SHINING à Nantes : black metal et décadence…

Lorsque l’on parle du groupe suédois SHINING, on pense immédiatement à ses images du chanteur baladant sur sa langue râpeuse une lame de rasoir ensanglantée, mutilant ses bras et choquant l’auditoire de ses diatribes vénéneuses. Chose qui, je l’avoue ne m’a pas forcément séduite lors de la découverte du groupe mais qui m’a par la suite fait réfléchir et remis en tête l’essence du black metal : cette profonde envie, ce profond besoin de ( se ) nuire, de se détruire , de détruire l’humanité telle que nous la concevons et de le faire avec une certaine médiocrité mais aussi avec un certain panache. À titre d’exemple, la dernière fois que j’ai vu SHINING en salle, Kvarforth était malade à crever, il peinait à chanter, et avait fini par écourter le set sans s’excuser avant de vouloir se battre avec un fan. On peut donc s’attendre à tout mais à rien qui ne tirera vers le haut.

En tout cas, en ce vendredi soir, je suis prêt à me laisser envahir par cet ennemi, par cette horreur et ce dégoût, par la beauté sadique et la fatalité séduisante… Bref, j’ai soif de décadence.

C’est donc une bière à la main et l’esprit perturbé que je me pose devant la seule première partie acceptée par le capricieux Kvarforth pour cette tournée : les Slovènes de SRD. Clairement, je ne connais pas et je pense que peu de gens ce soir connaissaient. Le groupe verse dans un black metal puissant et progressif, qui n’est pas sans rappeler SHINING mais avec la gueule enfarinée en plus. Les compositions sont « classiques » mais plutôt efficaces et agréables. De plus, le son est plutôt bon, les guitares et les mélodies ressortent bien. Je trouve le chant plutôt intéressant avec des cris mais aussi des voix un peu plus claires et atypiques ( après écoute de l’album, il se révèle que le chanteur devait avoir des problèmes de puissance vocale qu’il palliait en faisant des voix plus claires ). Un joli coup tout de même et une bonne mise en jambe pour petits protégés du ‘sieur Kvarforth.

En parlant du loup… Il ne se prive pas de nous rappeler sa présence puisqu’on le retrouve dans le public, bouteille de Jack Daniels à demi vide dans la main, il harangue le public avant de le traiter d’idiot ou d’abruti car il ne réagit que mollement à SRD… Voilà, voilà !

Quelques minutes d’alcoolisation plus tard et nous pouvons passer ( n’en déplaise à Niklas ) au seul groupe vraiment attendu ce soir : SHINING. Le groupe débarque fougueusement sur « Ytterligare Ett Steg Narmare Total Javla Utfrysning » et c’est parti pour le Kvarforth Show !! On sait que le chanteur est une véritable bête de scène, charismatique et complètement allumé mais il est aussi un ennemi pour les premiers rangs, un nuisible extrêmement coriace, un peu comme le gremlins à crête blanche : une teigne. Et ce soir il semble plutôt en forme, le regard plein de vice, il s’en donne à coeur-joie : tirage de cheveux, bave et crachats, alcoolisation forcée, insulte et j’en passe. Vocalement c’est puissant et malsain, c’est fou de voir à quel point il incarne parfaitement l’état d’esprit suicidaire et maniaque qu’il prône dans ses textes.

Côté musiciens, ça se la donne aussi mais beaucoup plus discrètement, même si le bassiste et sa boule à zéro n’hésite pas lui aussi à taquiner un peu le public tandis que les guitaristes font le job, propres et discrets.  Côté set-list, SHINING va principalement balancé des titres issus des deux derniers albums du groupe ( « X – Varg Utan Flock » et « IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends » ). Le son aussi est plutôt bon, même si les passages clairs me font parfois un peu grincer des dents, comme si ils sonnaient un brin faux, ou en tout cas largement en deçà de ce à quoi je m’attendais. Après un « Låt Oss Ta Allt Från Varandra » et un « For The God Below » épique, Kvarforth se barre et le groupe reste pour serrer quelques mains… Le show n’aura duré étonnamment qu’une petite heure. Certains s’en plaignent, d’autres réclament des rappels mais c’est bel et bien fini !

Court mais intense, le show de SHINING a parfaitement fonctionné sur pour moi, j’ai été complètement happé par l’énergie noire du groupe. Le chaos injecté dans mon esprit, je marche alors lentement sur les quais, fuyant la lumière des néons agressifs et des musiques colorées des endroits de fête, comme soumis à l’obscurité, incliné devant l’Ennemi victorieux.

 

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