[ Chronique ] PIG DESTROYER – Head Cage ( Relapse Records )

« Head Cage » est le nom du sixième album de la légende du grind made in U.S., PIG DESTROYER. N’en déplaise à certain, il va falloir se l’avouer : la rage viscérale et intuitive qui se cache dans le cœur de PIG DESTROYER va s’exprimer de manière plutôt différente cette fois-ci. Bien sûr, le groupe n’a jamais cessé d’évoluer et n’a jamais hésité à prendre des risques, refusant toujours de se cacher dans les hautes herbes de la facilité. Versé dans une violence sonore et un assaut des sens étourdissant, chacun de ses brûlots arrive cependant à conserver une unicité, un arrière-goût d’hydrocarbure différent des autres.

Mais cet album diffère de tout ce qui a déjà été fait par le groupe pour une simple et bonne raison, une évidence même : la présence d’un bassiste en la personne de John Jarvis. Hormis toute sa technique, le musicien apporte surtout un groove froid et métallique qui aère la production et laisse également plus de place aux bidouillages industriels et aux textures crées par Blake Harrison. En ce sens, « Head Cage » est certainement l’œuvre du groupe qui montre le plus de facettes, qui apporte le plus de variété et qui pioche le plus dans ses influences hors-grindcore. Cependant, rassurez-vous, il contient encore bien assez de PIG DESTROYER classique pour vous satisfaire, foule de blast-beats et seaux de haine déversés sont bel et bien à déplorer, mais il y a un côté profondément plus heavy et un gros focus est fait sur le groove.

L’introduction noisy passée, les premiers titres illustrent parfaitement cette dichotomie groove / blast. Après que « Dark Train » nous ait poussé la tête dans les enceintes, BPM à bloc et riffs déments, « Army of Cops » prend son temps, torture avec noise, tact et gros riff death / hardcore. « Circle River » plonge dans le grind’n’roll vénéneux à tendance punk, avec des chœurs typés hardcore mais bien crades. S’ensuivent « Terminal Itch » et « Concrete Beast » qui ramènent de la tension, de la folie et de l’hyper-violence, quelque chose de plus survolté et qui sonne plus classique pour P.D. Ces deux titres accueillent d’ailleurs Kat Katz, la chanteuse d’AGORAPHOBIC NOSEBLEED, venue prêter main forte et amener un peu de variation dans la gamme vocale pré-existante.

Le trio furieux « The Adventures Of Jason and Jr. », « Mt. Skull » et « Trap Door Man », emmène tout droit vers « The Last Song » et directement dans la gueule de Dylan Walker ( FULL OF HELL ). Autre invité de l’album, il contribue, avec ses voix et ses bruitages électro-harsh maniaques, à accentuer le malaise ambiant et à appuyer là où ça fait mal.  Après tout ça, PIG DESTROYER peut bien se permettre un petit titre de sept minutes ! C’est là que tombe « House Of Snakes », le titre le plus fou de l’album, une sorte d’incantation poly-multi-a-rythmique avec une tonne de riffs saccadés qui s’entrechoquent et une batterie qui s’enrichit ou s’épure, au besoin et jusqu’à l’acmé.

Sur cet album, le groupe explore, expulse et régurgite sa rage à grands coups de mid-tempos, de bouillie hardcore, de mordant punk et de groove presque djent, le tout dans un style inimitable. Alors non, P.D. ne s’est pas trahi, ne s’est pas vendu pour atteindre les hautes sphères du music business, il n’apparaitra bientôt sur aucune station de radio. Fin du débat.

« Head Cage » tire d’ailleurs son nom d’un instrument de torture médiéval et symbolise l’isolement, l’anxiété, la dépression… Je trouve que c’est plutôt bien trouvé. Alors que vous dire de plus ? En 31 minutes, le groupe réussit avec une intensité féroce à introduire du groove et une dynamique différente, à nous faire changer d’atmosphère, à nous faire passer par différents états, styles et textures, tout en gardant l’attention de l’auditeur et en conservant son authenticité. Le constat est donc clair : PIG DESTROYER version 2018 est une bête évoluée, plus sournoise, toujours aussi efficace et plus dangereuse que jamais.

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