REPORT : KORPIKLAANI + ARKONA + HEIDEVOLK + TROLLFEST @ Le Stéréolux, Nantes, 21/02/18

C’est par un froid mais beau mercredi de Février que la « Folk Metal Mafia » a décidé d’envahir, le temps d’une soirée, la cité des Ducs. Cette superbe affiche réunissant KORPIKLAANI, ARKONA, HEIDEVOLK et TROLLFEST va nous permettre, tout en restant dans un style bien défini, de varier les plaisirs autour de formations différentes mais ultra-puissantes scéniquement parlant. 19h30 tapantes et voilà que nos joyeux trublions de TROLLFEST vont avoir « la lourde tâche » d’ouvrir le bal, certainement le groupe le plus décalé du soir.

C’est alors une horde totalement délurée qui déboule sur le rythme dansant et caractéristique du groupe, dans un Stéréolux déjà plus que bien rempli. Déguisés en explorateurs-coloniaux, les bobines couvertes de peinture et des dizaines de ballons de baudruches accrochés un peu partout, dont beaucoup sur le casque du chanteur : l’ambiance est là !! Mimiques risibles et surjouées, sautillants, dansants et courants dans tous les coins, les six Norvégiens occupent la scène et le public sans aucun mal. Un auditoire, pas bégueule pour une première partie et même franchement réceptif, qui réagit avec joie aux invectives du chanteur. Le bougre n’en finissant plus de brailler et de taper sur son petit tambourin…

Soudain arrive la reprise de « Toxic » de notre chère et tendre BRITNEY SPEARS et le bordel de s’accentuer encore un peu plus… Un peu plus tard, le bassiste ira même jusqu’à descend dans la fosse pour prendre la tête d’une chenille improvisée sur « What A Good Idea! ». Il n’en faudra pas plus pour que le public suive et explose dans un joyeux déchainement de rire et métal. Le groupe finira complètement survolté avec « Helvetes Hunden GARM » où l’on se verra, public et musiciens, dans l’obligation d’imiter le chien… Wouf wouf wouf ! On est conquis, la salle sans-dessus-dessous. Ce n’est que le premier groupe…

À priori, la tâche n’allait donc pas être facile pour les Hollandais d’HEIDEVOLK, armé d’un folk radicalement différent, beaucoup plus sérieux, sobre et apaisé que la tornade TROLLFEST.Tant est si bien qu’on ne se risquerait même pas à la comparaison. Le groupe entre donc sur scène au son de l’explosif « Ontwaakt », issu de leur dernier album, « Vuur Van Verzet ». Les Bataves s’appuient sur l’énergie spirituelle et sur les harmonies vocales des deux chanteurs, le tout est magnifiquement mis en valeur par un très bon son. Enjoués, les musiciens enchaînent rapidement les titres dans une ambiance majestueuse, épique, mais beaucoup plus posée ( un peu trop linéaire pour nous d’ailleurs ).

HEIDEVOLK essaie de varier les plaisirs entre titres un peu plus dansants et énergiques et d’autres plus solennels, plus enracinés dans le folk et ses histoires ancestrales. Si visiblement le public accroche, il est en tout cas beaucoup plus sage et plus happé par la prestation. Un set vraiment sympa mais qui ne nous a pas séduit outre mesure… Bref passons !

C’est maintenant un vent glacial qui va venir refroidir les dos perlés de sueur d’une assemblée de plus en plus compacte. Lorsque Mascha, la chanteuse et leader incontestable du gang russe d’ARKONA, arrive sur scène c’est un « silence de mort » qui l’accueille. Elle se démène donc, grimée dans sa cape de chamane slave, frappant son tambour de toute sa rage et faisant ressortir haut et fort sa voix puissante et si unique. Une véritable cérémonie, un rite de passage avant l’arrivée du groupe au complet. De notre côté, on est tout de suite transporté, la gueule dans la taïga, dans cet ailleurs où mysticisme et légende se rencontrent. Puis « Shtorm » marque l’arrivée des guitares et de la batterie dans un fracas presque assourdissant ( le son n’est pas au top pour le groupe ). Contrairement à l’album, les instruments folkloriques sont ici plutôt mis en avant et donc plutôt à leur avantage. Le public réagit d’ailleurs avec vigueur et s’enflamme lorsque le combo entame les premières notes de « Tseluya Zhizn », la pièce principale de son excellent nouvel album « Khram », qui dure pas moins de 17 minutes. ( cf. notre chronique )

