[ Chronique ] BRUTUS – Nest ( Hassle Records / Sargent House )

Aujourd’hui, je suis plutôt enjoué de pouvoir vous parler du trio belge de BRUTUS. Le groupe est vu comme une véritable force vive et un porte étendard du post – hardcore européen depuis la sortie de son salué premier album, « Burst ». Malgré tout cela, on ne peut pas dire que les Belges se soient endormis sur leurs lauriers puisqu’ils n’ont cessé de tourner dans le monde entier ( avec notamment CHELSEA WOLFE et RUSSIAN CIRCLES ). Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est bel et bien cette deuxième livraison attendue par le plus grand nombre et déjà vue par certains comme la sortie de l’année ! C’est là que je dis attention car, comme toujours, la question se pose : sera-t-il à la hauteur de son expectation ? 

Avec son premier album et sa formation atypique, le groupe était arrivé comme un souffle d’air frais, comme une respiration ( profonde ) dans le monde du post-hardcore grâce à des titres puissants mêlant l’urgence du punk-hardcore, le côté vibrant et hypnotique du post-rock et la voix sublime de sa chanteuse-batteuse, Stefanie Mannaerts. À ce titre, « Burst » était donc une claque absolue, un brulôt bourré d’énergie. 

Mais avec « Nest », le trio semble vouloir revoir sa formule en lui apportant encore plus de personnalité. Le résultat sonne nettement plus lourd dans la musique comme dans le ressenti, mais également plus mélodique et plus élaboré. On y retrouve bien sûr la base de BRUTUS : Stefanie, la vraie star du groupe, superbement mise en avant grâce à une prestation vocale incroyable, pleine d’émotion, de doux murmures et d’urgence absolue. Et quand on entend ses parties de batterie puissantes, tribales et rock à la fois, on se dit qu‘elle est tout à fait à sa place. À la fois métronome et métatron, elle excelle, elle donne l’impression d’insuffler toute son âme à la musique.

Si elle est clairement le point central de BRUTUS, ses collègues Stijn Vanhoegaerden (guitare) et Peter Mulders (basse) ne sont cependant pas en reste et complètent parfaitement ce triangle magique avec des riffs mélodiques omniprésents, très axés post-rock, et des lignes de basse dynamiques. Un équilibre délicat entre inquiétude, mélancolie, fougue, et pulsion agressive. Le tout sonne juste ultra-organique, brillant et plein de nuance.

Et c’est là que réside toute la force du trio : il vous renverse !! D’emblée, « Fire » fait tout voler en éclats, éclabousse tout au hardcore, la basse puissante de Peter râcle frénétiquement le sol pendant que les guitares post’ de Stijn peignent le tableau. Haut dans le ciel les voix de Stefanie transpercent tout ce qu’elles atteignent dans une sorte de combinaison impitoyable entre Bjork et Julie Christmas… Tout s’enchaîne rapidement, le rythme est effréné, les guitares font rage, les mélodies ardentes et intenses de « Django » percutent et bousculent « Cemetery » jusqu’à saisir « Techno ». Puis, « Carry » vient modérer le propos et calmer les esprits, offrant une teinte plus mélancolique et plus tendre…

Dans cette même veine, un des titres les plus prégnants restera, selon moi, « War ». Stefanie y chante avec tout son cœur, tous ses sentiment, sa voix tremble de pitié et s’envole toujours plus haut dans la rage alors qu’elle détruit son kit dans une dernière furie, ce raz-de-marée d’émotion consumant tout autour sur son passage. Enfin, la berceuse mélancolique « Sugar Dragon » fait redescendre doucement la pression, se tourne vers l’introspection avant de s’ouvrir sur de vastes étendues post-rock, clôturant ainsi l’album de manière grandiose et aérienne.

Au final, je trouve ce second album franchement réussi, ni trop long, ni trop court, intense et foncièrement humain. Il me donnerait même envie de plus, me donnerait presque envie que le groupe aille plus loin dans cette démarche. En soi, « Nest » est un disque parfaitement équilibré et maîtrisé. Il est un élan d’énergie, de passion, de guitares écrasantes, de percussions et de chant héroïque. Tout ce qu’on attendait de lui mais avec une qualité et une émotion que l’on ne retrouve que chez une poignée de groupes… Avec « Nest », le trio offre pléthore d’instants de douceur, une beauté éphémère qu’il arrache et met en pièce quelques secondes plus tard avec fracas

Honnêtement, je peux aisément vous affirmer que BRUTUS ne se trahit pas, BRUTUS ne se fourvoie pas en s’essayant à ce qu’il ne sait pas faire. Au contraire, BRUTUS a réfléchi, a canalisé son énergie, s’est servi des ses forces et des expériences qu’il a accumulé ces dernières années pour créer cette superposition savante, spirituelle et terriblement personnelle de punk vertigineux, d’émotion métallique et de douceur pop’. Touché. Coulé. Impact garanti.

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