[ Chronique ] BLOODBATH – The Arrow Of Satan Is Drawn ( Peaceville Records ) note : O+

Il n’existe pas trente six manières de faire disparaître des tâches de sang mais par contre, il existe bien une infinité de façon de les créer. Et en termes de pourvoyeur d’éclaboussures plasmatiques, BLOODBATH est certainement l’un des groupuscules les plus chevronnés, si ce n’est le meilleur. Pour preuve, sa déjà longue carrière ( 20 ans ) résolument baignée de liquide vital vermeil. C’est quatre ans après un plutôt bon « Funeral Grand Morbid » que nous retrouvons donc le super-groupe originaire Stockholm. Toujours composé des membres de KATATONIA, OPETH, CRAFT et PARADISE LOST, BLOODBATH revient avec une cinquième tranche de sauvagerie toujours plus sombre, plus cruelle et plus malade, baptisée « The Arrow Of Satan Is Drawn »

Cette fois-ci, le groupe semble avoir trouvé de nouveaux moyens, une énième manière de montrer les dents et de déchiqueter, avec force, la viande de l’os. Comment ?! En travaillant sur le son de l’album et en incluant plus de passages black et heavy, voire n’roll dans son death typiquement suédois. Cela peut sûrement s’expliquer par l’arrivée au poste de guitariste-dissectionneur de Joakim Karlsson ( CRAFT ), venu apporter sa flamme éternellement noire et des sonorités plus brutales à ces dix succulentes scènes d’horreur que le groupe propose.

Je trouve que c’est d’ailleurs extrêmement jouissif d’entendre les riffs aussi clairement. Les albums précédents de BLOODBATH, ceux avec Åkerfeldt, n’ont jamais été bien garnis au niveau de la production, voire même plutôt en de-ça de ce que j’attends d’un groupe de cette trempe. Alors que le son « The Arrow of Satan » est absolument énorme, gras et puissant, il regorge d’énergie. Loin d’être aseptisés, les titres chargent comme une meute de zombies voraces, avides de sang et bouffeurs de cervelle, les riffs cognent fort et distinctement, avec des nuances plus claires. C’est un son qui convient d’ailleurs mieux à BLOODBATH, et c’est peut-être ce qui les fait ressortir du lot.

En parlant de sortir du lot, il y en a un autre dont il ne faut oublier de parler c’est le chanteur Nick Holmes ( PARADISE LOST ). Notre étoile british offre une performance époustouflante et beaucoup plus charismatique que le linéaire et ennuyeux Mikael Åkerfeldt. Holmes est un chanteur qui a toujours eu une conscience, un intérêt pour la théâtralité et les excès artistiques inhérents au metal. Et cela se répercute sur sa performance. Il est évident qu’il se plaît dans son nouveau rôle de bourreau, chacun de ses souffles est un déchaînement de brutalité. On sent qu’une lueur diabolique anime ses yeux, inondant le monde de sa maladie. Dans ce bain de sang, il s’élève, gronde, racle et éructe de sa toux tuberculeuse, il crache sa haine au vitriol, semant la mort en cri tout au long de « The Arrow of Satan ». Selon moi, Holmes prend vraiment sa place sur cet album et en devient même emblématique, faisant presque oublier les prestations, pour le coup trop fades, d’Åkerfeldt.

Autrement dit : on se bâfre du meilleur death produit par BLOODBATH à ce jour. Des premières notes « Fleischmann » au brutal « Wayward Samaritan » en passant par les classiques « Only the Dead Survive », « March of the Crucifiers » et « Morbid Antichrist » ou encore le casse-colonne « Deader » et le fend-bûche « Levitator », tout est là !! Le sentiment d’horreur imminente est comme gravé dans la musique. Mention spéciale à « Bloodicide », qui compte Jeff Walker de CARCASS, John Walker de CANCER et Karl Willetts de MEMORIAM dans ses rangs et au final tronçonnant « Chainsaw Lullaby ».

En bref, « The Arrow Of Satan Is Drawn » est typiquement le genre d’album qui est tellement rempli de puissance brute que l’évaluer de manière trop critique reviendrait à manquer l’essentiel. Mieux vaut donc laisser les riffs vous submerger, céder à l’inévitable maladie, puis capituler devant la puissance et passer définitivement sous le joug de Satan…

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