[ Chronique ] WINDHAND – Eternal Return ( Relapse Records )

Débarqués il y a quelques années en plein regain d’intérêt pour le Metal lent et halluciné, le quintet WINDHAND a rapidement gravi les échelons en signant dès sa deuxième sortie chez Relapse Records, pour se retrouver parmi les grands du Roadburn, quelques mois plus tard… Et pour cause, sa musique mystique et habitée, occulte, justifie cet intérêt et cette ascension remarquable. 2018 semble par ailleurs maintenir cette tendance, il voit le groupe revenir avec « Eternal Return », la continuité de sa vision psychédélique du Doom et de son besoin d’exploration, d’élargissement de ses sonorités.

Depuis « Grief’s Infernal Flower » paru en 2015, le groupe a subi un changement important puisque un de ses guitaristes et membre fondateur, Asechiah Bogdan a quitté le navire, laissant ainsi la musique du groupe s’épanouir  autour de l’écriture de Garret Morris et de la voix de Dorthia Cottrell.  Mais, là où la perte d’un membre peut parfois s’avérer particulièrement dévastatrice pour un groupe, WINDHAND s’est relevé les manches et a recentré ces préoccupations sur sa musique et son évolution. Comment me direz-vous ? Facile : en augmentant le fuzz et en faisant mieux ressortir les basses et la voix.

Tout d’abord, WINDHAND a choisi de retravailler avec le producteur Jack Endino ( NIRVANASOUNDGARDEN ), un bon moyen de renouer avec le son et l’esprit rock / grunge des 90’s. Au-delà du son riche et brut caractéristique d’Endino, on arrive même à percevoir certaines réminiscences mélodiques, comme sur ce « Diablerie » qui sonne plus NIRVANA que jamais. Ainsi au milieu des guitares sous-accordées, gluantes et répétitives se dégage un sentiment cyclique, de sonorités que l’on dépoussière, que l’on remet au goût du jour, tout en restant bien collé au présent.

Pour la structure, je dirais que « Eternal Return » se construit comme un pont, suspendu et gardé par deux énormes piliers que sont : le mur sonore compact de « Halcyon », sorte de monolithe érigé en mémoire des jours heureux, le regret de cet Eden repris aux mains des bienheureux. De l’autre côté, la marche funeste « Feahter », cette ballade éthérée qui rencontre crescendo le mort psychique et psychédélique de l’âme. Entre les deux, l’esprit divague, le corps voyage entre les errances bucoliques de « Pilgrim’s Rest » ou « Light Into Dark », les doom grunge « Diablerie » ou « Grey Garden » et l’ultra-heavy « Eyeshine ». Un périple musical dense et suave, où le groupe se transcende et livre ses réflexions sur la vie, la mort, ses joies, ses peines.

Le point fort de cet album réside surtout dans le chant sublime de Dorthia Cottrell qui a gagné en maturité, en clarté et en complexité. Une voix sensuelle et aérienne qui s’élève aisément au-dessus du son sirupeux, de la mélasse produite par WINDHAND. Cette mise en avant dans le mix reflète d’ailleurs bien la place de plus en plus prépondérante que prend la chanteuse dans le groupe. Sa voix vient délier, rendre meilleurs et plus onctueux, les titres de l’album. Elle contribue fortement à cette respiration, cette aspiration à la réflexion et à la rêverie. Comme un esprit courant sur un lac de pensée, elle devient le lien humain entre les confins de la nébuleuse céleste et l’âpreté des entrailles telluriques.

Là où tant de groupes se noient dans le fuzz et la graisse, WINDHAND propose ici une suite de morceaux assez variés, avec un chant d’une clarté éclatante et un riffing foncièrement plus rock. Le groupe a donc bien réussi sa nouvelle mue en offrant une musique de qualité égale, plus légère ( dans le son ) que par le passé, mais toujours aussi floue et brumeuse. Une affirmation nette de sa non-stagnation et de son unicité dans le microcosme Doom mondial.

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