[ Report ] MAYHEM + GAAHLS WYRD + GOST @ Rennes, le 06/11/19

J’aime ces mercredis de novembre, ces jours gris et tristes, définitivement plus l’été mais pas encore vraiment l’hiver, et trop éloigné des Fêtes pour sentir la chaleur d’un foyer aimant. C’est froid, c’est sombre, humide et sans espoir, tout comme le plateau proposé ce soir par Garmonbozia. En effet, cette soirée qui avait lieu à l’Étage à Rennes réunissait la fine fleur ( encore en activité ) du trve black norvégien, GAAHLS WYRD et MAYHEM.

En guise d’entame, l’organisation avait choisi de mettre GOST en avant, formation de black – synthwave américaine ( dont on a déjà parlé ici ), et qui a essayé tant bien que mal de convaincre un public venu se délecter de black metal pur et dur. Le pari était osé ! Et je vous le dis tout de suite, cela n’a pas fonctionné. Je suis resté quelques titres mais le son était assez étrange, très compressé, sans puissance. Je ne parle même pas des lumières, blanches et sans intérêt. Autant j’apprécie à leur juste valeur des groupes comme PERTURBATOR et CARPENTER BRUT, chose qui me vaut souvent des discussions et des digressions infinies quant au choix de programmation et aux goûts musicaux de tout à chacun, autant ici le mélange du côté synthétique-électronique avec les guitares pseudo-agressives ( pseudo car inexistantes dans le mix ) et les vocaux hurlés m’est apparu extrêmement désagréable, voire presque gênant. Bon, vu le nombre de personnes agglutinées au bar, je ne suis pas le seul dans ce cas. Bref, passons…

C’est maintenant l’heure de passer aux choses sérieuses puisque c’est à notre cher Gaahl de fouler les planches de l’Étage. Je ne vais pas vous refaire l’histoire du ‘sieur  et de ses mercenaires mais ce qu’il faut savoir c’est qu’avec ce projet nommé GAAHLS WYRD, le colosse propose un show basé sur son premier et très bon album ( cf. notre chronique ) mais aussi sur des bouts de GOD SEED, de TRELLDOM et de GORGOROTH ( ses anciens projets en somme ). L’ayant déjà vu cet été au Motocultor, je sais que la sauce prend bien, je pars donc plutôt confiant.

Une courte introduction et les musiciens balancent directement « Ghosts Invited » puis enchaînent sur du GORGOROTH. Je reste plutôt circonspect car je trouve que le son manque de pêche et de clarté. Même si le groupe y met de l’application, les guitares s’embrouillent et la batterie ressort beaucoup trop, effaçant totalement le reste ( petite pensée aux personnes qui découvraient les titres et qui n’ont rien dû comprendre ). À noter une petite chorégraphie, type danse de l’été, des musiciens qui relèvent et rabaissent leurs instruments ensemble sur certains morceaux… Est-ce bien utile ? 

Heureusement au bout de quelques titres, le son s’améliore et permet une meilleure plongée dans les abysses gaahliennes. En parlant d’abysses, il est temps de s’arrêter un peu sur l’homme de ce projet, ce grand et fantômatique Norvégien qui a fait son entrée d’un pas lent et discret, presque timide et pourtant plus incarné que jamais. Comme d’habitude, son jeu est purement statique et inexpressif, se déplaçant comme une momie d’un bout à l’autre de la scène, tout tourne autour de lui, son aura faisant au passage fuir ses musiciens qui n’osent ni le toucher, ni même croiser son regard inquisiteur. On a l’impression de voir un spectre nauséabond déambuler parmi les vivants… Mais ce qui nous intéresse c’est sa capacité vocale incomparable et extra-ordinaire. Aussi scotchante et magnétique que son attitude hiératique, sa voix résonne, brûle, glace, apaise et tourmente, grâce à une impressionnante maîtrise et une large palette vocale ( que j’avais du mal à imaginer reproduite en live et qui me laisse pantois à chaque fois ).

Le set est plutôt fluide, homogène, et se déroule sans accroc majeur ( hormis les petits problèmes de son ). Je reste totalement imprégné de l’image de Gaahl et de sa puissance vocale. Une cinquantaine de minutes qui viennent confirmer tout le bien que je pense de l’artiste, j’attends peut-être juste un second album qui viendrait asseoir définitivement le projet à la table des grands.

