[ Report ] AUTHOR & PUNISHER + LINGUA IGNOTA => Nantes, Le Ferrailleur / Montpellier, Le Black Sheep

Cette semaine, nous avons la chance de suivre la tournée réunissant LINGUA IGNOTA et AUTHOR & PUNISHER… Cette affiche inédite et plutôt décalée a réussi à donner des airs de Roadburn au Hangar à Banane et à transformer, le temps d’une soirée, la cave du Black Sheep en chapelle clandestine… Retour donc en quelques mots sur ses deux soirées pour le moins déroutantes.

 

Le Ferrailleur, Nantes, 15 Avril 2019

La proposition artistique de Kristin Hayter, la seule personne derrière LINGUA IGNOTA, se veut diamétralement opposée aux attentes d’un métalleux venu ce soir au Ferrailleur. En effet, la chanteuse et musicienne, ne verse définitivement pas dans une quelconque musique énergique mais bien dans un son ambiant teinté de noise, tout est axé sur sa voix et sur quelques accords de piano. 

Une lampe l’accompagne, un phare dans la nuit, dans les images de paysages enflammés diffusés derrière elle, l’atmosphère est lourde. On entend la voix, on suit la lumière comme le nouveau messie, elle se déplace, passe dans le public, fantomatique, liturgique, puis s’écroule dans un râle de souffrance. Elle restera ainsi quelques minutes avant de se relever, de nous relever. Le piano reprend, la voix s’adoucit, on suit toujours cette lumière et ce feu qui brûle inlassablement.

Côté musique c’est son dernier album, l’excellent « All Bitches Die » qui est mis à l’honneur et égrainé lentement, sûrement. On a même droit à une reprise de « Jolene » ( Dolly Parton ). Et voilà, un peu plus de trente minute de set et on est psychologiquement éprouvé. Lorsque l’artiste quitte la scène, elle laisse comme un vide en chacun de nous, un paysage intérieur dévasté qui fait écho aux forêts dévorées par les flammes que l’artiste nous a donné à voir pendant son show.

La force de LINGUA IGNOTA est d’arriver à vous embarquer, à tempérer vos émotions. De sa seule voix peut advenir beauté ou chaos, son verbe est une hache, une épée prête à s’abattre ou une main tendue, brûlante de mille feux. LINGUA IGNOTA peint un tableau intime et plein de pessimisme, de rage et de chagrin inaltérable. Impressionnant.

 

Le Black Sheep, Montpellier, 17 avril

AUTHOR & PUNISHER, signé chez le puissant Relapse, est un one-man-band venu d’un monde futur, une dystopie où la musique fusionne avec nos sens. Ces bras incrustés dans une mécanique sonique, l’auteur de « Beastland » ( cf. notre chronique ) articule sa machine comme un robot cyborg, avec un micro géant porté comme masque devant son visage au crâne rasé. Le Black Sheep, après la prestation époustouflante de grâce et d’émotion de LINGUA IGNOTA, a décollé en apesanteur avec un set de doom industriel, pionnier d’un genre où l’homme devient machine, à la fois rempli de pulsions soniques prête à faire plier n’importe quelle nuque de headbanger metalleux , et convaincre l’aficionado de soundtrack de Matrix ou Blade Runner 2049. Originaire de San Diego en Californie, Tristan Shone, ingénieur en mécanique, a su lier sa passion pour les sciences et les arts pour produire une musique littéralement hors norme qui a pris aux tripes le public montpelliérain. Placé derrière ses machines et ses contrôleurs, chacun de ses gestes produit un son massif, dans une parfaite maîtrise, communiquant peu à peu son groove lent et mécanique au public, subjugué, qui réagit de plus en plus à l’agressivité et la froideur de l’ensemble avec délice. On s’attend presque à voir accrocher à la tempe moite du musicien un implant neuronal comme dans un roman de William Gisbson ou être invité à voir le même show dans un siècle sur l’anneau de Saturne. Surréaliste, notre joueur de drone mécanisé sort ses tripes, et sur des titres fluides comme« Nihil Strength », la B.O. d’un cauchemar urbain, prend la forme en live d’un narcotique lancinant menant inévitablement à la transe son public.

Si avant le concert, vous aviez réussi, à force d’écoutes répétées, à passer la sensation d’affronter un mur de son infranchissable, pour finalement être séduit par les deux univers complètement originaux de LINGUA IGNOTA et AUTHOR & PUNISHER, alors vous n’avez certainement pas regretté d’avoir assister à cette tournée au charme inédit, et d’avoir pris en pleine face deux très belles claques au conformisme ambiant.

 

Auteurs : Julius & Sly

Merci à Muriel de What The Fest. Prod. et au Ferrailleur.

 

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