[ Report ] IGORRR @ 1988 Live Club, Rennes, 31/05/18

Pas de première partie, pas de fioritures, pas de chichis ce soir pour la date rennaise d’IGORRR. On pourrait disserter sur le choix du lieu : le Live 1988 Club, une boîte de nuit qui ouvre de plus en plus sa programmation aux musiques actuelles, du punk au rap en passant par l’électro et le metal. Personnellement ( et ce n’est pas le cas de tout le monde d’après ce que j’ai pu entendre dans la salle ), je trouve que la scène est plutôt bien agencée, pas forcément adaptée à des grosses formations mais elle dispose de quelques marches type mini-amphithéâtre, ce qui permet au public d’être assez proche du groupe et à ceux plus au fond de pouvoir quand même apercevoir la scène.  Un bon point !

Que l’on aime ou pas sa musique, la force d’IGORRR tient dans une énergie, une prestance et une musicalité à toute épreuve. Au fur et à mesure des années et des sorties, Gautier Serre aka. IGORRR est passé du statut de « petit mec chelou qui mixe seul ses délires baroque-core » à un vrai groupe live, et surtout à une valeur sûre de la scène extrême française. Après une année à tourner inlassablement pour promouvoir son excellentissime dernier opus, « Savage Sinusoïd » ( cf. notre chronique ), le show est désormais ultra-rodé et carré où chaque protagoniste a son rôle et tient une place importante dans la mécanique d’IGORRR.

Il est 21h45 passé, la salle est bondée et l’ambiance moite. Le groupe monte sur scène au son du puissant « Spaghetti Forever » puis tout s’accélère avec « Opus Brain », déjà bien connu de la foule qui réagit avec éclat. On peut dire que le groupe débarque avec fracas. D’un côté, Gautier Serre et ses machines, en maître du temps, triture le son et l’espace. De l’autre côté, derrière son kit, Sylvain Bouvier, le prince de la puissance, appuie le rythme de sa frappe lourde. Alors qu’au milieu se joue l’opéra de l’étrange : le duo de chanteur jouent des symboles et des voix pour nous entraîner dans les méandres de la folie d’IGORRR.

Laure Le Prunenec chante de sa voix haute-perchée, comme en transe, et exécute une danse d’aliénée. Tantôt cantatrice, tantôt metalleuse, ballerine de boîte à musique ou maniaque chorégraphiée par Saint-Guy lui-même, elle incarne toute la folie et le côté déjanté d’IGORRR ; belle, classe mais espiègle voire presque infantile par moment. Venu des confins d’un univers méconnu, Laurent Lunoir est grimé en kobold bleu-blanc repoussant tel un monstre mi-homme mi-arbre. En idole sauvage et stellaire, il s’ancre sur le côté de la scène et s’adresse au public avec des vocaux parfois accusateurs, parfois rassurants… Puis sans crier gare, il déchaîne la colère du temps, la furie et la rage, dans un déferlement de vociférations et de borborygmes mantriques. Cette dualité grotesque entre les deux personnages renforcent encore la sensation théâtrale ; quelque chose se passe sous nos yeux et on est subjugué par cette prestation.

Côté setlist, on est pas déçu non plus, le quatuor fait la part belle à son dernier album mais pas que, un retour en arrière est aussi prévu : « Grosse Barbe », « Moldy Eye », « Caros », « Tout Petit Moineau ». Même l’EP avec RUBY MY DEAR est à l’honneur avec les excellents « Biquette » et « Barbecue ». Le public est de plus en plus réceptif et commence à faire remuer énergiquement la soupe d’aisselle qu’est en train de devenir la fosse ( si on peut parler de fosse ). Puis arrive l’excellent « ieuD » et l’heure des rappels… Gautier en solitaire derrière ses machines nous assène le dernier coup de boutoir : un final purement breakcore avec « Apopathodiaphulatophobie », « Very Noise », et enfin « Robert » où tout le monde se déchaîne dans un dernier élan d’hystérie collective.

Le groupe se retire alors assez rapidement et sous les vifs applaudissements d’une audience qui en a pris pour son grade. Une fois remontés à la surface et nos esprits retrouvés, il aura fallu un rapide coup d’œil sur les montres pour se rendre compte qu’elles étaient complètement détraquées, déboussolées comme nos âmes après un laps de temps improbable à se faire taquiner la trotteuse par l’inénarrable gang d’IGORRR… Merci et à bientôt !

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