Quelques minutes de baragouinage entre amis et l’Étage se retrouve de nouveau plongé dans le noir afin de prévenir l’arrivée des légendaires MAYHEM. Attendus de tous, les Norvégiens ne peuvent et ne doivent pas décevoir ce soir. En fond de scène et sur des pendrillons se déclinent l’artwork de « Daemon », le dernier album du groupe ( cf. notre chronique ), juste devant l’impressionnant poste de tir d’Hellhammer, sorte d’agglomérat strict de structures percussives et d’échafaudage cymbalique ; la scène brumeuse se teinte d’un pourpre chaud et infernal, tout est prêt pour que la pièce commence…

Le premier acte voit débouler Teloch et Ghul, tels deux golgoths, crânes rasés, armés de guitares, sobres, taillé dans le granit pour l’un et sosie bodybuildé de Charles Bronson ( pas l’acteur ) pour l’autre. Le duo se pose, encercle la scène avec une autorité glaciale avant de nous asséner les premiers riffs ravageurs de « Falsified And Hated ». Au milieu vient s’insérer le teigneux Necrobutcher, avec son jeu tout en nervosité, son style de punk éthéromane, « sec comme un coup de trique ». Ses grands yeux hallucinés et sa mine patibulaire n’inspirent que défiance. Pour couronner le tout,  le roi-sorcier Attila fait son entrée, grimé tel une geisha tétanique. Le démon masqué et cornu, gesticule, se démantibule et se contorsionne, lent et saurien puis pique, vif et arthritique.

Toujours aussi théâtral, le cantateur hongrois régale l’auditoire de ses poses tragiques. En permanence sur le fil entre climat de tension, farce morbide et mascarade grotesque, il capte toute mon attention et m’impressionne une fois de plus par sa prestation vocale tonitruante. Son chant irrévérencieux est une véritable ode à la pestilence, oscillation constante entre cris rauques, borborygmes acerbes, grognements et incroyables envolées pseudo-liturgiques… Depuis longtemps fan du chanteur, je suis tout de même estomaqué par l’énergie, la volonté de nuisance et la perversité qu’il arrive à dégager.

Niveau son, la qualité est au rendez-vous, bien meilleure que sur les premières parties ( sans grand mal ), la batterie sonne claire, les guitares sales et complexes. En gros, c’est parfait. Ce premier acte est constitué majoritairement de titres issus du dernier album, de « The Grand Declaration of War » ( ressorti il y a quelques mois ) et dure une grosse demi-heure. Puis les musiciens s’effacent laissant place à une brume teintée d’un bleu violacé. Les robes de bures entrent en scène et se meuvent lentement alors que résonnent les premières notes de « Freezing Moon ».

Le second acte dédié intégralement à « De Mysterii Dom Sathanas » peut commencer. Je suis plongé dans le noir, l’odeur de la terre souillée de chairs cadavériques remonte presque mes parois nasales, un frisson me parcourt l’échine. L’aura du groupe, lunaire et plus forte que jamais, sublime la puissance des titres. En changeant totalement d’ambiance, MAYHEM réussit à garder l’attention du public qui se délecte avec avidité de tout cette malveillance.

Pour l’ultime acte, on découvre un scène épurée, lumière blanche blafarde et l’artwork de « Deathcrush » en fond de scène. Après « Silvester Anfang », Necrobutcher déboule torse nu, alors que ses comparses ont retiré non-chalamment leur robes monastiques. Attila, « en civil », maquillage coulant, envoie tout « Deathcrush » d’une traite et avec l’attitude punk abrasive / thrash primitif parfaitement appropriée. Après une heure et demi de show de haute volée, le groupe se retire sur un « Pure Fucking Armaggedon » dantesque…

Que dire de plus ? Je viens juste de me prendre le meilleur de MAYHEM. Peu importe, ce que l’on en pense et les critiques que l’on peut en faire, les Norvégiens restent largement au-dessus des trois quarts de la scène actuelle, que ce soit en terme de son, en terme de composition et en terme de prestation. Hormis GOST, on a également eu droit à une des meilleures soirées black metal rennaise depuis longtemps. Je repars donc tout sourire, le son vibrant encore de tous ces chants de morts et vous savez le plus beau dans tout ça ? Dehors, il pleut…

 

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