[ Chronique ] MAYHEM – Grand Declaration Of War re-issue ( Season Of Mist )

En cette fin d’année peu encline aux sorties fracassantes, j’ai décidé de me pencher sur la réédition du « Grand Declaration Of War » de MAYHEM afin de vérifier si, 18 ans après sa sortie, l’album est devenu totalement obsolète ou si, malgré les affres du temps, il possède toujours le même sang glacé, le même goût de souffre et les mêmes qualités intrinsèques qui ont influencé, qui ont en partie contribué à construire ma culture musicale.

Pour rappel, l’album sorti en 2000 était le premier d’un MAYHEM post-réforme, survivant au décès de son fondateur et légendaire guitariste Euronymous. À l’époque, cet opus extrêmement audacieux, original et sans compromis, avait fait grand bruit, subissant de puissantes controverses et divisions au sein de la scène black. Contre toute attente, le groupe y tentait quelque chose d’inédit : ne pas tirer uniquement profit de sa gloire passée.

En effet, MAYHEM avait fait sa petite révolution, déclarant la guerre au metal de l’époque et à la musique en général, refusant la stagnation stylistique et le classicisme ambiant en prenant la voie conceptuelle et expérimentale.

Il dévoilait une œuvre à la production ultra-clinique, au style froid et martial, bien plus complexe qu’auparavant et à l’opposé de l’esprit black metal traditionnel qu’il avait contribué à créer. Ce changement de direction brutal avait fait des ravages dans les rangs de ses fans. Et malgré le succès rencontré auprès des critiques, cet album n’a pas eu le succès qu’il mérite selon moi. Il était donc grand temps de redorer un peu le blason de cet opus mésestimé.

Pour y parvenir, le groupe a décidé de s’attaquer à un des éléments les plus discutés à l’époque : la production. Celle-ci a été remaniée par le talentueux Jaime Gomez Arellano, connu pour son travail avec PARADISE LOST ou encore GHOST et pour son approche chaleureuse et analogique, il dépoussière l’album, le rendant plus accessible, équilibré, organique et lui donnant un son plus profond et raffiné.

Mais je me dois aussi de vous parler du fond ( car je n’ai pas pu le faire à l’époque de sa sortie )… « Grand Declaration Of War » était sensé représenter une vision futuriste guerrière et post-apocalyptique de notre société. C’est un très bon témoignage du partenariat créatif unique entre le compositeur Blasphemer et le chanteur Maniac. Ce dernier est selon moi au sommet de son art, jetant dans la bataille des cris inhumains, des proclamations façon dictateur et des exclamations grandioses. De la même façon, les parties de guitare semblent dissipées mais fondues dans la haine. Les structures des morceaux sont toujours très changeantes, presque inattendues. Le rendu est à la fois viscéral et cérébral, difficile à expliquer.

L’album est d’une profondeur et d’une richesse conceptuelle hors norme. MAYHEM pousse son style dans les retranchements du black et le croise avec un désir d’expérimenter sans bornes. Au final, il faut être relativement ouvert d’esprit pour digérer la bête… Pour essayer de faire simple, il faut que vous oubliiez les notions de structures classiques et plutôt voir l’album comme une entité divisible en deux parties.

La première partie, très militaire, tend à contextualiser et à jouer sur la tension. L’ambiance y est glaciale, austère. Ce sont les cinq premiers titres qui ne forment qu’un bloc plutôt cohérent que ce soit au niveau des mélodies dissonantes, du rythme martial, et l’alternance de parties blastées typiques. C’est le chemin qui mène à la bataille.

Puis à la fin de « ViewFrom Nihil, Pt. 2 », on entend une explosion, et le silence. Enfin, une voix s’élève, un murmure noyé de désespoir qui ouvre le bal des conséquences. On est alors plongé dans un bain froid et électronique, tel le lendemain d’une attaque nucléaire : on est confronté à la dévastation. Tout s’enchaîne alors dans une ambiance plus planante et plus mystique, jusqu’au bruit blanc qui annonce la fin de tout, de toutes expériences et de toutes choses.

Il est donc facile de comprendre pourquoi tant de gens ont du mal avec cet album. Que ce soit dans le concept, dans le style ou bien dans le son, « Grand Declaration Of War » est définitivement unique et exclusif, un album complet qui n’a d’intérêt que dans son entièreté. Dans un style où les groupes qui se démarquent ne sont pas légion et avec le recul nécessaire, je me rends bien compte que MAYHEM a réussi à proposer un des voyages soniques les plus complexes et les plus immersifs que le metal dit extrême ait eu à nous proposer.

 

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