[ Report ] ENTOMBED A.D. + ABORTED + BAEST @ Rennes, le 12/11/19

Après une soirée black metal très réussie la semaine dernière ( cf. notre report ), novembre continue d’apporter son lot de metal à la cité rennaise. Cette fois-ci, c’est le death metal qui vient souffler son vent de pestilence sur l’Ubu avec un plateau exceptionnel composé des Danois de BAEST, des « Belges » d’ABORTED et des Suédois d’ENTOMBED. Je ne reviendrai pas sur la haine que je voue à cette salle, de son architecture à sa disposition particulière jusqu’à son acoustique. On est sur un lieu « atypique » mais très mal pensé pour les concerts de metal, et pour les concerts tout court d’ailleurs… Bref, on est très éloigné de ce que j’apprécie. En tout cas, l’affiche est plus qu’alléchante et ce n’est pas ces mauvaises conditions qui m’empêcheront d’y pénétrer et, tel un toxicomane en manque, d’y venir prendre ma dose de death…

C’est à BAEST qu’il revient de débuter la soirée. Pile à l’heure, le groupe monte sur scène et envoie son meilleur death. Je ne m’attarderai pas trop longtemps sur les Danois, car je dois l’avouer : je ne connais pas bien leur musique. J’ai un peu entendu parlé de leur dernier album « Venenum » sorti récemment chez Century Media et dont ils joueront quelques extraits. Clairement, on a affaire à un death classique et énergique teinté de thrash. Côté son, c’est étonnamment bon et assez clair, les musiciens ont enfilé leur uniforme, lui aussi, classique : jean slim noir, vans, cheveux longs et moustaches.

Côté public, c’est épars et timide, hormis deux ou trois mecs déjà légèrement avinés. C’est dommage car le groupe bouge bien, donne tout ce qu’il a, c’est vraiment propre et très bien fait. En fin de set, le public sera plus présent, attiré par les sonorités puissantes et les cris baestiaux du très dynamique chanteur… Une fin de concert qui verra également l’apparition de Sven d’ABORTED venu prêter main forte au groupe et rassembler les dernières brebis encore égarées devant le bar. Voilà une bonne entrée en matière !

Il va falloir une bonne demi-heure de transition pour installer tout le fatras des Belges ( plus très Belges puisque composé désormais de trois Américains, d’un Italien et d’un seul Belge ) d’ABORTED. En effet, pour promouvoir son brutal death légendaire, le groupe s’est doté d’un décor dantesque fait de tentures à l’image de leur artwork mais aussi deux têtes de monstres-zombies ornant la batterie et deux caissons de verre exposant des squelettes putrifiés baignant dans une lumière rouge. Ajoutez à cela des canons à fumée aux quatre coins de la scène et des néons rouge fluo au sol et l’Ubu prend des allures de laboratoire rétro-kitsch-extra-terrestre-gore, un truc dément qui colle parfaitement à la musique et à l’imagerie d’ABORTED

Une courte introduction et c’est parti pour une heure de brutal death !!  Le son est violent mais clinique, les musiciens sont plongés dans une lumière rouge aussi urgente que la musique qu’ils déploient. Je suis totalement noyé dans l’univers gore du groupe. La double et les blasts de l’immuable et « facile » Ken Bedene font résonner ma cage thoracique. Les autres musiciens, franc-tireurs de qualité, font le job, statiques au début puis de plus en plus impliqués au fur et à mesure du déroulé des évènements scéniques.

De son côté, Sven fait les cent pas sur la scène. Bourré d’énergie et de rage, il n’hésite pas à se frapper la tête, à grimacer fortement pour appuyer ses voix et ses pig-squeals toujours aussi impressionnants. Les titres s’enchaînent rapidement, la tronçonneuse ABORTED ne bourre pas, elle tranche tout sur son passage, ne laissant que des lambeaux derrière elle. La mini-fosse de l’Ubu s’agite et, si elle ne peut vraiment se lâcher ( du fait de la conception même de cette foutue salle), elle headbangue plus que jamais lorsque les breakdowns viennent l’écraser. 

Le show d’une heure va naviguer principalement entre les trois derniers opus des Belges : « TerrorVision », « Retrogore » et « The Necrotic Manifesto ». Sur la fin, on aura tout de même droit à un salvateur « The Saw and the Carnage Done » qui finira de mettre le feu au public, puis le groupe repartira le sentiment du devoir accompli. J’ai donc vu un ABORTED en grande forme, classique mais ultra-carré et efficace. Je suis en sueur mais heureux comme un gosse devant son premier slasher

Place maintenant à la légende du death suédois, ENTOMBED A.D. Le groupe, né en 2014 du schisme d’ENTOMBED premier du nom, est venu promouvoir son troisième album, « Bowels of Earth », sorti plus tôt cette année. Apparement, le public n’attend qu’eux. Personnellement, c’est moins ma came. C’est d’ailleurs plutôt drôle de voir ces deux visions du death diamétralement opposée… Celle d’ABORTED, extrême, brutale et clinique, puis celle d’ENTOMBED, puissante, sale et presque punk, mais je m’égare. Les Suédois déboulent sur scène sans effet, quelques lumières blanches, et le backdrop affichant le logo du groupe pour tout décor.

Le set est un savant mélange de vieux titres d’ENTOMBED et des dernières productions d’ENTOMBED A.D. ( logique me direz-vous ). D’emblée, je trouve le son cradingue voire vraiment pas très bon du tout. Cela va s’améliorer largement au bout de quelques titres. Sur scène, ça bouge bien ! Les musiciens aux chevelures luminescentes, à faire pâlir Frank Provost, se donnent à fond, heureux d’être là.

Le contraste vient des deux anciens : l’efficace batteur Olle Dahlstedt et l’inénarrable LG Petrov au micro affichent quant à eux leur plu beau crâne dégarni. Ce dernier, plus dégueulasse que jamais, tel un clochard qu’on viendrait de tirer de son duvet, déborde de bonhommie. Il sourit, boit des bières, rote et fait des blagues à l’assemblée entre deux vocaux éraillés et glaireux dont il a le secret…

Mais c’est quand le groupe entame ses classiques ( « Left Hand Path » en tête ) que la sauce semble le mieux prendre. L’énergie se transmet au public qui répond chaleureusement à cette bonne humeur qui se dégage du groupe. De mon côté, je reste un peu mitigé, le son me déplaît mais j’aime l’énergie punk. Pendant une bonne heure, le groupe va continuer de dérouler son set, sans relâche et visiblement devant un public de plus en plus convaincu.

Et voilà ! Trois concerts aux nuances différentes, voguant entre nostalgie, folie furieuse et efficacité, pour une nuit de plaisirs extrêmes. Et encore une belle soirée qui s’achève sous le ténébreux ciel breton. À quand la prochaine ?

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