[ Chronique ] CATTLE DECAPITATION – Death Atlas ( Metal Blade Records )

Depuis plus vingt ans, inlassablement, CATTLE DECAPITATION hurle la fin de notre monde, la fin de notre nature. De lanceur d’alerte, le groupe s’est peu à peu transformé en érudit de la cause écologiste puis en véritable collapsologue. Une évolution qui colle parfaitement, et plus que jamais, à l’actualité et à sa progression musicale que je qualifierai d’hyperbolique. En effet, depuis sa création et depuis l’intérêt que je porte à la formation, j’ai à chaque nouvelle production cette sensation d’amélioration permanente et logique, sans pour autant un sentiment de recherche constante et nocive de perfection. C’est même plutôt l’urgence et la panique qui imprègnent l’opus…

« Death Atlas » n’est, et vous l’aurez compris, pas une révolution en soi. Il reprend les mêmes bases et les mêmes codes, la même patte crée par le groupe et désormais reconnaissable entre mille. Et la bande-son évocatrice de l’engagement des musiciens est extrême et féroce comme elle l’a rarement été. On y est introduit par des voix robotiques vociférant des inepties scientifiques dans des haut-parleurs, l’alerte est donnée, les lumières pourpres, rouges sanguinolents tournoient.

Le rythme effréné, saccadé et changeant vient affronter l’homme et son entendement. Les riffs millimétrés, totalement maîtrisés mais puissants, continuent ce travail de sape et accentuent encore un peu plus le sentiment d’affolement, ce sauve-qui-peut inexorable face à la mélasse brûlante et bruyante des différents métaux utilisés ici. Les morceaux défilent, viennent se fracasser tapageusement contre l’esprit humain comme des plaques tectoniques qui s’entrechoquent. Toute cette violence déployée oblige l’auditeur à un examen de conscience sur sa propre contribution à la dévastation de notre planète. 

Une fois encore, je suis obligé de m’arrêter sur le chant de Travis Ryan impressionnant par ses qualités et ses variations. Du gargarisme classique aux mélodies hurlées, haut-perchées dans un style unique, tout est puissant et vivant. Sa voix se meut lente et grave, sous-jacente et destructrice comme une coulée de lave ardente puis elle jaillit en geysers de cendre et de soufre. Il est le Metatron de cette symphonie géologique, de cette symphonie de l’extinction qu’est « Death Atlas ».

Il apparaît alors clair qu’ici le groupe souhaite juste remettre l’Humanité à sa place, à son insignifiance, nous rappelant encore et encore que dans ce grand schéma, notre espèce n’est qu’une pensée éphémère et que l’univers trouvera toujours un moyen de se purger.

CATTLE DECAPITATION ne promet donc plus rien car il n’est plus temps de tirer la sonnette d’alarme, il n’y a plus d’espoir à offrir, le monde est déjà mort. Ryan et sa bande ne nous offre que le retour d’une peste plus noire que jamais, que la fin de tout, des cieux aux sols, que l’extinction. Et en tant que fervent militant pour l’extinction volontaire de l’Humanité, je ne peux que m’en réjouir…

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