[ Chronique ] PÉNITENCE ONIRIQUE – Vestige ( Les Acteurs De L’Ombre )

Il y quatre ans, la première offrande de PÉNITENCE ONIRIQUE, « V.I.T.R.I.O.L », proposait aux voyageurs morphéiques une initiation, un questionnement sur la mort et l’au-delà. Après bien des combats qui ne l’ont pas pour autant terrassé, cette hydre bicéphale a mué, a muté jusqu’à déployer six nouveaux bulbes dentelés, bien décidé à étendre son univers, à prendre possession de nos rêves et de nos mémoires avec un nouvel opus bien-nommé, « Vestige ».

Sans modifier la formule qui fait son essence sonore, PÉNITENCE ONIRIQUE revient pour délivrer un metal noirci, nyctalope et carboniphage. Brut et complexe mais nullement dénué d’émotion, il vient étendre son ombre là où le pécheur se noie. N’ayant pas eu accès aux textes, ni à une quelconque présentation de l’album, je n’ai pu et n’ai pas non plus eu la volonté de me plonger dans le concept initial. Néanmoins, j’ai cru comprendre qu’il y avait quelque chose autour de l’expurgation d’anciens contes, d’anciennes féeries vidées de leurs sens, détruites par des esprits étroits et des mains pudibondes.

Pour ma part, j’ai donc préféré m’attacher à autre chose et vous donner ma lecture personnelle de l’oeuvre : celle de la musique et du visuel l’accompagnant. J’ai décidé, et veuillez m’en excuser si parfois je m’y suis égaré, de m’en tenir à mes simples impressions et mes propres ressentis.

La première vision que j’ai eu de l’oeuvre est ce vieil homme au caractère mytho-poétique voire homérique, le regard vide, accablé par l’âge et l’expérience. Sa peau apparaît ridée, tannée, creusée par la salinité d’un ressac lacrymal trop souvent éprouvé. Animé d’une faible nitescence, mirage d’une toison dorée tant adulée, tant désirée, cet Argonaute érodé n’est plus que le reflet du héraut qu’il était, son vestige

Je me dis : peut-être a-t-il connu cette Lyse dont le corps est désormais gelé ? Peut-être a-t-il également rencontré ces Misérables Sirènes ? Peut-être encore a-t-il visité la Cité des Larmes et goûté l’Extase Exquise ou la Souveraineté Suprême ? J’ai ici pu faire beaucoup de conjectures, en lire et en entendre, mais j’ai surtout senti beaucoup de nostalgie et de désillusion… Chaque chapitre sonore de cette triste et crue épopée me semble n’être qu’un fragment mémoriel de l’homme abattu, ruiné et saccagé par son vécu, par ses amours, ses haines et ses peurs.

D’une mélodie, plénitude nostalgique, monte l’angoisse saturée, l’impuissance face à la douleur du souvenir. Les guitares, telles des voix posthumes, se superposent pour ne former qu’une vaste étendue, qu’un immense océan d’incertitude et d’amertume. Chaque coups frappés, chaque changement de ce rythme intense et soutenu ne fait alors qu’augmenter l’urgence. L’homme tente d’échapper aux ruines de son passé, de se débattre pour ne pas le revivre, il ne veut pas voir et tente de se voiler la face, une dernière fois.

De ce marasme, une voix surnage, d’un cri raillant le monde ou d’un dernier souffle de d’espoir, les pieds pris dans cette vase opaque, l’homme lutte contre l’oubli et prie pour oublier une vie gâchée, massacrée par le chagrin et la violence quotidienne.

Pris dans le piège sonore crée par PÉNITENCE ONIRIQUE, engoncé dans cette cage mentale, j’ai subi « Vestige » comme on peut subir une séance de fétichisme, c’est à dire avec un consentement total et une volonté de souffrir ou du moins d’expérimenter la souffrance ( dans le bon sens ). Je me suis alors retrouvé forcé à me regarder et à regarder l’Homme dans un miroir, reflet aussi didactique émotionnellement que les « contes » sur lesquels l’opus est sensé se baser…

 

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