diaboliques du quartet. Nos « joyeux drilles » vont enchaîner les titres sans aucun temps mort, à un tempo infernal. Le son est bon c’est à dire puissant et sale juste ce qu’il faut pour que l’on apprécie l’avalanche technique. Peu de communication entre les titres, le chanteur éructe, les guitaristes sont rivés sur leur instruments de torture, les yeux possédés du batteur semblent nous vouloir dévorer nos âmes. L’ambiance est dure, malsaine et sans concession. C’est extrêmement bien fait mais ce n’est pas une musique qui nous transporte. Si tout sonne juste et brut de chez brut, l’ensemble nous paraît assez linéaire, chose qui n’est pas partagée par le public qui s’abreuve de noirceur, qui s’en saoule, jusqu’à la lie.

C’est aux Écossais de SAOR qu’il a été confié la tâche de clôturer le festival… C’est le second groupe de black folk de la soirée mais il a des références différentes de CÂN BARDD, il axe sa musique sur une base d’instrument folklorique ( en live on aura droit à un violon et une partie samplée ). De plus, le groupe joue sur le terrain d’un black beaucoup plus progressif, n’hésitant pas à travailler sur la longueur, dessinant ses motifs sonores comme l’on peindrait une fresque.

Sans introduction trainant en longueur, on est immédiatement plongés dans l’atmosphère épique et aérienne des morceaux. Cependant, au même titre que les éléments samplés, le violoniste restera, à notre regret largement en retrait, diminuant grandement l’impact et l’ampleur folk mais accentuant le côté métallique et dur de la musique des Écossais. D’ailleurs, les musiciens et le frontman, Andy Marshall, occupent timidement l’espace au début puis gagnent en intensité au fur et à mesure que l’atmosphère s’installe. SAOR apparaît sincère et humble, concentré et concerné par le voyage initiatique aux confins de ses terres noires. De notre côté cela fonctionne, on n’est loin d’être déçus par cet au revoir que nous offre le festival, tout en sobriété et en élégance.

Lorsque les lumières se rallumeront, nous serons portés dehors par une irrépressible envie de goûter à la nuit, de la croquer et de la boire, de la déguster dans un dégoût du jour et un rejet de la lumière… La journée sera longue avant le prochain Samaïn.

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