[ Chronique ] AUTHOR & PUNISHER – Beastland ( Relapse Records )

La musique est un art qui n’a de cesse de me surprendre, que ce soit en termes auditifs, en termes visuels ou en termes de parcours et de personnes, la musique me prouve régulièrement qu’elle est un art vivant, en perpétuelle mutation. À ce titre, le projet qui nous intéresse aujourd’hui, AUTHOR & PUNISHER , est certainement un visionnaire. S’inspirant de sa carrière d’ingénieur en mécanique, Tristan Shone, le créateur et l’unique personne derrière AUTHOR & PUNISHER, a noué une relation entre design, son et mécanique. Une expérimentation qui a finalement abouti à la création de « Drone Machines », construites par lui-même. Une sorte d’alliance parfaite entre l’homme et la machine, un voyage de l’instrumentation traditionnelle vers les machines de précision. Shone a ainsi utilisé ses connaissances techniques ainsi que son bagage artistique pour créer, en utilisant ses machines, son propre style : le doom industriel.

Aujourd’hui, il nous livre donc « Beastland », son sixième album. Même si musicalement on se rapprocherait d’un NINE INCH NAILS, d’un GODFLESH ou d’un MINISTRY sous opiacés ( pléonasme ? ), la manière dont Shone joue ( il faut le voir pour le comprendre ) et dont il pose ses ambiances est, en soi, une expérience d’écoute puissante qui dépasse les influences qu’on peut lui prêter. Une fois derrière ces appareils, l’artiste se transforme en Rémy Bricka version Terminator, brouillant complètement les pistes et la frontière entre l’homme et la machine.

Il offre ainsi toute sa rage contre les monstres de notre époque : la horde « bien-pensante » qui pollue, qui empoisonne et discrimine. « Beastland » est donc une introspection, une réflexion sur l’Humanité et son avenir. L’auditeur se retrouve ainsi accablé par la puissance industrielle des machines attelées à ce gourou visionnaire, étouffé sous des couches d’électronique saturé, de volume brut et de contrôle total. Alors, on parcourt des paysages sonores sombres, désertés et désolés, post-apocalyptiques. On est jeté dans un monde aride et violent, sans compromis, aussi dur et froid que du titane. Il y a une précision dans l’intention de chaos, une intensité dans l’agression qui terrorise et tétanise. Seuls quelques détours vers des voix plus claires et de riches mélodies apportent l’éclat lumineux suffisant pour la survie.

De ces mouvements physiques, luttant pour se coordonner, butant contre la machine et créant mur de rythmes et oscillations électroniques, AUTHOR & PUNISHER se meut donc lui aussi en monstre, en Surhomme, sorte d’amalgame biomécanique immédiat, glaçant et mystérieux. En cela, « Beastland » est certainement l’une des choses les plus excitantes qu’il m’ait été donné d’écouter et de vivre depuis un bon moment. Car je garde bien à l’esprit que Shone n’en est peut-être qu’aux balbutiements de ce que pourrait devenir AUTHOR & PUNISHER. Ce pouvoir hypnotique et cette maîtrise que possède « Beastland » laisse, en tout cas, présager qu’il n’est sûrement qu’une étape pour l’ingénieur. Car en soi, AUTHOR & PUNISHER n’est qu’une vaste expérience, bruyante, intimidante et amère :

Et si c’était ça le futur ?

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