[ Chronique ] FULL OF HELL – Weeping Choir ( Relapse Records )

La découverte d’un groupe comme FULL OF HELL a eu tendance à me rassurer dans mes convictions, à me rasséréner dans ma vision globale et dans mon amour de la musique dite extrême… En effet, ce quatuor que je m’engage à définir comme un groupe de grindcore arrive à chaque fois à me surprendre et à me faire me remettre en question sur mes certitudes musicales. À priori, personne ne s’en rendra compte étant donné qu’à l’écoute, l’auditeur lambda n’entendra qu’un simple album de grindcore édulcoré à la noise voire pire, il n’entendra peut-être qu’un brouhaha insupportable et extrêmement dérangeant pour ses pavillons non-avertis. Mais FULL OF HELL c’est plus que ça !

Je m’explique : le quatuor américain ne fait pas les choses comme tout le monde. Déjà, il sort beaucoup de musique et collabore avec tout un tas d’artistes ( MERZBOW, THE BODY, CODE ORANGE, NAILS, LINGUA IGNOTA… ). Ensuite, il ne verse pas dans le grind rigolo, porn ou pipi/caca, il ne donne pas non plus dans le grind à tendance politique. FULL OF HELL, à travers sa musique, ne cherche qu’à amener l’Enfer à votre esprit, et à incarner une folie extrême et sans rémission possible. Sa démarche n’est pas d’impressionner par la technique ou la violence, ou de choquer par les images ou les mots. Il ne cherche pas le sensationnel mais la sensation. Sa démarche est de créer pour ne pas se consumer. Sa démarche est d’expulser cette haine qui nous habite, de cracher ce feu qui brûle rétine et cornée, d’évacuer cet acide et cette noirceur qui rongent os, tripes et neurones.

Avec « Weeping Choir », son nouvel album, le groupe continue d’ailleurs parfaitement sur cette lancée. Qu’elle soit musicale en proposant une combinaison des éléments les plus extrêmes du hardcore, du métal et de la noise dont le seul but est de précipiter l’auditeur dans un abîme sans lumière, ou qu’elle soit plus cérébrale en donnant à sa musique une dimension cathartique, quasi-religieuse, cette œuvre semble vouloir redéfinir brutalité et obscurité dans un grand (mais court ) marasme polychromatique.

Une batterie sulfateuse, des guitares rapides et distordues, de la noise menaçante, une voix inhumaine : pas de doute c’est bien du FULL OF HELL. Je ne vais donc pas m’éterniser en descriptions inutiles. Car de « Burning Myrrh » à « Cellar Of Doors », il n’y a rien à jeter, c’est un assaut cohérent, varié, imparable et implacable. On notera le riffing totalement dément de Spencer Hazard, noircissant et salissant tout ce qu’il touche tel un Midas torturé ; mais capable aussi de rendre hommage à ses pairs ( des relents d’AT THE GATES sur « Ygramul the Many », un fond de CANNIBAL CORPSE sur « Silmaril » alors que « Aria of Jewled Tears » rappelle ANAAL NATHRAKH ).

Enfin le plus fou ici reste la voix de Dylan Walker. Son chant est un mélange de cris aigus et tranchants comme des lames de rasoir, de hurlements graves, de gargouillis, de vomissement gutturaux. Un miasme terrifiant et bruyant. Sur des changements de rythme chaotiques et à travers ses vocaux très techniques, il arrive à amener la texture noirâtre, l’agressivité et tout l’état d’esprit cathartique que je décrivais plus haut, il se veut le porte-parole de tous les maux.

Pour obscurcir encore un peu le tableau « Weeping Choir », le groupe utilise une imagerie et des textes à la fois ésotériques et horrifiques qui culminent sur « Armory of Obsidian Glass », le véritable climax émotionnel de l’album. Ce titre de sept minutes se veut beaucoup plus lent et progressif, avec une noise dissonante qui plane au-dessus et un riff monolithique qui vient tel des vagues putrides se briser et éroder les quelques falaises d’espérance qui subsistent. Seule la voix envoûtante de LINGUA IGNOTA émerge de cette insondable noirceur et vient bercer cette lente et longue agonie que nous fait vivre le groupe…

Pour conclure, je dirai que FULL OF HELL est comme un diamant noir et multi-face : brut, dur et pur. Avec un « Weeping Choir » court, cohérent, d’une grande diversité stylistique et artistique, le groupe ( me ) convainc de plus en plus et ( me ) prouve qu’il n’en a pas fini avec son art, qu’il peut encore évoluer et affiner son propos sans se compromettre. À la différence de nombreux groupes de grindcore, son point fort est et restera sa volonté de ne pas recréer la même œuvre sonore à chaque fois et donc de maintenir tout son intérêt. Vivement la suite !

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