HELLFEST 2018 : le Top 6 de Julius !

Et voilà ! Une édition de plus du Hellfest s’en est allée… C’est donc l’heure du bilan ! Et il est une fois de plus positif. Hormis quelques petits accrocs que je laisse au sempiternels insatisfaits de tous bords. Pour nous, les compteurs sont au vert. Car bien au-delà des infrastructures, des toilettes « sales », du manque d’ombre, du zip de la tente quechua qui ne ferme plus ( Salauds de Decathlon !! ), de la bière plate et de la nourriture pas fraîche, de la chaussette scandaleusement puante du mec du campement d’à côté, des gens qui poussent, de savoir si NIGHTWISH c’est mieux que POGO CAR CRASH CONTROL ou pas ?! On peut garer une voiture sur le parking ?! Vous ne trouvez pas qu’il y avait trop d’herbe dans la pelouse cette année ?! ( Coucou les Membres de l’Enfer ).
Bref, bien au-delà de toutes ses préoccupations, le Hellfest c’est avant tout, c’est surtout de la musique et de la culture « extrême ». Je vais donc, en quelques lignes et sans ordre établi, essayer de vous faire partager mon ressenti musical, mes coups de coeur de cette treizième édition qui fût, n’en doutez pas, aussi enrichissante qu’enivrante.

DEAD CROSS

On est samedi soir, il est déjà tard, la fatigue commence à se faire sentir et les grammes d’alcool stagnent depuis maintenant deux jours… C’est à ce moment là que, sous nos yeux ébahis, la nouvelle créature mi-Patton, mi-Lombardo prend forme. Et c’est un déferlement électrisant et frénétique de titres puissants, courts et intenses, auquel nous avons droit. Clairement, le groupe est en place et va allonger, à la vitesse de la lumière, tous les titres qu’il a déjà composé et sorti ( un album et un Ep, ça fait pas lourd dans la balance ! ). Une grosse claque de hardcore-punk dégénéré, avec un Patton en grande forme qui plaisante entre les morceaux et invite même un gamin sur scène pour chanter un titre. Une belle réussite donc pour cet énième projet de notre bidouilleur-couineur en chemise à fleur et ses acolytes. Un show rafraîchissant sous une Valley trop habituée au son langoureux des fuzz poussées à bloc. À noter, un Lombardo impérial derrière les fûts, toujours aussi impressionnant et efficace même après des années à taper sur des bambous…

HEILUNG

En parlant de taper sur des bambous, j’allais presque oublier de vous parler des Danois de HEILUNG… Projet dont je vous ai rebattu les oreilles une partie de l’année ( cf. notre chronique ) mais qui ne fait clairement pas l’unanimité, surtout dans un festival comme le Hellfest ! Bon, je vais pas vous refaire le topo mais HEILUNG c’est pas du metal du tout. Donc à quoi s’attendre ?? Et bien à une Temple sur-blindée dans laquelle nous avons tout de même réussi à nous faufiler, alors que beaucoup resteront dehors devant l’écran géant.

Le groupe commence la cérémonie en cercle, récitant ses incantations en vieux norrois. Puis les tambours s’emballent, lentement, en crescendo. Des guerriers arrivent sur scène, frappant sur leurs boucliers, pendant que les trois membres principaux se débattent avec des bouts d’os, des épées et des boucliers brisés, essayant de redonner vies à des légendes et des histoires d’un autre temps. Les percussions étant les composants principaux de la musique, avec les chants, il est évident qu’une partie du public va renoncer assez rapidement et quitter la tente alors que les rythmes vont s’accélérer et devenir de plus en plus oppressants, puissants et étrangement cathartiques. Le fait que le concert ait lieu en pleine journée m’a un peu perturbé sachant que l’ambiance chamanique et l’aspect visuel fonctionneraient bien mieux de nuit et en salle ou dans un espace naturel comme une forêt ou une vallée retirée. À noter que le groupe, avant d’accepter de jouer, a demandé l’autorisation aux esprits pour pouvoir se produire en plein jour…

BARONESS

BARONESS, c’est génial, on connait et on adore, mais on a déjà pas mal vu ce que ça donne en live… Sauf que cette fois-ci, il y a un petit quelque chose de particulier !! En effet, le batteur du groupe a dû quitter subitement la tournée pour raison familiale. Mais BARONESS n’est pas du genre à renoncer ou annuler et va donc nous proposer un set spécial Hellfest, en acoustique. Une chance pour nous et une petite pression pour BARONESS qui n’a encore jamais tenté l’expérience, du moins en public. Évidemment, on oublie tout de suite le stoner/sludge auquel on a droit habituellement pour plonger dans un univers de douceur et de sérénité, tout en doigté, tout en sensibilité.

