[ Chronique ] DREAM THEATER – Distance Over Time ( InsideOut )

Avec plus quatorze albums au compteur en plus de trente ans de carrière, les légendes du metal progressif DREAM THEATER ont déjà beaucoup dit et fait mais ne semblent pas pour autant vouloir ralentir le rythme effréné et quasi-inhumain de leur sorties puisque c’est avec un tout nouvel album baptisé « Distance Over Time » que les Américains reviennent…  Après le concept album épique de « The Astonishing », qui avait suscité des réactions vives et mitigées que ce soit du côté des fans comme du côté de la critique, le groupe a choisi d’emprunter une autre voie et de se concentrer cette fois sur les valeurs fondamentales, sur l’essentiel : le groupe, le riff. À ce titre, cet album sonne comme un retour aux racines organiques. DREAM THEATER remet en avant l’alchimie dans la création musicale, au même titre que l’harmonie entre les instruments.

« Distance Over Time » est un album à la production dense, luxuriante, équilibrée et raffinée, avec beaucoup d’effets. Chaque instrument sonne clair et bien en place. De même, et cela risque de décevoir toute une frange de sa fan-base, DREAM THEATER a rendu les choses plus lisibles en ne se perdant pas dans des structures à rallonge. Le groupe a choisi de décomposer, de réduire, de condenser ces idées en des efforts plus ciblés. Certains diront peut-être que le contenu technique est en de-çà de ce que le groupe est capable de produire et de mettre en place mais pour ma part, je trouve ça plutôt agréable de renouer avec ce côté frontal et moins alambiqué. Je trouve que ce regain de fluidité s’équilibre d’ailleurs très bien, voire même qu’il met en lumière, les moments sporadiques ultra-techniques, le tout soigneusement agencé pour donner à ces caractéristiques toute leur splendeur. À certains égards, on retrouve un DREAM THEATER très heavy avec des tempos et un groove inimitable.

Et voilà ce que l’on doit retenir : las d’avoir sorti des albums bouffis et distendus, sorte de puzzles irrésolus et insolvables où les individualités prenaient le pas sur l’esprit de groupe, laissant de fait tout aspect mélodique et émotionnel de côté au détriment d’un machinisme musical exacerbé, « Distance Over Time » décroche et se pose comme une avalanche, une abondance de riffs catchy et hyper groovy, soutenu par une section rythmique bien présente et des refrains efficaces.

De « Unterthered Angel », qui pose les bases de ce que sera l’album, jusqu’à la très rock « Viper King », on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. On se prend plutôt à taper de la patte et à headbanguer sur des morceaux comme « Fall into the Light », « Paralyzed » ou encore « Room 137 ».  Avec quelques délires plus turbulents et plus découpés comme « Pale Blue Dot », ou avec la ballade « Out Of Reach » , DREAM THEATER nous propose ici de véritables montagnes russes d’émotions.

La force de l’album se situe dans ces enchaînements entre riffs et refrains puissants sur lesquels se posent les effets vocaux nébuleux et baignés de modernité de James Labrie. L’ensemble se nourrit aussi de ponts instrumentaux saupoudrés des traditionnelles joutes instrumentales entre les guitares de Petrucci et les claviers de Rudess. Ce dernier surprend d’ailleurs par son travail qui est, cette fois-ci, plus feutré, tout en discrétion et en sobriété.

Une grande et belle place est donc faite à John Petrucci qui musarde entre riffing énergique et solos expressifs. Il a réussi à remettre de la sensibilité, de la variation et du relief dans son jeu, illuminant de sa classe l’ensemble des morceaux grâce une approche beaucoup moins technico-technique qu’auparavant. Au même titre, la batterie et la basse, dans l’entrelacement rythmique fluide de l’album, prennent plus d’ampleur et se retrouvent bien souvent mises en avant dans le mix. La basse tantôt ronde, tantôt ronflante reprend enfin ses droits, et la batterie s’impose, clinquante, fine mais athlétique. 

Au final, « Distance Over Time » est un album revigorant, un retour à l’équilibre entre dextérité et exaltation sentimentale, l’un servant l’autre et vice-versa. DREAM THEATER, à l’image de cette inspiration shakespearienne que l’on peut apercevoir sur la pochette ( référence à la dystopie de « The Astonishing » ), semble avoir voulu prendre de la distance par rapport à son ancien lui, ce monstre androïde, transhumaniste huilé de de technique, graissé de mécanisme et pétri de taylorisme. Il a eu envie de relever la tête, d’oublier la froideur technique, les sommes algébriques et de ressentir à nouveau le contact de la peau, de l’organique. Il a eu besoin se réintroduire un peu à la vie terrestre, de revenir à quelque chose de plus progressif, de plus bio-mécanique, de plus humain, pour notre plus grand plaisir.

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