DOCTOR LIVINGSTONE – « Triumphus Haerectici »( Osmose Productions ) note : 8/10

« DOCTOR LIVINGSTONE est unique. DOCTOR LIVINGSTONE n’a pas besoin d’arguments de vente. DOCTOR LIVINGSTONE n’en a rien à foutre car c’est un super héros, et le monde attend son avènement. »

Voilà une entrée en matière pour le moins « sympathique » me direz-vous mais qui, au bout du compte, reflète assez bien l’approche musicale et artistique de l’oeuvre de DOCTOR LIVINGSTONE. Ces trois sentences seront donc à garder en tête durant l’écoute de ce « Triumphus Haerectici ».

Constitué il y a une dizaine d’années avec des bouts de VERDUN, de SEKTENTUM et d’ex-ARKHON INFAUSTUS, le quintette a déjà vu de l’eau couler sous les ponts mais n’a pas choisi la facilité pour autant avec ce nouvel opus aussi « cru » que difficile d’accès. Preuve en est le premier titre sobrement intitulé « Triumphus Haerectici » et ses 16 minutes entre bidouillages électro et percussions rituelles. Une introduction un peu dure à digérer, le truc le plus anti-commercial depuis la saga des Rougon-Macquart ou « Illud Divinum Insanus » de MORBID ANGEL. Heureusement dès « Lux Delenda Est «  on rentre dans le vif du sujet avec un missile « black-core » frontal et ultra-agressif.

D’emblée, ça blaste à tout-va, les mélodies sont efficaces et hypnotiques, le son est clair mais terriblement « raw », une énergie très hardcore en fait alors que la musique se veut plus ancrée dans le black, au moins pour la première partie de l’album. Mais en bon connaisseur de la musique metal, DOCTOR LIVINGSTONE aime à surprendre et à varier les plaisirs en jouant sur les rythmiques, les vocaux tantôt black, tantôt hardcore, tantôt mystiques et surtout sur les ambiances liturgico-guerrières. Les nappes de claviers sont lugubres, les riffs répétitifs, épiques, les breaks se veulent incantatoires et souvent portés par les percussions, les mêmes que l’on a pu rencontrer au début de l’album et qui sont comme un fil rouge au milieu du marasme sonore que la troupe dégénérée assène à son auditoire.

DOCTOR LIVINGSTONE attaque donc fort et ratisse large, il se libère des contraintes, il brise les chaînes stéréotypiques en travaillant sur plusieurs teintes, n’hésitant pas à mélanger les couleurs pour peindre le tableau qui convient le mieux à ses humeurs. Le travail sur les guitares, les rythmes de batterie et la recherche de sons sont indéniables. On se retrouve alors balloté entre black hargneux et hardcore teigneux baigné de sauce expérimentale, le groupe ne (con)cède rien et ne (re)nie pas ces influences réussissant à les intégrer parfaitement à sa musique.

C’est à partir de la moitié de l’album que le groupe mute et devient moins rentre-dedans mais plus inspiré. Laissant libre-court aux vibrations des titres, la composition se débride sans pour autant devenir incohérente, rien ne choque, tout coule de source et on plonge tout entier dans l’univers et les influences de DOCTOR LIVINGSTONE. La superbe fin de « The Muck of the Land », ses percussions, son riff cathartique, sa mélodie poignante soutenue par un chant hurlé mais bourré d’émotion, tout y est. Le très hardcore « Fuck You With A View », la sublime montée post-rock de « The Grand Finale (Fin de l’ordre) » ou le rythme black-samba de « I’ll Have Some More Apple Pie Please » démontre que les montpelliérains maitrisent leur sujet mêlant leurs expériences pour mieux recréer quelque chose d’unique et de puissant sans tomber dans l’incongru. Le groupe livre ici une musique passionnante, laissant l’auditeur assoiffé et dans l’attente de savoir ce qui se cache la minute d’après, un peu comme dans la vie en somme. Extrême dans sa vision des choses, frais mais dur, inspiré mais pas bordélique, sans faire de différence, « Triumphus Haerectici » est capable de rassembler sous son étendard tous ceux qui apprécient la musique extrême en général et c’est bien là que le groupe réussit son coup.

Mais n’oubliez pas que de toute façon, DOCTOR LIVINGSTONE n’en a rien à foutre car c’est un super héros, et que le monde attend son avènement.

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