Le bassiste Nick Jost passe donc au clavier, le frontman John Dyer Baizley reste à la guitare acoustique et est accompagné de la nouvelle guitariste, Gina Gleason pour un show vraiment beau, planant, émouvant. Le public réagit d’ailleurs très bien, forçant le chant, frappant des mains en rythme sous une Valley presque paisible, notamment sur le tube « March To The Sea ». On sent les musiciens aussi étonnés et émus que nous. Avec ce moment à part, d’anthologie et de grâce, BARONESS a réussi à marquer les esprits, en tout cas le mien.

ZEAL AND ARDOR 

On est dimanche, fin d’après-midi, et la Valley déborde… Pourquoi donc ? Sûrement car va se produire dans quelques instants un des groupes les plus attendus du week-end : les Suisses de ZEAL AND ARDOR ! Bon, il est vrai, on en a aussi beaucoup parlé dans nos colonnes cette année. Désolé mais je suis strictement tombé amoureux de leur dernier album en date, le génial « Stranger Fruit » ( cf. la chronique ). Je les avais d’ailleurs vu un peu plus tôt dans l’année lors de leur passage au Printemps de Bourges et le combo m’avait époustouflé avec son mélange puissant et incongru d’avant-garde, de black metal, de blues et de gospel.

Aujourd’hui, son maître à penser, le talentueux Manuel Gagneux va, une fois de plus, grâce à sa voix et son intensité, retenir l’attention du public et réussir à convertir les nombreux curieux attirés par toutes ces sonorités étrangement spirituelles qui dégoulinent du chapiteau. Le groupe va démontrer en quelques morceaux que sa musique est une œuvre d’art unique et intemporelle, un petit exploit d’ingéniosité émotionnelle et artistique. Les musiciens sont eux-mêmes possédés, furieux et déterminés, ils communient parfaitement avec un public estomaqué et conquis. Une victoire pour les Suisses !

NEUROSIS 

Vous allez mourir, je vais mourir, nous allons mourir mais une chose est sûre, NEUROSIS et sa musique ne mourront jamais. En maître absolu d’un genre dont il est seul détenteur des clefs, un concert de NEUROSIS est une expérience immersive, tant physique que cérébrale, une performance artistique, un déballage de douleurs individuelles, une libération affective.

D’emblée, la Valley est plongée dans le silence… « Given To The Rising » d’abord puis « End Of The Harvest » résonne et, petit à petit, les Américains imprégnent la masse populaire pour mieux l’écraser, la pulvériser jusqu’au dernier morceaux d’humanité. Statiques mais habités, ces colosses armés de guitares figent la lumière et les âmes dans un mur de son bleuâtre qui vient envelopper tout le chapiteau. À coups de riffs rugueux, et dans un tourbillon de violence, NEUROSIS, sans un mot et presque sans un regard, bouleversé par ses propres luttes intérieures, observe son public se débattre dans une épaisse boue sonore… Si l’on est réceptif, et je le suis, on est comme frappé en plein cœur, éclaté par tant de sincérité. Une heure de magie plus tard et « Through Silver in Blood » vient conclure en force et en intensité un des plus magnifiques sets qui m’ait été donné de voir durant ces 3 jours.

CARPENTER BRUT

Cette année, c’est avec CARPENTER BRUT que j’ai choisi de clôturer mon week-end… Pourquoi ? Déjà parce que j’aime bien et ensuite parce qu’après trois jours à me faire tabasser les esgourdes, je suis content de venir taper de la pa-patte avec mes quelques collègues encore avinés. Plus sérieusement, même si il est vrai que la synthwave et plus particulièrement CARPENTER BRUT a le vent en poupe,  je me dois d’avouer qu’à chaque fois que je les ai vu, n’importe où, dans n’importe quel festival, ils ont fait mouche ! Alors après tout, pourquoi pas au Hellfest ?

En quelques minutes, le groupe va abattre toutes ses meilleures cartes afin de séduire un public usé mais heureux : un son propre, impeccable, puissant et équilibré, des visuels rétro’ et des lights de boîte de nuit. Solidement ancrés sur scène, le trio est mené d’une main de maître par la frappe chirurgicale de Florent Marcadet ( HACRIDE, KLONE ). D’un autre côté, les envolées de guitare et de claviers se battent, se poursuivent, s’enchevêtrent et se chamaillent, sans se voler la vedette, pour le plus grand bonheur des danseurs fous. Le guitariste, Adrien Grousset ( HACRIDE ), nous régale de ses riffs destructeurs et de ses soli façon guitar hero, faisant derechef giguer tout le monde sur le tube « Sexkiller On The Loose », sur le nouveau « Inferno Galore » ou encore sur « Beware The Beast » qui aura droit à Mat MacNerney de GRAVE PLEASURES en chair et en os ! Puis enfin et surtout sur la cover de « Maniac », reprise en chœur par tout le public jusqu’à se péter les poumons, fait vibrer une dernière fois la Temple et parachève ainsi de la plus belle des manières cette excellente édition 2018.

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