[ Chronique ] THE GREAT OLD ONES – Cosmicism ( Season Of Mist )

Le nouvel album de THE GREAT OLD ONES sortira dans quelques jours chez Season Of Mist, l’occasion pour nous de lui consacrer une semaine spéciale, avec notamment un entretien à paraître et bien sûr une chronique de cette dernière offrande. Et pour mieux encenser nos Grands Anciens, quoi de mieux que deux avis ? Que dis-je avis, deux aveux, deux serments d’allégeance plutôt…

Sly

80 ans après la mort de Lovecraft, le culte rendu à l’écrivain de Providence a désormais largement dépassé le cercle des geeks qui se sont longtemps régalés à se faire peur, comme un secret honteux, de ses monstruosités, de ses complots cosmiques et de ses contes horrifiques.

Aujourd’hui, Cthulhu sort au grand jour pour conquérir le monde, et les Bordelais de THE GREAT OLD ONES, en fanatiques de l’œuvre, nous plongent une nouvelle fois dans les plus fameuses histoires de la littérature fantastique américaine. Avec « Cosmicism », chaque titre offre la possibilité de rencontrer une des créatures de sa mythologie, baignant dans une atmosphère glauque, suante, dans les recoins les plus obscurs de nos peurs ancestrales.

Dédié à Yog-Sothoth, « The Omniscient » démarre l’album, et devient instantanément un nouvel hymne de TGOO, la quintessence de leur style black, entre envolée lyrique et beauté glaçante. Avec ses sonorités black traditionnelles et passage plus atmosphériques, « Of Dementia » nous plonge ensuite dans les abysses de l’océan pour y rencontrer son hôte le plus célèbre : le Grand Cthulhu. Un titre qui est traversé par un souffle cosmique, où les couches de guitares, bariolées de sonorités aiguës et tranchantes, démontrent tout l’art de la construction des Français. « A Thousand Young », le morceau le plus long de l’album, dresse le portrait de l’innommable Shub-Niggurath, la chèvre noire aux mille chevreaux. Véritable invitation au Sabbath, le titre tout en tension, mène à la transe…

Voyage dans les profondeurs froides de l’espace, ou plongée dans les abysses, THE GREAT OLD ONES a visiblement de plus grandes ambitions pour une musique dense et à la fois limpide, calquant ses ambiances sur les diverses atmosphères des nouvelles de Lovecraft. Et le résultat est inflexible et irrésistible : leur oeuvre musicale transporte, grâce à des courts passages plus progressifs ou des solos immersifs qui parasitent notre cortex, ouvrant sans doute quelques portails intergalactiques vers les prochaines évolutions musicales du combo.

Julius :

Dans le cosmos s’éveille un humain, être virevoltant dans le vide intersidéral. Bientôt, il sera rattrapé par les bruits, à la fois clairs et embrouillés, flous. Puis, le vide se remplira de sons bruts et envoûtants, se superposant à la galaxie. Habitué à ne vivre que dans son microcosme bouillonnant et poussiéreux, son cloaque puant et sans intérêt, cet amas de créatures sommaires appelé Terre, il est primitif et nombriliste, il n’est qu’un caillou dans une chaussure. Dans cet océan infini, il est minuscule, éphémère et égaré.

De l’inexorable et rampant Nyarlathotep, au polymorphe Shub-Niggurath, chaque chapitre sonore exposé à cet humain par les serviteurs des Grands Anciens, détaille le portrait aussi puissant qu’hypnotisant d’une entité inter-galactique qui gouverne et influence le Vide. De cette brumeuse et effrayante galerie émerge une force incommensurablement dure et noire, étouffante et parfois difficile à entendre pour le misérable, ignorant et impuissant être humain. Sous son regard hébété défilent alors des formes de vie omnipotentes, des perspectives terrifiantes, anciennes et modernes à la fois, des cris et des distorsions révélant le nouvel âge des ténèbres à venir.

Les serviteurs des Grands Anciens le font succomber à la dévotion et à la folie. Ils apposent définitivement leur patte sur l’univers ( lovecraftien ), apportant une texture inédite au cosmos, y décrivant l’insignifiance, le vide intersidéral et asphyxiant, explorant le continent outre-noir comme personne ne l’a fait jusqu’à maintenant. « Comicism » force ainsi à l’humilité, à reconnaître l’inconsistance de l’Homme, à rappeler que l’Humanité n’est que le linge sale de Carcosa.

Une fois tout cela intégré et digéré, les portraits se meuvent puis se détachent pour former des invocations sonores emplies de mélopées et de symboles. Ils sont la synthèse de l’immensité, du néant, hors de tout manichéisme et de toute morale terrestre. L’humain est alors assailli, pris de vertige, mais il n’y pas d’alternative. Il ne reste que l’abandon, la submersion, puis l’adoration…

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