[ Chronique ] CHELSEA WOLFE – Birth Of Violence ( Sargent House )

Deux ans après l’électrisant et puissant « Hiss Spun » ( cf. notre chronique ), on retrouve l’artiste américaine CHELSEA WOLFE avec un nouvel opus baptisé « Birth Of Violence ». Un album qui vient montrer encore une autre facette de la chanteuse, à mille lieux de ce qu’elle nous avait proposé sur ses dernières productions… Ne bougez pas, asseyez-vous, on vous explique !

Comme vous avez dû le remarquer, CHELSEA WOLFE marque chacun de ses albums de son empreinte, de sa voix indélébile, mais ils introduisent également et systématiquement de nouvelles textures et de nouveaux passages dans les méandres de sa créativité. Tant est si bien qu’au fil des albums, l’artiste n’a eu de cesse de faire grandir ses sonorités et sa manière d’appréhender son art, choisissant des productions beaucoup plus rock d’abord puis beaucoup plus metal par la suite.

Avec « Birth of Violence », CHELSEA WOLFE revient vers une atmosphère beaucoup plus intime et intimiste, un album composé dans la solitude de sa maison californienne et enregistré par Ben Chisholm qui est aussi responsable des discrets arrangements électroniques, synthétiques ou organiques. Si quelques contributeurs comme Jess Gowrie et Ezra Buchla viennent saupoudrer de-ci de-là les titres, soit d’une batterie, soit d’un violon alto… Pour le reste c’est armée de sa seule guitare acoustique et de sa voix que Miss Wolfe se laisse aller à ses divagations folk qui sonnent à mes oreilles comme une sorte d’ode aux naufragés de la route, un refuge pour clochards célestes.

 

Dès les premières secondes de « The Mother Road », on se retrouve plongé dans ce road trip intérieur jonché des pensées, des sentiments et des réflexions de son protagoniste principal. L’artiste semble vouloir revisiter les thèmes classique de la folk américaine à travers le prisme wolfien, c’est-à-dire avec une énergie féminine extrêmement forte, une défiance face au patriarcat et à l’hostilité de la société moderne et, selon moi, une sorte d’hommage à une Beat Generation qui aurait basculé dans le gothique. Les thèmes abordés sont d’ailleurs issus de ses pérégrinations passées et présentes : hymne à la Route 66, épuisement perpétuel, désir d’enracinement, vagabondage psychédélique, fusillade dans les écoles, empoisonnement de la planète, etc…

Ce retour au minimalisme et à la nature recluse de son art crée une dichotomie salvatrice par rapport à ses enregistrements précédents, et cela m’a fait du bien. Cette musique si aérée mais d’une densité monstrueuse a eu un fort impact sur moi, car je retrouve une Wolfe toujours aussi gracieuse, fiévreuse et fantomatique mais isolée, privée du contenu sonore luxuriant qui me cloisonnait à l’état de nuée. Ensorcelé par sa voix et magnétisé, envoûté par les atmosphères de Chisholm, pour la première fois, j’ai eu le sentiment de me retrouver en tête à tête avec elle, dans un entre-soi murmuré, j’ai eu la sensation que c’était à mon oreille qu’elle chuchotait, que c’était pour moi qu’elle jouait, que ces mots sensibles et perçants n’étaient destinés qu’à moi… et c’était magnifique.

 

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