Pour mieux nous faire pénétrer dans cet univers extra-ordinaire et vraiment différent de ce à quoi ARKONA nous avait habitué jusqu’à maintenant, le groupe a choisi de séparer son show en deux mini-set : le premier est composé des titres issus de « Khram », plus sombres et spirituels. L’autre est fait d’anciens titres parfois plus dansants, plus folk. C’est pourquoi après un interlude de quelques minutes, le musettiste fait son retour en solo afin d’introduire cette seconde partie, le public se réveille alors comme transcendé par ce regain d’énergie notamment sur « Goi, Rode, Goi ! » qui suscite une adhésion immédiate. La foule extrêmement compacte n’est désormais plus que danse, pogo, spam et saut de joie.

Masha se révèle être une incroyable frontwoman, charismatique, aussi à l’aise en hurlant qu’en chantant, et avec des mouvements puissants digne de son statut de « prêtresse païenne », une énergie qui se décuple encore et encore alors que le temps file à toute vitesse, et qu’il est déjà l’heure pour les Russes de s’éclipser… Une performance grisante, extrêmement intense qui me laisse un très très bon souvenir, on est presque passé par tout les états et toutes les ambiances : sombres, brutes, joyeuses, mystiques, un dégradé en couleur et en nuance de ce qui se fait de mieux en pagan-folk moderne et progressif.

Et voilà que l’on arrive déjà à l’ultime groupe de cette soirée qui, pour le moment, tient toutes ses promesses ! Après d’aussi bonnes prestations, on se dit que KORPIKLAANI va devoir mettre les bouchées doubles et vraiment bien assurer son show pour rester au niveau. Une courte introduction et c’est avec « Happy Little Boozer » que nos cowboys finlandais investissent la scène du Stéréolux, cette fois-ci définitivement compressée et bouillonante…

D’emblée, on peut dire que le son a perdu en puissance comparé à ARKONA mais inversement il a gagné en clarté, en lisibilité et fait ainsi la part belle aux instrus folk, accordéon et violon en tête. Jonne Järvelä visiblement très en forme, danse et harangue la foule à tout va, donnant de sa voix et de sa crinière pour mieux motiver ses troupes. Tout s’enchaîne rapidement, tubes sur tubes, « Wooden Pints », « Ruumiinmultaa », « Lempo », « A Man With A Plan » sont toutes accueillies par des cris de joie et des danses convulsives. Le chanteur est survolté, il bat les planches de ses allées et venues incessantes, un véritable yo-yo détraqué battant le rythme de droite à gauche.

Le groupe semble prendre son pied et investit complètement la scène, les musiciens se promènent, sourient, la fosse se déchaîne au rythme de ce bal polka-folk metal. Énergie pure, bonne humeur et grain de folie s’échangent entre le groupe et ses fans, chacun transpirant dans cette somptueuse danse du Diable, et donnant ainsi un peu de son eau vitale pour mieux nourrir l’autre. Une très, très bonne prestation même si assez courte au final. À peine une heure et les Finlandais d’entamer leurs hymnes aux effluves éthyliques aussi sonores qu’odorantes. Pas de champagne pour les braves ce soir mais bel et bien un cocktail de bonshommes à base de « Tequila », de « Beer Beer » et de « Vodka », le tout scandé, vomi et réingéré par un public dévoué à ces parrains du Folk.

Quand on voit la qualité des groupes présents ce soir, on se dit que l’entreprise mafieuse gérée d’une main de maître par KORPIKLAANI a encore de beaux jours devant elle… Cette grande soirée des Folk Metal Superstars a clairement tenu toutes ses promesses… À quand la prochaine ?!

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