[ Chronique ] CONAN – Existential Void Guardian ( Napalm Records )

Et voilà, c’est aujourd’hui que sort le quatrième long métrage du trio briton-barbare de CONAN. Nos héros célébrés à travers toutes les contrées fédérées pour leur Doom, aussi monolithique que puissant et brut, vont-ils encore faire trembler cieux et sols ?! Car, il faut se l’avouer, après un « Revengeance » qui avait vu le groupe expérimenter davantage notamment sur les tempos, nous avions un début de piste mais nous étions restés sur notre faim. L’album s’étant avéré peu trop long, trop paléolithique dans les constructions et indigeste dans les voix.

Sur « Existential Void Guardian », on peut dire que le trio a su utiliser ses plus beaux atours, ses artefacts guerriers les plus acérés pour tirer le maximum de son légendaire « Caveman Battle Doom ». Des falaises de lourdeurs aux éboulis de douleurs, il ne s’est ménagé d’aucun effort pour atteindre de nouveaux sommets. Tout a été mis en place pour faire évoluer ce monstre de poix, ce Goliath immuable qui avait sérieusement besoin de se renouveler pour continuer à régner sans partage sur les terres brûlées du Doom…

Tout d’abord avec « Prosper On The Path », CONAN va la jouer rouleau-compresseur, attaquant à deux kilomètre/heure, bas dans les gammes, aplatissant tout sur son passage mais soulageant, satisfaisant les fans de longue date. Sa démonstration de force pour le petit peuple. Il en sera de même pour « Amidst The Infinite » et « Vexxagon », ou encore l’épique final « Eternal Silent Legend ». Une série de titres que l’on pourrait qualifier de classique pour le trio.

Mais le changement de tactique arrive avec l’impitoyable et méthodique « Eye To Eye To Eye ». Le titre est truffé de riffs catchy et tonitruants qui viennent marteler le crâne, jouant sur l’agilité et la célérité pour prendre l’auditeur par surprise. CONAN ne laisse rien au hasard, tout est calculé pour provoquer un maximum de dégats, les voix nous entraînent sur un terrain plus mélodique et plus boueux, dissonants quand le besoin s’en fait sentir, tranchant et criard quand il faut diriger l’attaque de manière frontale. Puis vient le choc « Paincantation », un titre grindcore de 54 secondes dont 20 d’introduction, une escarmouche. CONAN décontenance, attaque de flanc et prend à revers l’ennemi, s’aventurant sur un territoire difficile et inconnu pour lui. Un choc aussi impressionnant que dévastateur car ce mastodonte, d’habitude si lent, est lancé à toute vitesse et se transforme en une chose assoiffée, enragée et plus effrayante que jamais.

« Paincantation » prend un extrême mais attire le regard sur le fait que CONAN, dans sa mue, a choisi des structures plus compactes et donc plus dynamiques. Habitués aux titres frôlant les 10 minutes, les Anglais ont, cette fois-ci, choisi la concision et la précision. Sur le même crédo, le groove contagieux de « Volt Thrower » ne dépasse guère les 4 minutes et emprunte les chemins du sludge sauce death old-school. Un excellent titre qui hantera les fans de jeux de mots pour l’éternité.

Mais ce qui est vraiment très agréable sur cet album, hormis la qualité du son, c’est la manière dont les voix ont été traitées. Alors que jadis, Jon Davis et Chris Fielding donnaient l’impression de beugler comme des bœufs que l’on menait à l’abattoir, sur « Existential Void Guardian » ils semblent avoir gagné en technique, mais peut-être perdu en puissance. Moins brut de décoffrage et linéaire, Davis a incorporé de la mélodie et quelque chose d’aérien dans son chant, tranchant ainsi avec le côté sauvage et agressif de Fielding. Une association qui fait mouche et qui érige ses voix en souffles d’agression, de rage mordante et de fureur palpable.

Pour conclure, je dirai que CONAN devient plus fluide et se découvre subtilement de nouvelles aspérités dans son « Caveman Battle Doom ». Le trio semble l’avoir bien compris : comme un bon film ou un bon jeu vidéo, la clef réside dans la dissonance et la variété. Il livre ainsi la foule à des monstres cruels et parfois méconnus, nourris du sang de ces malheureux mortels. Il enferme, sans état d’âme, le spectateur dans ses cavernes sombres, lieux profonds et voisins de l’empire des ombres. Avec « Existential Void Guardian », ce barbare continuera donc sans soucis de régner en maître sur son royaume de mort, de magie et de guerriers d’acier…

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