[ Chronique ] TROLLFEST – Norwegian Fairytales ( Napalm Records )

À peine quelques jours après les fêtes de fin ou de début d’année ( chacun y trouvera son compte ) et voici que l’actualité vient déjà reprendre ses droits. Et quoi de mieux pour commencer une nouvelle saison dans le milieu grouillant et fourmillant du metal que quelque chose d’un peu moins sérieux que de savoir si TOOL va finalement sortir un nouvel album cette année, ou encore l’éternel débat pour savoir si le HELLFEST c’est mieux ou moins bien qu’avant etc… ?? Honnêtement, on a toute l’année pour se poser ces questions ( et surtout pour ne pas se les poser ). C’est pourquoi j’ai décidé, pour mon bien-être personnel, de me plonger à corps perdu dans les délires folk de TROLLFEST.

Car c’est en pleine apogée d’activités lutinesque type déballage de sac à sapin, vidange choco-saccharosée et distribution lascive de bons vœux hypocrites que la horde norvégienne a décidé d’ouvrir et de partager son tout nouveau livre de conte baptisé «  Norwegian Fairytales »… Pourquoi j’emploie le terme livre de conte ? Je vous rassure, cela n’est en rien un mauvais jeu de mot avec l’actualité politico-économique de notre cher et tendre pays. C’est juste que TROLLFEST nous revient avec une hotte pleine d’hymnes, de folies folkloriques conceptualisées et thématisées autour de divers mythes et légendes norvégiennes ( d’où le nom de l’album ). Chaque morceau vient donc raconter une histoire distincte issue de l’imaginaire nordique. En cela, l’album a forcément attiré mon attention et a pu inversement dû effrayer le fan de base car c’est un exercice plutôt différent et nouveau pour TROLLFEST qui se voit obligé de mâtiner son côté potache typique avec une gamme thématique beaucoup plus classique.

Musicalement, on ne va pas s’en cacher : il n’y a pas de révolution copernicienne dans la démarche du groupe. On retrouve tous les classiques que l’octette maîtrise désormais à la perfection, que ce soit dans la construction des morceaux qui sont quasiment tous ultra-catchy, ou dans la manière dont sont traités les éléments folkloriques au centre de la musique. TROLLFEST mêle parfaitement la structure rythmique métallique plutôt frontale et les sonorités, les mélodies traditionnelles balkano-nordiques.

Cette fois-ci, le groupe se recentre vraiment autour des mélodies à l’accordéon, au violon hardanger et au saxophone pour créer ses morceaux et tisser ses histoires, le metal servant de toile de fond. Hormis le fil rouge du grain vocal core de Trollmannen qui vient apporter la caution metal, le traitement des voix offre lui aussi pas mal de variations, avec des chants clairs et des chants féminins qui viennent renforcer les histoires et ajouter à la galerie de personnages mythiques présents dans chaque conte.

De plus, les morceaux sont plutôt courts et efficaces. On ne part pas dans tous les sens, on ne prend pas de détours inutiles, on reste sur le sentier balisé de cette forêt sombre et déglinguée. Pour prendre quelques exemples, dès « Fjøsnissens Fjaseri », le morceau d’ouverture très rapide et potentiellement tubesque, on met les pieds dans le plat avec ICS Vortex ( BORKNAGAR / ex-DIMMU BORGIR ) venu chanter en joiking ( technique de chant traditionnel saami ). Puis tout s’enchaîne de manière assez fluide, sans véritable temps mort.

On est balloté au gré des voix féminines de « Fanden Flyr », on fanfaronne au son de « Draugen » ou de « Espen Bin Askeladden », de la puissante « Byttingenes Byttehandel ». Bref, on voyage de personnages en personnages, d’histoires en histoires, des hordes de diablotins aux marins zombifiés jusqu’à la saugrenue évidence du « pourquoi ne doit-on pas donner de l’alcool à des chèvres »… Avec pour aboutissement, une longue épopée nostalgique et hivernale, « Nøkken Og Fossegrimen Spiller Opp Til Midnattstimen », qui m’a laissé un peu confus car moins pertinente, moins percutante et intéressante que le reste. Peut-être la seule petite faute à mon goût.

S’éloignant gentiment des orgies houblonno-maltées de ses débuts, le groupe sort un peu de sa zone de confort avec un concept qui, même si il ne fleure pas l’originalité, permet à TROLLFEST de se trouver une nouvelle manière de s’exprimer, d’exprimer son art, et sûrement de retrouver un peu de ses racines ancestrales… Chose qui colle d’ailleurs parfaitement avec l’emploi du norvégien dans les textes.

Néanmoins, n’ayez crainte, la Fête est toujours de la partie, le véritable état d’esprit du groupe reste inchangé. Rien qu’à en voir les vidéos qui illustrent les titres, vous devriez vous en rendre compte. L’humour, l’énergie et le second degré se révèlent toujours être les forces motrices de TROLLFEST, il se cherche juste de nouvelles inspirations à travers un concept qui fonctionne bien avec sa musique. « Norwegian Fairytales » reste donc un album extrêmement agréable à écouter et à partager entre amis, autour d’un verre ou de plusieurs, sans aucune modération, parfait pour commencer l’année.

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